La Seyne sur Mer

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Frédéric Demuth, 1851-1929

dimanche 16 décembre 2018, par René Merle

Mon cher Marxiste, m’écrit un lecteur, pourquoi ne reviens-tu pas sur cet épisode douloureux de la vie privée de Marx, que tu évoquais dans un précédent blog ?
Que dire ? D’abord, même si j’ai replacé pas mal d’anciens articles dans le blog actuel, il ne pouvait être question de recycler une « production » échelonnée sur dix années !
Ensuite, parce que les réactions de quelques amis à l’évocation de cet épisode ont été négatives : - tu vois les choses par le petit bout de la lorgnette, tu te permets de juger un fragment de la vie de Marx dont tu n’as pas les clés, tu démystifies à bon compte, etc., etc.
En fait, je ne voulais en rien démystifier quoi que ce soit. J’étais, et je demeure, dans l’interrogation de ce qui peut advenir d’une vie d’homme, et en l’occurrence d’un homme que j’admire. J’ai d’ailleurs eu la même interrogation vis à vis de Rousseau, que j’admire également, quant à l’abandon de ses enfants et à la façon dont il s’en expliqua…
Mais revenons-en à la question de notre lecteur :
Marx fut un père attentif, quelque peu gentil tyran domestique (cf. la belle introduction de Michelle Parrot à Les filles de Karl Marx. Lettres inédites, Albin Michel, 1979). À leurs trois filles, malgré la gêne extrême et parfois la misère, le couple Marx assurera une éducation de jeunes bourgeoises de leur temps victorien, tout en leur ouvrant des horizons idéologiques que les vraies jeunes bourgeoises n’avaient évidemment pas...
On pourrait s’en tenir à ce constat.
Pour autant, sans porter le moindre jugement, on peut aussi regarder à côté.
En 1997, Bernard Chartreux publiait Hélène et Fred (Éditions théâtrales), la première partie de son spectacle Karl Marx théâtre inédit. Entre tendresse et véhémence, Hélène et Fred interpellent Marx devant sa tombe londonienne... Hélène, c’est Hélène Demuth, la jeune et fidèle servante que les aristocrates parents de l’épouse de Marx ont vouée à servir les Marx et leurs enfants. Fred, c’est Frédérick Lewis Demuth, le fils qu’Hélène a eu de père inconnu en 1851, dont plus tard Engels endossera la paternité pour faire taire les rumeurs sur la responsabilité de Marx. Mais Engels aurait révélé la vérité sur son lit de mort à la dernière fille de Marx, Eleanor, déjà brisée devant le destin de ce garçon confié dès le berceau à une pauvre famille ouvrière, et devenu lui même ouvrier... "Il est possible que je sois très "sentimentale", mais je ne peux m’empêcher de trouver que Freddy a été toute sa vie victime de l’injustice. Quand on regarde les choses bien en face, n’est-il pas extraordinaire de voir à quel point on pratique rarement toutes les vertus qu’on prêche... aux autres ?" écrivait (26 juillet 1892) à sa sœur Laura Eleanor la rebelle, la militante, l’écorchée vive (Les filles de Karl Marx. Lettres inédites, Albin Michel, 1979).

À lire : Juan Goytisolo, La saga de los Marx, 1993 Mondadori ; La longue vie des Marx, Fayard

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