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Début du mandat français sur la Syrie

lundi 10 décembre 2018, par René Merle

La rivalité franco-britannique et la poudrière naissante du Proche Orient


On lit dans le quotidien à grand tirage Le Journal, 9 octobre 1919 :
« La mission de Gouraud dans le Levant
Le Journal officiel publie ce matin in décret aux termes duquel le Général Gouraud est nommé haut-commissaire de la République en Syrie et commandant en chef de l’armée du Levant.
D’après l’accord conclu le 17 septembre entre M. Lloyd George et M. Clémenceau, les troupes françaises doivent occuper à partir du 1er novembre cette partie des territoires placés dans la zone d’influence de la France par les conventions de mai 1916 [1].

L’opération va être extrêmement délicate. Les régions qui passent sous notre commandement sont depuis un an occupées par les Anglais ; Le nouvel accord limite notre action à la côte de Syrie, laissant tout l’intérieur, avec les grands centres d’Alep et de Damas, à des organisations arabes qui ont été soumises à un travail intense de propagande antifrançaise. C’est dire que le chef qui va nous représenter là-bas devra unir à une remarquable énergie des qualités diplomatiques de premier ordre. Le gouvernement désigne aujourd’hui le général Gouraud.
Ce choix se recommande à des titres divers. Gouraud est une des gloires de notre armée. C’est notre Bayard. Prononcer son nom c’est évoquer une série d’exploits presque sans égale : la prise de Samory [Le 29 septembre 1898, en capturant le grand roi Mandé, Samory Touré, le capitaine Gouraud mettait fin à une résistance de 16 ans à l’avancée coloniale française dans la boucle du Niger et l’actuelle Guinée], la Mauritanie, le Maroc, l’expédition des Dardanelles avec la glorieuse mutilation, le commandement de la IVe armée sui décida, le 18 juillet 1918, de l’échec de la dernière ruée germanique.
D’autre part, Gouraud est un catholique pratiquant. Il a, par ses relations, des rapports faciles avec le Vatican. Ce sont des avantages précieux dans des pays où les représentants de la France, même francs-maçons avérés, doivent présider les messes pontificales. En Orient, la France garde la double prestige des croisades et de la Révolution [2]
Pour être l’homme complet de la situation, il ne reste au général Gouraud qu’à triompher d’une modestie et d’un goût de la simplicité qui sont tout à fait estimables, mais que les Orientaux ne comprennent pas comme nous [3] Le général Lyautey a une autre manière qui a fait merveille. Le général Gouraud a été précisément à cette école pendant les quelques mois que Lyautey passa au ministère de la guerre. Nous sommes convaincus qu’il saura profiter de l’expérience acquise et qu’il va être le brillant porte-drapeau qui convient à la France au moment où sa gloire militaire rajeunie lui d’un éclat digne des plus grandes heures de son histoire. »

Le Journal, 9 octobre
« Le partage de la Syrie
Londres, 8 octobre. – Le Times dit tenir de source compétente des informations relative à l’Etat arabe, aux problèmes de Syrie, de Palestine et de Mésopotamie.
En ce qui concerne la Syrie, il est question d’en faire un Etat virtuellement indépendant avec un gouvernement arabe représentant la population et un mandat de surveillance donné à la France. Mais la Syrie proprement dite ne comprendrait pas le Liban, qui serait une unité avec un gouvernement libanais sous mandat direct de la France.
La Palestine serait constituée en unité politique distincte sous le mandat général de la Grande-Bretagne, les sionistes pouvant mettre à exécution, sous la surveillance de l’Etat mandataire, leurs plans d’organisation d’un foyer national israélite.
On croit que les représentants responsables des intérêts britanniques, français, arabes et sionistes accepteraient un pareil arrangement et que les difficultés pourraient sans doute être tranchées si les quatre parties intéressées demandaient collectivement ou individuellement aux Etats-Unis d’aider à cette solution. »

Le 11 janvier 1920, le très répandu Petit Journal consacrera sa couverture à la présence française au Levant :

Notes

[1[Malgré les promesses d’indépendance faites aux Arabes, Paris et Londres se sont secrètement partagé le plus arbitrairement du monde les provinces arabes de l’Empire ottoman (accords Sykes-Picot du 16 mai 1916). Le secret fut levé par les Bolcheviks qui avaient trouvé copie de l’accord dans les archives tsaristes. Ce partage du Moyen Orient se concrétisera par les mandats de 1920

[2Double prestige qui était loin d’être partagé par tous...

[3Ah, les ethnotypes justificateurs…

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