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L’Humanité et l’Indochine, décembre 1933. Contre la répression anticommuniste et antinationaliste

dimanche 27 décembre 2020, par René Merle

Le procès de Saïgon

Fidèle à sa ligne anticolonialiste si souvent présente dans ses colonnes depuis 1921, et notamment lors du procès de Saïgon, en mai 1933, le quotidien communiste l’Humanité mène campagne à partir du 16 décembre pour les huit condamnés à mort.
L’Humanité, 16 décembre 1933

L’Humanité, 17 décembre 1933

« Dans la maison centrale de Saïgon, huit jeunes communistes attendent que l’action des ouvriers français, forçant la main à Lebrun [1], les arrache à la guillotine.
Le verdict de Saïgon du 7 mai, ratifié jeudi dernier par la Cour de Cassation de Paris, les a condamnés à mort, parce que communistes et arrêtés lors des sanglants événements de 1930.

Que se passe-t-il alors en Indochine ?
1930 ! Soixante-dix ans de domination française, soixante-dix ans de misère, d’oppression, de terreur. La famine gronde.
4 février. Grève insurrectionnelle à Hue-Dieng, dirigée par les syndicats rouges.
9 février. Insurrection nationaliste à Yen-Bay.

L’impérialisme français, les féodaux, les bourgeois indigènes, la section S.F.I.O du Tonkin appellent à la répression blanche. Le sang coule à flots : bombardement à Cô-am, décapitations à Yen-Bay !

Seul le Parti communiste indochinois lève le drapeau de la lutte contre la terreur, pour la libération de l’Indochine.

Sous sa direction, des millions d’exploités entrent dans la bataille révolutionnaire.

Au Tonkin, dans plusieurs provinces, ouvriers et paysans réclament au prix du sang leur droit à la vie et à la liberté.

Le mouvement se déclenche aussi en Cochinchine, Saïgon, Sadec, Hoc-Mon !… Partout le drapeau rouge est levé ; à Sadec se créent des soviets.
Mais le centre du mouvement fut en Annam. La révolution monte.
Le 12 septembre, les ouvriers et paysans de Nghé-Am marchent sur le chef-lieu de la province. L’impérialisme répondit par une rafale d’assassinats arbitraires et d’incendies de villages entiers. Rien que le 12 septembre, 500 personnes ont trouvé la mort.
Le Parti communiste rassemble les masses à Vô-Lüt, où 20.000 personnes protestent contre le crime de Nghé-An.

La terreur devint indicible.
30.000 ouvriers et paysans ont été couchés dans les plaines de l’Annam, 10.000 sont dans les bagnes.
Aujourd’hui, en décembre 1933, le gouvernement de « gauche [2] », en assassinant nos 8 jeunes camarades arrêtés en 1930, veut effrayer les masses travailleuses d’Indochine dont la misère atroce et le mécontentement grandissant font prévoir de nouvelles luttes contre l’odieux joug impérialiste.
La délégation ouvrière, qui partira incessamment, doit apporter en Indochine l’annulation par Lebrun, de l’ordre d’exécution !

Débordez Lebrun de délégations, d’ordres du jour, de pétitions ! "

Légende de la photo : « Un Annamite a été attaché sur une croix de bois. On l’a laissé ainsi mourir de faim et de froid. Civilisation française ! »


[1] Albert Lebrun, président de la République, a le droit de grâce

[2] Radical et radical-socialiste

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