La Seyne sur Mer

Accueil > Identités, régionalismes, nationalisme > Xénophobie – Antisémitisme. Le vieux virus… Giraudoux, Mathiez...

Xénophobie – Antisémitisme. Le vieux virus… Giraudoux, Mathiez...

vendredi 28 février 2020, par René Merle

Il y a parfois des vérités qui vous poignardent, tant elles jaillissent de l’inattendu. Ainsi de ces deux billets, que je relève en feuilletant la revue Littérature, fondée en 1919 par Breton et Soupault, à laquelle collaborent Desnos et Aragon.
La revue avait demandé à un grand nombre d’auteurs : "Pourquoi écrivez-vous ?". Voici la réponse qui se veut spirituelle de Giraudoux [1882], à peine sorti de la guerre qu’il a traversée vaillamment, et qui fait ses débuts littéraires et bientôt diplomatiques :

Littérature revue mensuelle, n°10, décembre 1919.
"J’écris le français n’étant ni suisse, ni juif et parce que je possède tous mes diplômes : Grand Prix d’Honneur du Lycée Lakanal (1904, excellente année), premier prix du Concours Général (1906, année non moins bonne). Licence ès-lettres, mention très bien. Sorti premier de l’Ecole Normale Supérieure. Né à Bellac (Haute-Vienne). / Jean GIRAUDOUX"

Ainsi, chez cet auteur qui sera encensé par Aragon au lendemain de sa mort en 1944, ("le plus français de nos écrivains"), gisent depuis la jeunesse deux tristes caractéristiques du français d’alors dit "moyen" : le tranquille mépris pour nos voisins francophones, suisses romands ou wallons, qu’on ne remercie pas de parle français mais dont on se moque de l’accent, et aussi, et surtout, le tout aussi tranquille antisémitisme, prélude aux horreurs qu’écrira Giraudoux, pourfendeur occasionnel des hordes askhénases polonaises et balkaniques envahissant notre France ; on les lira en notes dans :
Giraudoux

Autre texte, qui fait peut-être plus mal, car il est signé d’un monument de l’histoire de la Révolution française, Albert Mathiez [1874], communiste jusqu’en 1922, et adhérent en 1923 de la jeune Union socialiste communiste dissidente :

Littérature, Nouvelle série, n°10, 1er mai 1923.
" Correspondance.
Dijon, 16 mars 1923.
36, Boulevard Carnot.
Citoyen.
Voulez-vous transmettre à notre ami Desnos toutes nos félicitations pour la gifle dont il a cinglé le visage de l’insulteur de Robespierre [1]. Sans doute ce Mayr, au nom de métèque, ne méritait pas cet honneur, mais il est bon, il est d’une haute moralité, il est d’un exemple à suivre que les lâches qui bafouent nos grands hommes reçoivent de temps en temps une correction publique.
J’espère que le geste de notre ami marquera le réveil de la jeunesse républicaine, la vraie jeunesse qui a le culte de la vérité, la passion de la justice et le saint amour de l’humanité.
Encouragés par notre trop longue patience les muscadins de la banque, de l’écritoire et de l’œillet blanc passent toute retenue. Défendons-nous et montrons à ces beaux-fils que les épiciers, les paysans, les travailleurs qu’ils méprisent en ont assez de leurs moqueries. Cognons dur.
A vous de tout cœur,
A.MATHIEZ."

On signerait des deux mains. Et pourtant, je ne sais pas vous, mais quelque chose me dérange dans le propos du grand historien robespierriste, me révulse même. Un mot, un simple mot, inattendu et témoin de ce qui gisait (qui gît encore ?) dans l’inconscient français, et même dans celui des meilleurs... "métèque" appliqué à un homme dont on devine ce qu’aurait dit Giraudoux, un homme venu de l’Est...

Notes

[1Ll’insulte était un article publié dans le journal conservateur élitiste le Gaulois

1 Message

Répondre à cet article

| Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 | SPIP