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l’Humanité et l’anniversaire de la révolution soviétique, 1920

vendredi 14 décembre 2018, par René Merle


À la veille du Congrès de Tours qui verra la scission du Parti communiste SFIO et la naissance du Parti communiste, l’Humanité journal socialiste (7 novembre 1920) consacre sa Une à l’anniversaire de la révolution soviétique, avec notamment, en éditorial, un texte de Lénine, « Tactique révolutionnaire », et un éditorial de Marcel Cachin. Voici le texte de Cachin, qui, à la différence de son maître Jules Guesde, qu’il avait suivi dans les débuts de l’Union sacrée, est désormais partisan de l’adhésion à la IIIe Internationale communiste.
Je mets ce texte en rapport avec la fin du billet que j’ai consacré au film "Le jeune Karl Marx", où j’évoquais le fait que la révolution ne s’est pas produite dans un pays industrialisé, comme il était prévu par la vulgate marxiste kautskyste, mais dans un pays arriéré économiquement, où la paysannerie avait été le moteur du renversement du tzarisme.
Cet article est à mettre en abyme avec l’appel désespéré des Soviets au prolétariat des pays occidentaux : c’est à vous maintenant de faire la révolution, afin de ne pas nous laisser isolés, en proie à l’agression étrangère, à la famine, à la désorganisation économique. C’est à vous de prendre le relais.

« ANNIVERSAIRE
« Ils sont entrés dans l’Histoire par la grande porte ». J.SADOUL [1]

En ce jour, commence la quatrième année de vie pour la République des Soviets.
Relisons quelques extraits des Notes sur la Révolution bolchévique, où Sadoul (pages 55 et 60) fixe ses impressions quotidiennes sur les deux journées des 7 et 8 novembre 1917 (25 et 26 octobre de l’ancien style).
A cette époque, notre ami n’était pas encore bolcheviste. Cependant, il percevait déjà l’importance, la profondeur, l’avenir du mouvement populaire qui débutait à Petrograd.
« Cette nuit (7 nov.) s’est déclenchée l’insurrection bolcheviste. Heure par heure, nous apprenons que les gares, les banques d’Etat, le télégraphe, le téléphone, la plupart des ministères sont tombés dans les mains des insurgés.
Toute la garnison de Petrograd est avec eux. Toutes les administrations sont entre leurs mains. Le gouvernement provisoire est assiégé dans le Palais d’Hiver. Il aurait été fait prisonnier déjà si le Comité révolutionnaire avait voulu user de violence, mais à Smolny, on veut que la deuxième révolution ne fasse couler aucune goutte de sang.
¨¨
Demain, congrès des Soviets : on y développera le programme du gouvernement bolcheviste qui sera immédiatement constitué. Ce programme, le voici en ses articles essentiels :
 Proposition aux peuples belligérants d’un armistice permettant l’ouverture des pourparlers en vue d’une paix démocratique et juste.
 Suppression de la grosse propriété foncière ; remise de la terre aux paysans.
 Contrôle ouvrier sur la production et la répartition des produits.
 Suppression de la peine de mort ».
Le lendemain, 8 novembre, se réunit un Congrès régulier qui accepta ce programme d’action. La scission ne s’est pas encore produite entre bolcheviks et mencheviks ; mais Sadoul signale que les premiers manifestent de plus en plus leur enthousiasme, leur esprit d’initiative et d’audace après le succès de l’insurrection, tandis que les seconds sont sans confiance et ne savent à quoi se résoudre.
On leur a proposé de constituer un gouvernement révolutionnaire commun.
Mais, après d’interminables discussions, l’entente n’a pu s’établir en raison de leur indécision et de leurs exigences. Au témoignage de Sadoul, Lénine s’en montre plus peiné qu’irrité.
Cependant, que va faire le pays lui-même ? Car les premiers jours, Petrograd seul s’est nettement affirmé en faveur des bolcheviks.
Trotsky se montre plein d’espoir et dit ses raisons :
« Toute révolution comporte des aléas, mais les chances de succès sont énormes. La préparation a été minutieuse. L’organisation s’étend sur tout le territoire russe où un millier de comités a été constitué. La presque totalité de l’armée est désormais acquise. Les masses paysannes vont être séduites par la remise de la terre des gros propriétaires. Appuyé sur ces deux éléments, le mouvement doit réussir. »
Comme il fallait s’y attendre les officiers étaient d’un sentiment tout autre. L’ambassadeur russe à Paris, Maklakov, proclamait que « les bolcheviks ne resteraient pas au pouvoir plus d’une semaine. » L’ambassadeur français en Russie escomptait, en son épaisse ignorance, « un écrasement rapide des insurgés ». Sadoul, lui, criait ; « Casse-cou ! ». Il écrivait, le 9 : « Aucune force russe ne peut briser aujourd’hui le bolchevisme ». Il ajoutait (page 65) : « La Russie est en démocratie révolutionnaire. L’immense majorité de l’armée, des masses ouvrières et paysannes suit les chefs bolchevistes. Les démocraties occidentales se couvriraient de boue en tentant d’écraser ce mouvement idéaliste ».
Ainsi parlait cet homme clairvoyant, mais il s’adressait à des sourds et à des aveugles. Les représentants officiels de notre gouvernement n’ont cessé de répéter depuis lors que « le pouvoir usurpateur » n’avait aucune chance de durée. Or, depuis trois années révolues il vit, en dépit de leur haine, malgré des attentats répétés et une guerre sans merci.
Il vit ; par miracle il a résisté à l’univers capitaliste. Depuis de longs mois, il appelle à son aide les classes ouvrières engourdies du monde entier. Il commence à trouver toute de même que leur réveil tarde beaucoup [2] !
Marcel CACHIN. »

Notes

[1Le capitaine Jacques Sadoul [1881], membre de la mission militaire française envoyée en Russie après la chute du tsar pour inciter le gouvernement, se ralliera à la révolution bolchevik.

[2[Cachin écrit après l’échec de la révolution spartakiste en Allemagne, des mouvements sociaux insurrectionnels en Italie, et de la grève française brisée de 1919

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