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Persistance ou fin des deux Italies ?

lundi 23 décembre 2019, par René Merle

Tout changer pour que rien ne change ?


J’ai revu, une fois de plus, le magnifique Guépard de Visconti (1963, réédité par Pathé en 2010), oh combien lucide illustration de ce que le jeune aristocrate Tancredi, apparemment traitre à sa classe, déclarait dans le Gattopardo de Giuseppe Tomasi di Lampedusa :
« Se vogliamo che tutto rimanga come è, bisogna che tutto cambi ». Formule-clé devenue célèbre aujourd’hui dans son condensé abrupt : « Bisogna cambiare tutto per non cambiare niente ». Il faut tout changer pour que rien ne change…
Tancredi avait rejoint les Chemises rouges garibaldiennes lors de leur débarquement en Sicile, combattu l’armée du Roi des Deux-Siciles, avant de devenir officier cynique du Roi du Piémont, à qui Garibaldi avait offert l’avènement du Royaume d’Italie.
On sait avec quelle dureté cette armée « piémontaise » réprima les révoltes paysannes pour la terre et le bien-être [1], conforta le pouvoir des aristocrates et favorisa l’essor des grands propriétaires d’origine « modeste », comme le beau-père de Tancredi. Tout avait changé pour que rien ne soit changé, sous la nouvelle tutelle de l’administration piémontaise.
C’est dans le sang des humbles du Sud qu’était née l’Italie nouvelle, fière de son unité affichée par les trois couleurs [2].
C’est de la domination « italienne » qu’allait naître dans le jeune royaume « la question méridionale », à laquelle Gramsci a consacré des pages lumineuses.
Depuis quelques années s’était affirmée une donne apparemment paradoxale : C’est du Nord qu’était venue l’aspiration à une unité nationale italienne, et l’armée brutale de la conquête du Sud. C’est au Nord aujourd’hui que s’affirma avec la Lega Nord la péjoration du Sud, voire le désir de se désencombrer de ce poids mort. « Terroni… Africani… »
Je renvoie les lecteurs intéressés aux articles de ce site consacrés à cet autonomisme, pour ne pas dire ce séparatisme.
Mais la donne est devenue désormais plus complexe en s’inversant. Jusqu’ici puissante force d’appoint nordiste de la droite berlusconienne, la Lega Nord de Salvini s’est désormais reconvertie dans une extension à tout le territoire national, et ce à partir de ses thèmes anti fiscaux et surtout anti-immigration : la Lega Nord est devenue la Lega tout court, et chasse sur ses terres du Sud le Mouvement Cinq Étoiles…
Il n’empêche, dans les faits et dans les cœurs la fracture nord-sud demeure
Affaire donc à suivre, dans la si complexe Italie…

Le ruban de l’unité rassemble et divise à la fois le Nord et le Sud

Notes

[1Cf. : La face noire de l’Unité italienne - la conquête du Sud et le mot clé : « Unité italienne »

[2[Sur l’origine des trois couleurs, cf. par exemple : Drapeau.

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