Accueil > Histoire, de la Préhistoire à aujourd’hui > Court XXe siècle, 1914 - 1945 > France 1914-1945 > Le PCF et les élections municipales de 1935

Le PCF et les élections municipales de 1935

mardi 20 octobre 2020, par René Merle

Le rouge de la Révolution ou le vieux rouge républicain avancé ?

Nos élections municipales approchent à toute vitesse, dans la confusion macronienne…
Un peu d’oxygène en nous reportant aux Municipales de 1935, où le Front populaire naissant portait un véritable espoir unitaire de changement.
La stratégie unitaire antifasciste pour les élections municipales de mai 1935 anticipe la stratégie électorale victorieuse de 1936. Loin de vouloir effrayer, le "vote rouge" proclamé en titre reprend le vieux partage républicain des Rouges et des Blancs, qui courait depuis 1848.

L’Humanité, 12 mai 1935
« Contre les hommes du 6 février, pour le Pain, la Paix et la Liberté, votez Rouge
Dans toute la France les travailleurs vont voter aujourd’hui avec discipline et avec élan contre les fascistes et leurs alliés hypocrites. Ils vont réaliser le front populaire le plus large de tous les défenseurs des libertés démocratiques menacées ; et le Parti communiste demande à chacun de ses adhérents de se placer au premier rang de ce combat.
Nous nous plaisons à reconnaître qu’au cours de cette campagne électorale, les diverses organisations ouvrières ont observé loyalement les conditions de l’unité d’action. Seules quelques individualités isolées se sont rebellées contre les décisions de leurs propres partis. Ainsi, pour citer les cas les plus scandaleux, Salom [1] et C.Renault [2] !Ainsi le maire sortant S.F.I.O de Villeurbanne ! Mais dans des centaines et même des milliers de villes et de communes rurales, le front populaire s’est dressé sans fissures. Les travailleurs des villes et des champs ont compris que le péril commun ordonnait le puissant rassemblement dont nous enregistrerons ce soir les résultats importants à travers le pays entier.
Cette attitude unitaire a excité la colère et provoqué les injures de tous les défenseurs du fascisme et de la grande presse française qui est au service du capitalisme financier. Naturellement, cette presse-là accuse les militants du front populaire de travailler pour Berlin et pour Moscou. Ils ne se piquent pas de logique, car il est difficile, en vérité, de servir à la fois deux politiques aussi contradictoires que celle de Hitler et de Staline. Mais nos réacteurs ne s’arrêtent pas à ces vétilles !
Ce qu’il faut rappeler toujours, c’est que le fascisme désormais convaincu de la puissance du front populaire s’apprête à abandonner la légalité et à recourir aux coups de main. Dorgères proclame que les conditions de l’assaut prochain ont été envisagées par le front paysan. Des milliers de paysans bretons et normands sont prêts, dit-il, à envahir Paris sur son ordre, à lui Dorgères [3] ! Les Croix de Feu [4] déclarait hier matin : « Il s’agit, non de mendier des bulletins de papier, mais d’aligner dans Paris des troupes manœuvrières bien commandées ! » Il faut passer à l’action directe. « Il faut des hommes voulant ce qu’il faut vouloir. »
Ainsi, les fascistes des divers clans mettent la dernière main à l’agression de grand style qui doit assurer la revanche des gens du 6 février 1934 et leur permettre d’instaurer en France l’hitlérisme ou le corporatisme mussolinien. Le moyen, comme dit Chiappe [5], c’est d’abattre les organisations syndicales et culturelles de la classe ouvrière, de mettre au pas « les faux intellectuels » qui font, dit l’immonde policier, « tant de mal à la France » !
Le moment venu, les travailleurs avertis sauront donner la réponse qu’il faudra aux troupes d’assaut dont on leur annonce la prochaine agression. Par la défense opiniâtre des revendications des larges masses, ils empêcheront le fascisme de les pénétrer. Mais à chaque jour suffit sa peine.
Aujourd’hui 12 mai, un premier et solennel avertissement doit être formulé par la grande majorité du peuple ouvrier, paysan, artisan, commerçant, intellectuel de notre pays. Que les travailleurs utilisent au maximum, pour leur défense, la consultation populaire de ce jour ! Qu’ils installent les leurs par milliers, par dizaines de milliers dans les hôtels de ville, points d’appui des batailles futures ! C’est la tâche présente et urgente ! Qu’ils flétrissent les trahisons des misérables qui se dérobent au devoir commun ! Après cette manifestation ample et puissante de la volonté de lutte contre le fascisme, ils seront appelés à pourvoir aux moyens efficaces de résistance contre les tentatives des « minorités agissantes » qui les menacent de les abattre par la force !
A bas le fascisme !
Marcel CACHIN. »

Que d’eau a passé sous le pont !!!


[1] François Salom, conseiller municipal sortant dans le XIVe, élu en 1929 sous l’étiquette Bloc Ouvrier Paysan (Parti communiste), passé ensuite au Parti Ouvrier et Paysan puis au Parti d’Unité Prolétarienne

[2] Camille Renault, conseiller sortant dans le XIe, même cursus que Salom

[3] Henri Dorgères, dirigeant des Comités de défense paysanne et des Chemises vertes

[4] Organisation du Colonel de la Rocque] renouvellent périodiquement leurs grandes manœuvres motorisées. Maurras[[Action Française

[5] Ex-préfet de police, proche de l’Action Française

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par les responsables.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.