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Gramsci et Bordiga

mardi 11 février 2020, par René Merle

Au début de la dictature mussolinienne, le débat entre communistes. En attendant le Grand Soir ? ou du fatalisme révolutionnaire

L’ex directeur du quotidien socialiste Avanti !, Benito Musolini (1883), se retrouva par un des plus stupéfiants retournements de l’histoire créateur du Parti national fasciste en 1921.
Soutenu par les conservateurs et financé par les milieux économiques très inquiets devant la menace révolutionnaire, il déchaîne (avec la protection de l’État) ses activistes violents contre l’opposition de gauche et d’extrême gauche. Sièges et journaux saccagés, grèves brisées, militants obligés de boire de l’huile de ricin, quand ils ne sont pas tout bonnement assassinés...
En octobre 1922, après que ses sbires aient marché sur Rome, Mussolini est le plus légalement du monde nommé par le Roi président du Conseil du Royaume d’Italie !
Dans un apparent maintien de la légalité démocratique, les fascistes déchaînent en fait une persécution de plus en plus violente contre les opposants.

Né en 1921, le Parti communiste d’Italie, qui tient bon contre la tempête, décide en septembre 1923 de la création à Milan du journal l’Unità, quotidien des ouvriers et des paysans.
Le 3 janvier 1925, dans ses vœux, Mussolini assume publiquement sa responsabilité politique dans l’assassinat à Rome du député socialiste Giacomo Matteotti. Il annonce sa prise de pouvoir dictatoriale.
Une vague d’arrestation d’opposants s’ensuit.
Le 21 avril, à l’initiative du philosophe et ministre de l’instruction Giovanni Gentile, est publié le Manifeste des intellectuels fascistes aux intellectuels de toutes les nations, dont Gentile est le rédacteur.
Parmi les signataires, Gabriele d’Annunzio, Curzio Malaparte, Luigi Pirandello, Giuseppe Ungaretti…
Le 1er mai, courageuse Réplique des intellectuels non fascistes, initiée par le socialiste Giovanni Amendola et rédigeé par le philosophe Benedetto Croce.
Parmi les signataires, le grand poète Eugenio Montale.
C’est dans ce contexte que Gramsci publie le 9 juillet dans l’Unità un article de stratégie apparemment surréaliste compte tenu des urgences du jour et de la dictature qui s’installe.
À propos des analyses du courant socialiste maximaliste, dont une parti avait rejoint le parti communiste, le jeune dirigeant communiste italien Gramsci (1891) critique les positions d’un autre jeune dirigeant, Amedeo Bordiga (1899)
Voici le texte de Gramsci, "Massimalismo ed estremismo", publié dans le journal communiste L’Unità, 2 juillet 1925. Je traduis littéralement (texte italien ci-dessous) cet article qui ne manque pas d’intérêt au regard de la situation actuelle, où nous entendons dire : "quand ils seront dans la merde, ils comprendront et ils se soulèveront", "que le RN arrive au pouvoir, comme cela ils comprendront leur douleur et ils bougeront enfin", quand ce n’est pas "notre cause est juste, et de toute façon elle triomphera"....

