La Seyne sur Mer

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Aubin : Mélenchon et Jaurès. À chacun son Jaurès ?

samedi 29 mai 2021, par René Merle

Jean-Luc Mélenchon vient de lancer sa campagne électorale dans l’Aveyron, à Aubin. Et sur ces terres jauressiennes, en de belles envolées dont il a le secret, il s’est en quelque sorte identifié à Jaurès, comme si le souffle immortel de Jaurès le traversait.
Et ce non sans quelques menues erreurs de casting [1]. Mais passons sur ces broutilles.
En fait, je me suis souvent étonné de l’utilisation multiforme et parfois incongrue du nom du grand socialiste. Je reprends ici ce que j’avais écrit à ce sujet à l’occasion du centième anniversaire de son assassinat.

Fidélités et récupérations ? À chacun son Jaurès. Dans le flot de récupérations suscitées par l’anniversaire de l’assassinat, chacun tire la couverture à soi : mais ces hommages souvent douteux portent moins sur l’action du Jaurès vivant que sur ce qu’il aurait fait, s’il n’avait pas été assassiné…
Il me semble bien vain de se demander ce qu’aurait fait Jaurès pendant la grande tuerie, comment il aurait réagi devant les premières rencontres pacifistes, quelle aurait été sa réaction devant la révolution russe, quel ministère il aurait éventuellement occupé dans les gouvernements de l’après-guerre, etc., etc.
D’ailleurs, au vu de ce que furent les trajectoires de tant de dirigeants, marqués plus "à gauche" que Jaurès dans la nébuleuse socialiste d’alors, il paraît aventureux d’imaginer une évolution dans le droit fil des positions de chacun avant 1914... Pensons à Frossard, (qui alla du pacifisme au PC, avant de retourner au PS, et de finir ministre de Pétain), pensons à Guesde l’adversaire du réformiste Jaurès, Guesde l’intransigeant révolutionnaire (qui salua l’Union sacrée, en fut ministre, puis condamna le communisme russe et français), pensons à Hervé (dont le socialisme violemment antimilitariste se mua en bellicisme et s’acheva en fascisme), pensons à Laval, défenseur des syndicalistes révolutionnaires (dont le socialisme municipal s’acheva comme l’on sait), et à tant d’autres... Inversement, pensons à Cachin, fermement belliciste comme son maître à penser Guesde, mais tout au contraire de Guesde rejoignant immédiatement et jusqu’à sa mort les rangs du communisme. La liste serait longue des itinéraires imprévus qu’une mort prématurée en juillet 1914 aurait figés dans leur phase initiale socialiste...
Alors Jaurès ? Nous pouvons considérer le chemin de quelques uns de ses très proches. Renaudel par exemple, qui, dès le lendemain de la mort de son mentor, rallia l’Union sacrée, et plus tard quittera la SFIO pour les « Néos » (ancêtres idéologiques de Valls) et fondera l’ultra réformiste "Parti socialiste de France - Union Jean Jaurès" (tiens, tiens...). Ou encore Jean Longuet, proche des pacifistes pendant le conflit, tenté par le communisme avant de demeurer dans la vieille maison socialiste SFIO, dans la ligne Front populaire...
Tout au plus pouvons-nous penser que Jaurès serait demeuré dans sa ligne du réformisme assumé, mais toujours vivifié par une espérance morale de justice sociale. Tout au plus pouvons-nous penser que, sans romantisme révolutionnaire mais avec le souffle de l’optimisme, il serait demeuré du côté de ceux qui travaillent et que souvent l’on exploite, et, ce faisant, qu’il serait demeuré du côté des vrais défenseurs de l’intérêt national. En tout cas, nous pouvons penser qu’il ne partagerait pas ce cynisme arriviste qui est trop souvent la marque des dirigeants socialistes actuels.
Quoi qu’il en soit, laissons Jaurès en ce temps suspendu du 31 juillet, où il mourut d’avoir tenté d’enrayer le mécanisme de la catastrophe...

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