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Fischia il vento, Chant partisan. La nostalgie de la Résistance rouge. Vieux communistes et basculement terroriste de 1978

vendredi 20 décembre 2019, par René Merle

Il y a dans le très beau film Buongiorno, notte [2003], de Marco Bellocchio [1939], une scène qui m’émeut toujours profondément. Surtout lorsque l’on pense à ce qu’est devenue l’Italie aujourd’hui.

Comme chaque année depuis la mort de son père, Chiara, 23 ans, est présente au cimetière pour l’hommage que rendent famille et amis au vieux communiste, ancien partisan. Après la prière (l’Italie est décidément chrétienne !), voici le repas joyeux, où l’oncle place l’espérance d’un avenir de progrès et de paix sous la mémoire partisane, dont participent ces hommes aux cheveux blancs, désormais tranquillement installés dans la vie. C’est alors que tous entonnent "Fischia il vento", sans doute la chanson antifasciste partisane la plus populaire avec "Bella Ciao". (Voir les paroles et la traduction, ci-dessous). Et un mariage voisin se joint au chœur...
Chiara est assise dans l’herbe, avec un gentil soupirant transi qui l’a accompagnée. Tous deux vont se joindre à cette communion. Le jeune homme chante joyeusement, mais Chiara reste silencieuse.
Car Chiara, la jeune bibliothécaire apparemment sans histoires, est en fait membre du commando des Brigades rouges qui vient d’enlever Aldo Moro, le leader de la Démocratie chrétienne, père avec Berlinguer du Compromis historique (nous sommes en mars 1978), et qui l’assassinera.
Dans cette mise en abîme - (l’espérance démocratique rouge de la levée partisane de 1943-1945, que chante la famille / le délire théoricien "prolétarien" des brigadistes, qui habite Chiara), qui est le juste, qui est le vrai partisan ? Où se situe le juste combat, entre le suicide hyper-réformiste du PCI et la dérive suicidaire des brigadistes ? Par où passe un avenir effectivement de progrès et de bonheur ? La chanson exalte le "rebelle", les chanteurs ne sont plus rebelles, et les amis de Chiara se disent les vrais rebelles de l’Italie du compromis historique (bientôt avorté). Mais leurs méthodes par lesquelles ils prétendent défendre et réveiller la classe ouvrière ne sont-elles pas, quoiqu’ils s’en défendent, des méthodes dignes des fascistes qu’ils veulent combattre ?
À la fin de cette séquence de communion, le regard douloureux de Chiara la silencieuse, exprime toute cette interrogation entre les Siens et les Siens...

Un film à voir et à revoir, si vous en avez l’occasion.

"Fischia il vento" a été écrit, sur l’air de la populaire chanson soviétique Katioucha, par le jeune partisan communiste Felice Ciascone [1918], abattu en 1944 par les fascistes.

Fischia il vento, urla la bufera,
scarpe rotte eppur bisogna andar,
a conquistare la rossa primavera
dove sorge il sol dell’avvenir.
A conquistare la rossa primavera
dove sorge il sol dell’avvenir
.

Siffle le vent, hurle la tempête
Souliers cassés et pourtant il faut continuer
Pour conquérir le printemps rouge
Où se lève le soleil de l’avenir
Pour conquérir le printemps rouge
Où se lève le soleil de l’avenir

Se ci coglie la crudele morte
dura vendetta verrà dal partigian,
ormai sicura è già la dura sorte
del fascista vile e traditor.
Ormai sicura è già la dura sorte
del fascista vile e traditor
.

Si la mort cruelle nous surprend
Dure sera la vengeance du partisan
Il est déjà tracé le destin fatal
Du fasciste, lâche et traître.
Il est déjà tracé le destin fatal
Du fasciste, lâche et traître.

Cessa il vento, calma la bufera,
torna a casa il fiero partigian,
sventolando la rossa sua bandiera
vittoriosi, alfin liberi siam.
Sventolando la rossa sua bandiera
vittoriosi, alfin liberi siam
.

Cesse le vent, se calme la tempête
Le fier partisan rentre chez lui
En agitant son drapeau rouge
Enfin, nous sommes libres et victorieux
En agitant son drapeau rouge
Enfin, nous sommes libres et victorieux

La seconde strophe n’est pas chantée ici :

Ogni contrada è patria del ribelle,
ogni donna a lui dona un sospir,
nella notte lo guidano le stelle,
forte il cuore e il braccio nel colpir.
Nella notte lo guidano le stelle,
forte il cuore e il braccio nel colpir
.

Chaque contrée est la patrie du rebelle
Chaque femme soupire après lui
Dans la nuit il est guidé par les étoiles
Son cœur et son bras sont forts au moment de frapper
Dans la nuit il est guidé par les étoiles
Son cœur et son bras sont forts au moment de frapper

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