La Seyne sur Mer

Accueil > Histoire, de la Préhistoire à aujourd’hui > Court XXe siècle, 1914 - 1945 > Les Hindous de la Wermacht

Les Hindous de la Wermacht

mardi 14 janvier 2020, par René Merle

L’armée multinationale des Nazis

À propos de l’article « Les Boches » m’a été posée la question sur la formulation : "la soldatesque multinationale de la Wehrmacht".
Je faisais allusion au fait que dans les armées allemandes occupant la France, nombreuses étaient les unités partiellement ou totalement formées de soldats non allemands, recrutés, de force ou volontaires, dans les pays occupés en Europe de l’Est, et notamment en Pologne et en Union Soviétique (Ukrainiens, Russes, Caucasiens, Georgiens, Arméniens...). En témoigne par exemple la composition de la 19e armée allemande qui combattit le débarquement allié en Provence en août 1944. Dans le Var où j’habite le souvenir perdure encore des Arméniens enrôlés sous l’uniforme allemand.

Personnellement, j’ai le souvenir très vif d’avoir vu à Chamonix, début 1944 (j’avais sept ans et demi), sur la terrasse de l’hôtel qui jouxtait la nôtre (réquisitionné pour accueillir les évacués de la région méridionale en proie aux bombardements alliés, des soldats allemands blessés et convalescents, coiffés du turban hindou. Ce souvenir rencontra bien souvent plus tard l’incrédulité ou l’ironie lorsque je l’évoquais devant des amis. Au point que je me demandais si je n’avais pas rêvé.
Il fallut que je m’intéresse un peu à la philatélie pour découvrir que les nazis avaient fait imprimer des timbres destinés à leur légion indienne, (Freie Indien Legion / Legion Azad Hind, recrutée parmi les prisonniers britanniques en Afrique du Nord) et à un hypothétique état indien nazi créé en marchant vers l’actuel Pakistan.

Ces soldats non-allemands sous l’uniforme nazi n’étaient pas tous des combattants forcenés, loin de là. Certains même se révoltèrent, comme en septembre 1943 les 500 Croates basés à Villefranche de Rouergue, qui furent écrasés par les SS. Après le premier débarquement, c’est par centaines que Polonais et Russes tentèrent de rejoindre les maquis.

Mais l’épisode tragique de Saint-Donat sur l’Herbasse que j’évoquais relève d’une autre réalité. Ces Soviétiques sous uniforme allemand qui commirent les pires exactions à partir de juin 1944, autour du Vercors et notamment à Crest, puis lors de la retraite allemande vers la vallée du Rhône étaient des ressortissants des républiques asiatiques, que la population drômoise appela les Mongols à cause de leur physique. Plus que pour le combat, les Allemands les utilisaient pour terroriser les populations qui manifestaient des velléités de résistance, et leur laissaient toute licence de piller, violer, massacrer. Ainsi à Saint-Donat. Leur souvenir est épouvantable. (Ce qui ne signifie pas que de "vraies" unités allemandes ne se soient pas comportées ainsi. Ce sont elles qui commirent les massacres évoqués dans l’article cité en référence. Il n’y avait pas de "mongols" à Oradour, mais des SS recrutés en Allemagne, y.c dans les territoires français annexés au Reich en 1940...)

Un souvenir d’enfance encore. De retour à La Seyne (Var) après l’épisode chamoniard, je me retrouvais à l’école en compagnie d’enfants dont beaucoup avaient été "déplacés" vers la Drôme au moment des terribles bombardements alliés du début 1944. Pendant quelques années, j’ai entendu évoquer avec horreur les Russes, barbares coupeurs de doigts pour prendre les bagues, porteurs de plusieurs montres volées au même poignet. Je n’osais pas parler de cela à mon père, plein d’admiration pour l’Armée rouge. Je ne faisais pas bien le lien entre le séjour dans la Drôme, - voire l’Ardèche et la Haute-Loire -, et cette sauvagerie des soldats russes, puisque je n’imaginais pas qu’il y ait eu des Russes en Dauphiné. Et je mettais le fait au compte de l’antisoviétisme de plus en plus répandu alors. Là encore, il m’a fallu du temps pour comprendre que ce dont parlaient mes camarades de classe relevait de ce qu’ils avaient entendu de leurs parents, qui avaient vécu avec angoisse et terreur cette grande peur diffusée de village en village dauphinois lors du passage des "Mongols"...

1 Message

  • Les Hindous de la Wermacht Le 15 janvier à 09:57, par comte Lanza

    Bonjour Monsieur Merle,

    J’ai été intéressé par ce que vous dites des soldats indiens e l’armée allemande.
    En fait il y a eu deux forces, très différentes, mais avec le même homme à leur origine, le nationaliste indien Chandra Bose.
    Celui-ci créa d’abord une force indienne intégrée à l’armée allemande, qui fut sur la fin rattachée à la SS. C’était une troupe modeste qui a servi sur le front occidental, ce sont eux qu’on a vus en France en 1944.
    L’article Wikipedia sur La légion SS de l’Inde libre ( en Allemand : Indische Freiwilligen Legion der Waffen SS )
    https://fr.wikipedia.org/wiki/SS_Freies_Indien_Legion
    précise : « On garde leur souvenir à Strasbourg, dans le quartier du Schluthfeld, où un groupe d’entre eux était cantonné dans le bâtiment de l’école élémentaire. Quelques anciens se souviennent de ces Indiens Sikhs, en uniforme de l’Afrika Korps, avec barbe et turban. Sur leur épaule ils arboraient l’emblème d’un tigre bondissant sous-titré « Freies Indien ». »

    Bose, déçu par Hitler, rentra en Asie et mit sur pied avec les Japonais une force bien plus considérable, l’Armée nationale indienne (hindi : Azad Hind Fauj) ; c’est cette force, qui fut impliquée dans des combats aux côtés des Japonais, qui émit les timbres que vous montrez (qui toutefois n’ont jamais effectivement servi, je crois), tandis que Bose se proclamait chef du gouvernement de l’Inde indépendante. Bose devait mourir en 1945 dans un accident d’avion.
    Après guerre, les Britanniques décidèrent de juger les responsables de l’Armée nationale indienne pour trahison (puisqu’il s’agissait d’anciens militaires de l’armée des Indes faits prisonnierspar les Japonais, qui avaient accepté de servir dans l’armée de Bose) mais le premier procès (des principaux chefs, à qui il semble qu’on reprochait aussi des crimes de guerre) provoqua une grande agitation en Inde, où les accusés étaient considérés quasiment comme des héros nationaux. Parmi les défenseurs des accusés de l’Azad Hind, on trouvait Nehru. Des régiments de l’armée des Indes se mutinèrent pour protester contre le procès. Finalement les Britanniques se contentèrent de les exclure de l’armée et libérèrent tous les détenus.
    Toutefois, lorsque l’Inde et le Pakistan devinrent indépendants, ces deux Etats, encore liés par les traditions de l’armée britannique, refusèrent de réintégrer dans leurs armées respectives les anciens de l’Azad Hind.
    Néanmoins ceux-ci sont plus ou moins considérés comme des combattants de la liberté et de l’indépendance.
    En 2002, une ancienne responsable féminine de l’Azad Hind fut candidate à la présidence de la république indienne.

    Répondre à ce message

Répondre à cet article

| Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 | SPIP