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Toni negri et la nation

mardi 11 décembre 2018, par René Merle

Je redonne ici, pour rappeler mes positons sur la nation, positions qui sont toujours les miennes, cet article paru dans Vendémiaire, n°18, Août 2005

Pour en finir avec "cette merde d’État-nation", votons OUI. Telle a été la contribution "théorique" de Toni Negri, ravissant en cela d’une caution "révolutionnaire" quelques organisations politiques autonomistes ou régionalistes dont le OUI (c’est-à-dire le NON à l’État-nation) se voulait "ethnique". Ainsi Negri balaie d’un choix qui se veut prophétique une réalité concrète dans laquelle se joue, en France peut-être bien plus qu’ailleurs depuis au moins deux siècles, la lutte des classes. Réalité concrète qui ne signifie certes pas réalité éternelle. Il suffit de relire le père Marx. Mais pour l’heure, dans une situation concrète, réalité concrète dont il convient de rappeler la vertu opérationnelle.
Si les prolétaires n’ont pas de patrie, c’est bien pourtant dans le cadre de l’État-nation, (cristallisé aux temps modernes avec la montée en puissance de la bourgeoisie et du capitalisme et répondant aux nécessités de ces temps nouveaux) qu’ils ont mené des luttes aujourd’hui séculaires et obtenu des avancées sociales et politiques. Et affirmer cela n’est en rien trahir les espérances et les expériences de générations de travailleurs se posant au XIXe siècle, de façon très concrète, la question du fédéralisme et du communalisme dans son rapport à l’émancipation populaire.
Que les multinationales n’aient plus pour référence première l’état mais bien l’universalité de leur Empire ne fait guère de doute. Il n’en reste pas moins vrai que ces multinationales ont elles mêmes des bases "nationales", appuyées sur une classe politique très nationaliste (l’exemple des États-Unis en témoigne), et que ces bases "nationales" sont grosses d’un avenir d’affrontement, y compris guerrier. Nul doute que la construction européenne n’y soit confrontée. L’avenir nous dira, si par malheur elle aboutissait dans ses visées actuelles, quelles formes elle adopterait : super état nation impérialiste et néo-colonialiste à l’américaine, ou dissolution des structures étatiques dans un émiettement de petits et grands pouvoirs gigognes, nouveau Moyen Âge, sacrifiant le politique au nom du libre jeu des forces économiques. Dans le premier cas, ce sera tôt ou tard l’affrontement avec l’Empire américain, dans le second cas la main mise US sur la nouvelle structure. Dans les deux cas, le peuple aurait beaucoup à perdre, sinon tout.
Bilingue (français et occitan) autant par affectivité que par héritage, auteur et intervenant culturel en français comme en occitan, je m’en sens d’autant plus responsable pour dire, sans le moindre chauvinisme ou nationalisme français, que vouloir casser l’État-nation, c’est s’inscrire dans la stratégie impérialiste de soutien actuel à tous les autonomismes, à tous les séparatismes, et ce sur tous les continents, de l’Afrique désétatisée et tribalisée à l’Amérique du Sud bouillonnante de révolte, en passant par l’encerclement sur leurs confins de la Russie et de la Chine...
René Merle

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