La Seyne sur Mer

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Le Parti communiste français contre la guerre du Rif

lundi 10 décembre 2018, par René Merle

Malgré la répression, PCF et CGTU dans le combat frontal contre la guerre

Depuis le début mai, quotidiennement, le quotidien communiste affirme son opposition à la guerre du Rif. Elle s’exprime aussi à la chambre des députés.

En octobre, c’est un appel à la grève contre la guerre impérialiste qui est lancé.

Le 11 octobre 1925, la première page est barrée d’une énorme manchette : GRÈVE GÉNÉRALE ! Sous la vignette : "Les soldats et les marins, victimes de l’impérialisme vous demandent de faire cesser les assassinats du Maroc et de Syrie. Répondez à leur appel ! Cessez tout travail Lundi !".
En sous-titre : "Pour : La Paix immédiate. L’évacuation du Maroc. La fraternisation des soldats français et rifains. Contre : La répression du Cartel [1]. Les impôts Caillaux [2]. Les dettes interalliées. La vie chère."
Suivent trois appels à la grève, un de la C.G.T.U, un du Comité Central d’Action, un du Parti communiste. Voici le texte de ce dernier.

« L’HEURE DE L’ACTION A SONNÉ.
Les gouvernements du Bloc des gauches avaient promis la paix ?
Ils ont déchaîné la guerre qui depuis cinq mois fait rage au Maroc et en Syrie. Guerre pour la conquête des richesses du sol et du sous-sol qui a été voulue par les rois de l’industrie et de la finance qui sont les maîtres de l’État et commandent aux gouvernants.
Les larmes, les misères, les deuils de la grande tuerie de 1914-1918 sont à peine effacés que les fils des victimes de la "dernière des guerres" sont déjà couchés sur la terre sanglante des nouveaux champs de bataille du capitalisme assassin.
Et les gouvernants dociles envoient de nouveaux milliers d’hommes à la boucherie, préparent de grandes offensives pour le printemps prochain et annoncent que la guerre sera longue et meurtrière.
L’incendie guerrier allumé au Maroc et en Syrie risque de s’étendre en raison des conflits d’intérêts qu’il fait surgir entre puissances impérialistes rivales. Une nouvelle guerre mondiale couve sous la cendre.
Voilà pour l’œuvre de paix !
Les gouvernants du Bloc des gauches avaient promis une vie meilleure aux ouvriers ?
Sous leur règne, comme sous celui du Bloc national, les vivres n’ont cessé d’augmenter et les loyers et les impôts continuent leur marche ascendante, seuls les salaires des travailleurs restent insuffisants.
Les milliards gaspillés pour la guerre vont porter le budget de 1928 à près de 40 milliards, ce qui aggravera les difficultés financières et déterminera de nouvelles poussées de vie chère. Les impôts Caillaux, qui pèsent déjà lourdement sur les masses laborieuses, en suffiront pas à boucler ce budget formidable, d’autres impôts seront établis qui écraseront encore un peu plus le prolétariat des villes et des champs, qui en paie toujours la plus grosse part.
Alors que les gouvernements du Bloc des gauches avaient promis de frapper les possédants, de "prendre l’argent où il est", selon la formule d’un chef socialiste de gouvernement, ils continuent à prendre de l’argent dans la poche des ouvriers, paysans, artisans et petits commerçants.
Pendant que les masses laborieuses s’appauvrissent, parallèlement, les requins du gros commerce, de la grande industrie et de la haute finance s’enrichissent. Le veau d’or s’engraisse !
Voilà pour la vie meilleure promise aux ouvriers !
Le Comité central d’Action, qui réunit toutes les organisations de classe du prolétariat, groupe tous les travailleurs de toutes tendances et sans parti luttant effectivement contre le capitalisme exploiteur et l’impérialisme fauteur de guerre, demande aux travailleurs des villes et des champs de cesser le travail pendant vingt-quatre heures, comme première protestation contre ce régime de misère de répression et de sang.
En manifestant vingt-quatre heures, les travailleurs feront comprendre aux gouvernants qu’il est temps qu’ils fassent la paix au Maroc et en Syrie et qu’ils sont solidaires des centaines d’emprisonnés pour leur action contre ces tueries.
Enfin, ce mouvement de protestation appuiera les mots d’ordre de fraternisation des soldats et d’évacuation du Maroc et hâtera l’heure de l’émancipation des peuples coloniaux opprimés.
Travailleurs, tous debout pour la grève de vingt-quatre heures.
P.SEMARD, Secrétaire général du Parti communiste. »

Le Parti communiste, on le voit, mettait en œuvre clairement, au prix d’une lourde répression, l’orientation anticolonialiste de l’Internationale communiste. Des historiens ont cru bon ramener cet engagement à une application formelle, et qui n’engageait pas plus loin ce Parti communiste dans sa phase dite sectaire ; ils l’ont ramené également à l’activiste brutal d’un Doriot, alors responsables des Jeunesses communistes aux premières lignes de l’action, Doriot dont on connaît l’itinéraire ultérieur. On a aussi opposé la dureté de la ligne anticolonialiste du P.C.F. de 1925 en ce qui concerne le Maghreb, à sa relative modération au moment du Front populaire, et à ses positions au moment de la guerre d’Algérie. Critiques faciles, qui ne tiennent aucun compte de ce qu’ont pu être les positions des partenaires au moment du Front populaire, et de ce qu’a été, dans un premier temps, l’état de l’opinion au moment de la guerre d’Algérie, dans laquelle le gouvernement socialiste-radical avait engagé le contingent pour garder l’Algérie française.

Notes

[1Le Cartel des gauches et son gouvernement radical soutenu par les socialistes

[2Revenu en grâce, et au pouvoir avec le Cartel, Caillaux, père de l’impôt sur le revenu (1917) renie ses précédentes positions

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