La Seyne sur Mer

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Algérie, pouvoirs spéciaux - 1956

mardi 25 décembre 2018, par René Merle

Ou pourquoi j’ai perdu confiance dans les socialistes... et dans ceux qui veulent s’allier à eux

J’ai grandi dans un milieu familial et politique où les dirigeants du Parti socialiste étaient considérés comme d’éternels traitres. Tout en prenant en compte l’aspiration unitaire des dirigeants communistes et leur appel à pousser la base socialiste vers cette unité, bien des militants me disaient : « ces socialistes nous ont toujours trahi et nous trahirons toujours ».
À la fin de l’année 1955, après une année de guerre qui ne disait pas son nom en Algérie, le Front Républicain, une coalition de centre gauche (parti socialiste SFIO, parti radical-socialiste de Mendès France, UDSR de Mitterrand, gaullistes sociaux de Chaban-Delmas) s’était constituée en vue des élections législatives de janvier 1956. Elle avait notamment axé sa campagne sur la nécessité dé sortir de l’impasse algérienne par une solution négociée.
Le Front Républicain obtint une majorité relative à l’Assemblée Nationale et le secrétaire général de la SFIO, Guy Mollet, forma le gouvernement.
Le nouveau Président du Conseil ne perdit pas de temps pour renier ses promesses de négociation. Le 12 mars, son gouvernement demanda et obtint le vote des pouvoirs spéciaux : « La gouvernement disposera en Algérie des pouvoirs les plus étendus pour prendre toutes les mesures exceptionnelles commandées par les circonstances, en vu du rétablissement de l’ordre, de la protection des personnes et des biens et de la sauvegarde du territoire. »
Un décret signé par Guy Mollet, son ministre de la Défense Bourgès-Maunoury, son ministre de la Justice François Mitterrand, et le gouverneur général de l’Algérie, Robert Lacoste (socialiste SFIO) donnait les pleins pouvoirs à l’Armée, dont il gonflait les effectifs par le rappel des disponibles.
C’est à ce moment que j’ai perdu toute illusion sur la foi que l’on pouvait accorder aux promesses du Parti socialiste et de ses alliés.
Je dois dire en incidente qu’à ce moment-là, ma foi de jeune communiste dans les dirigeants du Parti fut aussi sérieusement ébranlée. Les députés communistes avaient en effet voté les pouvoirs spéciaux, et sous la plume de son rédacteur en chef, André Stil, l’organe central du PCF, l’Humanité, se félicitait de cette décision (15 mars 1956) :
« Leçon d’une victoire
Dans les usines, partout dans le pays, l’action unie pour la paix en Algérie connaît un nouveau départ, après le vote de confiance au gouvernement Guy Mollet… Depuis ils [socialistes et communistes] n’ont cessé de se rapprocher. Ils se retrouvent maintenant de plus en plus dans l’action, et le vote de notre parti pour le gouvernement Guy Mollet crée maintenant les meilleures conditions pour de nouveaux progrès dans ce sens. »
On connaît la suite…

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