" Le camarade Bordiga s’offense qu’il ait été écrit que dans sa conception (vision) il y a beaucoup de maximalisme. Ce n’est pas vrai, et ce ne peut être vrai, écrit Bordiga. En fait le trait le plus distinctif de l’extrême gauche est l’aversion pour le Parti maximaliste, qui nous répugne, qui nous fait vomir, etc. etc.
La question cependant est autre. Le maximalisme est une conception fataliste et mécanique de la doctrine de Marx. C’est le Parti maximaliste qui de cette conception falsifiée tire argument pour son opportunisme, pour justifier son collaborationnisme larvé ( ?) de phrases révolutionnaires. Le drapeau rouge triomphera parce que c’est fatal et inéluctable que le prolétariat doive vaincre ; Marx l’a dit, qui est notre doux et raisonnable maître ! Il est inutile que nous nous fassions des efforts ; à quoi bon se remuer et lutter si la victoire est fatale et inéluctable ? Ainsi parle un maximaliste du Parti maximaliste.
Mais il y a aussi le maximalisme qui n’est pas dans le Parti maximaliste, et qui peut être au contraire dans le Parti communiste. Il est intransigeant, et non opportuniste. Mais lui aussi croit qu’il est inutile de se bouger et de lutter au jour le jour ; il attend seulement le grand jour. Les masses – dit-il – ne peuvent pas ne pas venir à nous, car la situation objective les pousse vers la révolution. Donc attendons-les, sans tant d’histoires de manœuvres tactiques et autres expédients. Ceci, pour nous, est maximalisme, tel et quel comme celui du Parti maximaliste.
Le camarade Lénine nous a enseigné que pour vaincre notre ennemi de classe, qui est puissant, qui a beaucoup de moyens et de réserves à sa disposition, nous devons exploiter chaque fissure dans son front et nous devons utiliser tout allié possible, fût-il incertain, oscillant et provisoire. Il nous a enseigné que dans la guerre des armées, on ne peut atteindre le but stratégique, qui est la destruction de l’ennemi et l’occupation de son territoire, sans avoir d’abord atteint une série d’objectifs tactiques et tendant à désagréger l’ennemi avant de l’affronter en champ.
Toute la période révolutionnaire se présente comme une activité essentiellement tactique, tournée à acquérir de nouveaux alliés au prolétariat, à désagréger l’appareil organisateur offensif et défensif de l’ennemi, à prendre et épuiser ses réserves. Ne pas tenir compte de cet enseignement de Lénine, ou en tenir compte seulement théoriquement, mais sans le mettre en pratique, sans le faire devenir action quotidienne, signifie être maximaliste, c’est-à-dire prononcer de grandes phrases révolutionnaires, mais être incapable de faire un pas en avant dans la voie de la révolution."

"Il compagno Bordiga si offende perché è stato scritto che nella sua concezione c’è molto massimalismo. Non è vero, e non può essere vero - scrive Bordiga -. Infatti il tratto più distintivo dell’estrema sinistra è l’avversione per il Partito massimalista, che ci fa schifo, ci fa vomitare, ecc. ecc.
La quistione però è un’altra. Il massimalismo è una concezione fatalistica e meccanica della dottrina di Marx. C’è il Partito massimalista che da questa concezione falsificata trae argomento per il suo opportunismo, per giustificare il suo collaborazionismo larvato da frasi rivoluzionarie. Bandiera rossa trionferà perché è fatale e ineluttabile che il proletariato debba vincere ; l’ha detto Marx, che è il nostro dolce e mite maestro ! E’ inutile che ci muoviamo ; a che pro muoversi e lottare se la vittoria è fatale e ineluttabile ? Così parla un massimalista del Partito massimalista.
Ma c’è anche il massimalista che non è nel Partito massimalista, e che può essere invece nel Partito comunista. Egli è intransigente, e non opportunista. Ma anche egli crede che sia inutile muoversi e lottare giorno per giorno ; egli attende solo il grande giorno. Le masse - egli dice - non possono non venire a noi, perché la situazione oggettiva le spinge verso la rivoluzione. Dunque attendiamole, senza tante storie di manovre tattiche e simili espedienti. Questo, per noi, è massimalismo, tale e quale come quello del Partito massimalista.
Il compagno Lenin ci ha insegnato che per vincere il nostro nemico di classe, che è potente, che ha molti mezzi e riserve a sua disposizione, noi dobbiamo sfruttare ogni incrinatura nel suo fronte e dobbiamo utilizzare ogni alleato possibile, sia pure incerto, oscillante e provvisorio. Ci ha insegnato che nella guerra degli eserciti, non può raggiungersi il fine strategico, che è la distruzione del nemico e l’occupazione del suo territorio, senza aver prima raggiunto una serie di obiettivi tattici tendenti a disgregare il nemico prima di affrontarlo in campo.
Tutto il periodo prerivoluzionario si presenta come un’attività prevalentemente tattica, rivolta ad acquistare nuovi alleati al proletariato, a disgregare l’apparato organizzativo di offesa e di difesa del nemico, a rilevare e ad esaurire le sue riserve. Non tener conto di questo insegnamento di Lenin, o tenerne conto solo teoricamente, ma senza metterlo in pratica, senza farlo diventare azione quotidiana, significa essere massimalisti, cioè pronunziare grandi frasi rivoluzionarie, ma essere incapaci a muovere un passo nella via della rivoluzione"
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