La Seyne sur Mer

Accueil > Histoire, de la Préhistoire à aujourd’hui > XIXe siècle (jusqu’en 1914) > Au lendemain immédiat de la Commune, le Figaro prône la monarchie

Au lendemain immédiat de la Commune, le Figaro prône la monarchie

mercredi 14 avril 2021, par René Merle


Le Figaro réapparaît régulièrement le 30 mai 1871, au lendemain immédiat de l’écrasement sanglant de la Commune, dont il se réjouit évidemment.
Cf. : Le Figaro et la Semaine sanglante
Dès le 31, il lance sa campagne en faveur de la restauration de la monarchie :
" PROFESSION DE FOI.
Figaro n’est pas fait pour ceux qui persistent à croire encore la République possible en France ; pour ceux qui pensent que les trois terribles tentatives subies de cette forme de gouvernement ne soient pas plus que suffisantes pour en dégoûter à jamais le pays.
Les massacres de 93.
L’insurrection de juin 1848.
L’ignoble Commune de 1871.
C’est-à-dire la ruine sanglante, la honte, l’incendie, la destruction de la capitale du monde civilisé, voilà ce que nous a attiré ce mot de République derrière lequel se cachent toutes les haines de l’impuissance, toutes les vengeances de ceux que la vie a déclassés, toutes les ambitions des imbéciles orgueilleux, toutes les férocités des sectaires que nous venons de voir à l’œuvre depuis deux mois.
M. le marquis de Larochejaquelein disait un jour à la tribune :
— Certes, je ne prétends pas que tous les républicains sont des voleurs, mais, ce que je garantis, c’est que tous les voleurs sont républicains !
Je sais ce que vous répondent les républicains honnêtes, c’est qu’il ne faut pas confondre la République avec la Commune.
Ils ajoutent qu’ils répudient ces malfaiteurs, et qu’avant tout le drapeau de la République veut être porté par des mains honnêtes.
Nous leur répondrons que les députés qui siègent à la gauche, loin de se précipiter à la tribune pour protester contre les horreurs de la Commune, comme c’était leur devoir, ont gardé le plus profond silence, prenant ainsi l’attitude de gens qui ne voulaient pas froisser leurs citoyens électeurs.
Nous ajouterons que nous croyons à la sincérité des républicains honnêtes, nous croyons qu’ils désirent le bien de tous, mais que, quoiqu’ils disent et qu’ils fassent, ils n’empêcheront jamais la débordement des passions qui s’abritent sous le pavillon de la République, témoins Clément Thomas et Chaudey, honnêtes et malheureuses victimes entraînées par le courant du fleuve qu’ils avaient concouru à faire déborder [1].
Donc les républicains honnêtes, justement parce qu’ils sont honnêtes, doivent considérer que la République n’est pas possible en France, et qu’il faut la regarder aujourd’hui comme un de ces étranges remèdes qui guérissent peut-être la maladie, mais qui tuent certainement le malade.
Nous demandons à grands cris une chose : la résurrection de la France qui agonise et que le crédit seul peut relever.
Il nous faut payer la Prusse, rouvrir nos usines, indemniser nos provinces, reconstruire notre capitale ; une société financière anglaise s’organise en ce moment ; mais ce qu’elle demande c’est la protection d’un gouvernement fort qui, né du peuple et non de lapopulace, - et il y en a beaucoup à Paris quoi qu’en puisse penser M. Jules Favre [2], - puisse faire respecter nos droits, nos propriétés et nos libertés.
Il faut, pour atteindre ce but, que nos gouvernants ne soient pas des gens compromis avec cette foule qui pullule dans les grandes villes, et qui approvisionne tôt ou tard, sous tous les régimes, les bagnes ou Cayenne.
Il nous faut enfin un gouvernement sain d’origine, et assez fort de l’honnêteté de son passé pour nous donner des garanties de stabilité pour l’avenir.
En un mot, il faut que la France qui ne peut trouver aucun crédit sous le patronage insuffisant de certaines personnalités, que, pour me servir d’un mot de mon village, je désignerai sous le nom de radinets du 4 septembre, il faut que la France songe à se procurer un pouvoir régulier.
Nous ne ferons aucune opposition au nouvel essai de République qui se fait en ce moment : mais notre conviction est que la France ne sera définitivement sauvée que lorsque Monseigneur le Comte de Chambord [3] et les Princes d’Orléans [4], réunis par la fusion, lui apporteront le concours de leur patriotisme et de leur dévouement.
H. de Villemessant [5]. "

Notes

[1le général Clément Thomas, républicain sous la Monarchie de Juillet, et opposant au coup d’État de 1851, mais violent adversaire de l’insurrection de juin 1848. Commandant en chef de la Garde nationale, il donne l’ordre le 18 mars de livrer les canons de la garde à Versailles. Entouré par une foule hostile, il est fusillé par ses propres soldats - l’avocat républicain et proudhonien Gustave Chaudey, internationaliste, était accusé en tant que maire adjoint du 9e arrt. d’avoir fait tirer tirer sur la foule manifestant le 22 janvier contre le gouvernement. La Commune le fit fusiller le 23 mai

[2Avocat républicain, négociateur (malheureux) de l’armistice, membre du gouvernement de Versailles et ennemi déclaré de la Commune

[3Henri V, le dernier des Bourbons, l’homme du drapeau blanc légitimiste

[4tenants du drapeau tricolore de Louis-Philippe

[5Directeur du Figaro

Répondre à cet article

| Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 | SPIP