La Seyne sur Mer

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Le Chili d’aujourd’hui et la France de demain ?

dimanche 15 décembre 2019, par René Merle

Après la révolte populaire, le Chili entre autoritarisme et réformisme...

Ceux qui en 1973 avaient l’âge de raison et portent depuis au cœur la plaie chilienne ont sans doute suivi avec passion ce qui se passe aujourd’hui dans ce pays trente ans après la chute de Pinochet. Et peut-être les plus lucides, ou les plus paranoïaques (j’en suis) n’on pas manqué de mettre en abyme cette situation avec un de nos proches futurs possibles.
Chili, un pays qui a mené à bout les réformes dites libérales : retraites totalement privatisées, secteur santé majoritairement aux mains d’un privé qui sait se faire payer, secteur universitaire chèrement contrôlé par le privé (les étudiants furent un détonateur de la protestation), une main mise du capital sur les ressources naturelles, l’eau et la terre au premier chef… Un pays où l’intrication est totale entre les dirigeants de l’État et les maîtres du capital (le président est un homme d’affaires richissime)…
Et voilà que le peuple se révolte spontanément, en masse, et fait dans un premier temps plier le pouvoir sur la revendication initiale du prix des transports. Mais la révolte continue, malgré une les arrestations massives et les tirs de LBD arme de guerre. La révolte continue malgré ce qui se passe dans les commissariats où, comme au bon vieux temps pinochétiste, on frappe, on torture, on viole…
Et la révolte continue, avec, à côté des manifestants pacifiques, des éléments incontrôlés qui s’attaquent aux vitrines, aux véhicules, et incitent aux pillages des magasins… Argument de rêve pour le pouvoir qui met dans le même sac casseurs et protestataires…
Et la révolte populaire continue comme elle a été lancée, sans mot d’ordre, sans chefs, sans organisation… Les syndicats essaient de la contrôler en lançant un appel à la grège générale d’un jour : un succès ; mais après ?
Dans ces conditions d’état de guerre interne, la révolte sans issue politique ne peut que s’essouffler.
Comme après la terrible saignée de la Commune de Paris le socialisme révolutionnaire français mit une génération pour se reconstituer, l’éradication sanglante par Pinochet des courants révolutionnaires a laissé un Chili où ceux-ci ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes, et sont dans l’incapacité de prolonger l’élan populaire spontané pour les revendications immédiates par un assaut politique.
Et voilà que les partis dits de gouvernement, ceux qui ont été aux affaires dans le précédent gouvernement de gauche de Mme Bachelet, se posent en recours. Face à l’autoritarisme du pouvoir, les hommes du Forum de Sao Polo seraient partants pour une relève réformiste parlementaire social-démocrate, dont les timides mesurettes ne mettraient guère en danger la prégnance du « libéralisme » capitaliste.

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