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Vercingétorix et la "Révolution nationale"

dimanche 23 décembre 2018, par René Merle


Encore un moment où les Français de la « zone libre » (sans occupants) ont été placés devant un choix historique. Persister dans le ralliement au Maréchal Chef de l’État, qui se présentait comme le garant de la liberté française et de l’instauration de la « Révolution Nationale », ou l’abandonner ? Les Français de la zone occupée n’étaient évidemment pas placés devant le même choix...

Les 29 et 30 août 1942 était célébré à Gergovie et à Clermont-Ferrand le deuxième anniversaire de la Légion Française des Combattants, créée par Pétain le 29 août 1940, dans le but de rassembler les anciens combattants afin de "régénérer la Nation, par la vertu de l’exemple du sacrifice de 1914-1918". Son emblème portait le célèbre et supposé casque gaulois des guerriers de Vercingétorix.
article 1082

Les cérémonies auvergnates d’août 1942 témoignent à la fois d’une confiance maintenue, dans l’accueil de la foule, et des premiers craquements auxquels le discours de Pétain fait discrètement allusion.


L’Action française rend compte de l’événement en première page
Sous le titre de « Il y a deux mille ans », le journal publie un très long éditorial de son chroniqueur de Jacques Delebecque. L’article relate par le menu la bataille victorieuse des Gaulois, unis sous la direction de Vercingétorix, sur l’envahisseur romain. Il se termine ainsi :
« Entre Gergovie et Alésia, entre la victoire de Vercingétorix et sa capitulation, il ne s ‘écoula guère plus de trois mois. Mais c’est à bon droit que le souvenir de Gergovie ne s’est pas effacé de l’histoire, c’est à juste titre que le plateau qui couronne la colline a été choisi comme lieu de la cérémonie d’hier. Car c’est à Gergovie que l’union précaire des peuples gaulois a remporté son unique succès, et que le destin du petit-fils de Vénus, futur maître du monde alors connu, a semblé un moment, trembler dans la balance.
J. Delebecque.
 »

Après avoir rendu hommage à la victoire gauloise, sur le plateau de Gergovie, le Maréchal de France, chef de l’État prononce le discours suivant devant 30.000 légionnaires place de Jaude, à Clermont-Ferrand. Le journal en donne le texte intégral :
« Légionnaires de la France et de l’Empire ! Volontaires de la Révolution Nationale !
En ce deuxième anniversaire de la fondation de la Légion, je vous renouvelle le témoignage de ma confiance et de mon affection.
Vous avez, sur le tertre de Gergovie, rassemblé ce matin les terres de nos provinces et de l’Empire.
L’unité française a retrouvé, grâce à vous, la puissance de son symbole. Vous vous êtes souvenus qu’il n’était qu’une seule et même France : celle qu’en des siècles nous avons forgée, celle qui mérite le don de vos esprits et de vos vœux.
Comme le pays, vous avez vécu des heures difficile, comme lui, vous les avez courageusement supportées.
Hier sous l’uniforme, aujourd’hui sous la veste et la blouse, vous demeurez mobilisés au service de la patrie.
Le souci de la discipline à accepter, de la misère à soulager, de la vérité à répondre, reste vos préoccupations quotidiennes.
La France d’aujourd’hui doit s’affirmer dans une politique constructive et mettre en œuvre les grands mots d’ordre de la Révolution Nationale : un pouvoir fort et libre, des professions organisées, la famille respectée et soutenue, une réglementation qui permette à chacun de vivre.
D’importantes réformes ont déjà été promulguées : la charte du travail, la corporation paysanne, mais je rencontre encore trop d’entraves dans leur application. Une secte bafouant les sentiments les plus nobles, poursuit, sous le couvert du patriotisme, son œuvre de trahison et de révolte. Trop de Français regardent en arrière et croient encore possible un retour vers la facilité et l’ancien régime : professionnels de l’élection qui ont perdu leurs privilèges, bourgeois d’affaires aveuglés par leur égoïsme, trusts avides de retrouver leur hégémonie, administrations souvent passives, sinon hostiles.
Je vous le déclare, une page de notre histoire a été définitivement tournée.
Le passé est bien mort. C’est vers un avenir de courage, d’honnêteté, de patience et d’union que le pays doit résolument se tourner. Son salut est à ce prix.
C’est pourquoi mon gouvernement et son chef, M. Pierre Laval, poursuivront et mèneront à son terme, en dépit des obstacles, la Révolution Nationale qui, sur les ruines d’un régime qui s’est effondré dans la défaite, construit, à travers des difficultés sans cesse renaissantes, la France nouvelle.
Légionnaires,
Vous avez été bien souvent les témoins de mon inquiétude et de mes impatiences. Je veux pourtant vous laisser aujourd’hui une parole d’espoir : peu à peu, je sens germer au plus profond de la nation le grain que mes messages ont semé et que les mauvaises herbes telles que l’égoïsme, les regrets malsains, l’insouciance, l’esprit de lucre cherchent à étouffer. Mais des terres mêlées à Gergovie sortira un arbre robuste, dont les rameaux s’élanceront vers le ciel.
On peut demander beaucoup à un peuple lorsque les chefs qui le dirigent ont foi dans leur mission ; j’ai foi dans celle qui m’a été confiée.
Je n’admets ni le doute, ni les surenchères, ni les murmures, d’où qu’ils viennent. Ranimez à mes côtés la flamme de notre destin. Soyez les ferments actifs de la rénovation française. Nos prisonniers et le pays tout entier ne vous ménageront pas leur confiance lorsqu’ils sauront par quels sacrifices vous l’aurez méritée. Légionnaires, S.O.L. [le Service d’Ordre Légionnaire, créé et dirigé par Joseph Darnand, était une organisation de choc de la Légion ; ouvertement antisémite et collaborationniste, qui deviendra en janvier 1943 la Milice française], mes amis, vous pouvez guider notre destin en accomplissant chaque jour un devoir sacré : celui auquel vous vous êtes engagés, « servir ». Que ce devoir dirige vos consciences, règle votre existence et domine vos pensées.
La France, alors, sera sauvée. »
Mais sous le discours, le lecteur peut lire cette annonce fatidique, qui à terme annonce la déroute des armées nazies. Ces mêmes armées qui franchiront la ligne de démarcation le 11 novembre 1942, mettant fin à la fiction de la "Zone libre".

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