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Communistes à Marseille, 1925

mardi 20 octobre 2020, par René Merle

Une période d’isolement et de combativité

Depuis sa naissance, le PCF oscille entre la dénonciation du PS réformiste - collaborateur de classe, et l’union nécessaire avec lui sur de vraies valeurs "de gauche". Les débats actuels entre Mélenchon - PG et le PCF à propos des listes aux élections municipales en est un dernier exemple.
Je choisis dans l’histoire de Marseille une illustration d’un de ces allers-retours.
Durs débuts pour le Parti communiste à Marseille, qui en 1925 campe dans un rugueux isolement, tout en rejoignant dans le combat antifasciste les autres formations de gauche (et dans Marseille de ce temps, il faut prendre le mot "combat" dans son sens le plus physique*).
L’Humanité organe central du Parti Comuniste (S.F.I.C.), donne le samedi 28 février 1925 en première page un encart :
"Après l’exhibition sanglante du fasciste de Castelnau , celle de Millerand apparaît comme une nouvelle provocation et un insolent défi à la classe ouvrière de Marseille ».
- Le 9 février au soir, la Ligue de la défense religieuse et de l’action catholique tenait une réunion avec le général de Castelnau (l’homme de "l’affaire" du XVe Corps), Xavier Vallat, et l’évêque de Marseille, salle Prat, rue Paradis. Le maire socialiste Siméon Flaissières avait condamné par une affiche cette initiative jugée provocatrice. L’appel à contre manifester fut lancé par les communistes, les communistes dissidents de Sabiani, auxquels se joignirent les durs du service d’ordre socialiste, « le marteau ». La police tenta avec une grande violence de refouler les contre-manifestants, qui donnèrent une violente correction aux participants de la réunion à leur sortie. On releva deux morts chez les partisans de Castelanau. La bonne presse (à consulter sur Gallica) dénoncera la présence massive d’Italiens et d’Espagnols parmi les contre-manifestants. -
« Si d’autres troubles marquaient le passage du triste sire du Ba-Ta-Clan à Marseille, seul le gouvernement en aurait assumé la responsabilité ».
Millerand, Président de la République, ancien socialisme passé à la droite autoritaire qui le porta à la Présidence de la République. La victoire du Cartel des Gauches entraîna un conflit avec ce président enclin au pouvoir personnel, qui dut démissionner en juin 1924. Ba-ta-clan : allusion au discours prononcé le 4 novembre 1919 au théâtre parisien du Bataclan, où l’ancien socialiste avait appelé à l’union sacrée sous la bannière conservatrice du Bloc National.
Mais, toujours en première page, on peut lire l’article suivant qui donne la mesure du sentiment des communistes locaux vis-à-vis de leurs homologues socialistes :
« M.Flaissières, complice des fascistes, interdit un meeting communiste.
Le vieux Flaissières, maire de Marseille [1], ne dépare pas la collection des maires socialistes. Alors qu’il autorise dans sa ville la démonstration fasciste de son vieil ami Millerand, il n’hésite pas à interdire le meeting que les travailleurs marseillais se proposaient de tenir à la même heure avec le concours de nos camarades Paul-Vaillant Couturier et Montmousseau, secrétaire général de la C.G.T.U.
Le motif allégué par Flaissières, loin d’être une excuse, est une aggravation de son inqualifiable mesure : le terrain où devait se tenir le meeting est, paraît-il, communal.
Mais les travailleurs de la grande cité vont-ils s’incliner devant la dictature imbécile de ce vieillard partial déjà conquis par le fascisme ?"
La dénonciation de Flaissières par les communistes sera encore renforcée en 1929, lorsque le sulfureux Simon Sabiani deviendra premier adjoint de Flaissières.
Retournement de situation un peu plus tard, quand Sabiani, de fait maire de Marseille après la mort de Flaissières en 1931, passe ouvertement au fascisme. Le PCF mènera alors à partir de 1934 une politique unitaire antifasciste [2] avec les socialistes et le nouveau maire SFIO (1935), Tassot. De quoi faire progresser le PC, et aussi de dédouaner et renflouer le PS...


[1] Siméon Flaissières, 1851, fit partie de la génération des premiers maires socialistes de France. Maire de 1892 à 1902), il fut réélu en 1919

[2] Faut-il rappeler le combat, et parfois le combat physique, que menèrent ces communistes contre les bandes de Sabiani et leurs acolytes du Milieu, Carbone et Spirito en tête ?

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