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De la servitude religieuse ? Christianisme

jeudi 5 novembre 2020, par René Merle

Encore un mot (et il y en aura d’autres) au sujet des religions [1] et de la prégnance religieuse que l’actualité met si dramatiquement en évidence.
Quelques réflexions donc sur le christianisme, religion dont j’ai été totalement privé dans une enfance sans baptême, sans communion et sans offices... Il n’est question que de la foi dans ce billet.
Je traiterai longuement demain des rapports de l’Église avec la loi, la laïcité, l’éducation religieuse, la politique...
Mais tenons-nous en aujourd’hui à la foi.
Je sais qu’il y a parmi les fidèles de ce site des amis pour lesquels la foi chrétienne n’est pas incompatible, au contraire, avec leur engagement pour le progrès démocratique et social. Il en est d’autres aussi qui ont perdu la foi de leur enfance, mais en gardent la confiance dans une transcendance qui donne sens à leur vie [2].
Les uns et les autres n’en voudront pas, je l’espère, au non-croyant que je suis de dire encore une fois mon mot à propos de religion, et de le dire sans prosélytisme [3].
Je n’ai jamais considéré que la foi pouvait a priori écarter les exploités de la lutte contre l’exploitation, et ce en modeste disciple du grand Karl : il régla tout jeune ses comptes avec la religion, et je l’ai suivi, mais, contrairement à une idée reçue bien établie, il n’a jamais fait de l’athéisme une condition préalable à l’adhésion à la lutte prolétarienne.
Une des étymologies latines de « religion » donne le double sens de « relier » et de « lier ». On peut tirer le fil de la métaphore en montrant que la religion a été un vecteur efficace, sinon indispensable, pour relier entre eux les hommes, « animaux sociaux » par définition. Et qu’elle le fit en donnant sens à la raison humaine, permanente investigatrice, en la reliant aux volontés de la divinité. Mais on peut aussi, on doit même, mettre en avant le sens de « lier », « lien », qui soumet l’homme au joug de la divinité et entrave sa libre détermination.
Dans ce contexte, la religion chrétienne a sans doute un statut spécial.
Comme je l’indiquais dans un billet récent [4], « pour Spinoza, les humains participent d’une réalité unique : appelez-la à votre guise, la substance, ou encore la nature, ou pourquoi pas Dieu si vous le voulez, et dans cette réalité (qui prend en quelque sorte une conscience dans l’homme), aucune place pour la moindre transcendance. »
Or Spinoza, dont on connaît toute la distance prise avec le judaïsme et avec le christianisme, et dont la ligne directrice était de séparer la sphère de foi de celle de la raison, la sphère de la religion de celle de la politique (au sens noble), affirma fort curieusement que le Christ a été le plus grand des philosophes. Assez curieusement mais assez logiquement puisque Dieu est mort sur la croix en la personne de son fils, et le message éthique de son fils est donc celui d’un homme qui s’adresse à tous les hommes (j’entends à tous les êtres humains). Il faudrait être bien borné pour ne pas voir que ce message christique, n’en déplaise à la trahison ultérieure de l’Église [5], a apporté l’idée fondamentale que les hommes sont frères et égaux et doivent penser librement, pour le bien commun.
On peut donc dire qu’en un sens, ce message libérateur initie à sa façon la théorie des Lumières.
Comme il initie, dans la foulée, une aspiration révolutionnaire dont témoignent les « Rouges » de 1848-1851, qui placent leur engagement sous l’égide du Christ.
Le « Ni Dieu ni Maître » des anarchistes viendra à sa façon briser la référence, dans une nouvelle étape historique où l’Église, jusqu’alors pilier de l’ordre monarchique absolu, deviendra le fer de lance de la lute contre le mouvement ouvrier en voie d’organisation.

Notes

[1Cf. la rubrique : Religions, croyances.

[3À cet égard, j’attire votre attention sur l’essai du philosophe Denis Collin, Court traité de la servitude religieuse. Pour une théorie critique du fait religieux, L’Harmattan, 2017

[4Cf. : Voltaire et Spinoza.

[5Cf. : Marx et Jésus.

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