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Andrea Costa, "À mes amis de Romagne"

jeudi 23 janvier 2020, par René Merle

La "Svolta "de Costa

Cf. : Presse socialiste italienne avant 1880
Photo : Costa en 1879-1880.
Nous avons déjà rencontré Andrea Costa, dans le premier numéro de la Revue socialiste de Benoît Malon (janvier 1880) [1]
Peu auparavant, le 27 juillet 1879, Costa avait publié dans le journal désormais socialiste de Gnocchi Viani [2] (publié à Lodi), La Plebe [3] un article qui avait fait sensation dans les milieux anarchistes et socialistes italiens.
Andrea Costa, internationaliste libertaire dès 1872 [4] et pionnier romagnol du mouvement ouvrier italien, proche des anarchistes partisans des « actes d’énergie révolutionnaire » ; après avoir fondé Il Fascio operaio et Il Martello, il fut arrêté et condamné en 1874, à la suite de l’insurrection anarchiste manquée de Bologne.

Le début du compte-rendu de la Gazette dell’Emilia :

Les anarchistes arrêtés exhibés en ville

Costa se réfugia en Suisse, puis en France en 1876, (d’où il fut expulsé en 1878). Mors de l’écriture de cet article, il vivait à Lugano, en Suisse, foyer de la Fédération « anti autoritaire » dite « jurassienne ».
Cette lettre que bien des anarchistes appelèrent « la Svolta di Costa » envisageait effectivement le passage de perspectives révolutionnaires et insurrectionnelles immédiates, telles que les anarchistes les avaient multipliées ponctuellement, mais sans succès, à l’enracinement légal du socialisme dans les masses populaires afin d’obtenir le maximum de réformes au Parlement et d’enraciner l’idéal socialiste dans le peuple.

Je traduis (d’autres le feront mieux que moi) le texte italien que vous trouverez in fine.

« À mes amis de Romagne
Mes chers amis, jusqu’à ce que je sorte de la prison de Paris et que je me puisse me retrouver et écrire librement, je pensai vous adresser quelques mots, qui puissent vous démontrer comment, nonobstant la longue séparation et les différentes péripéties de la vie et des événements, j’étais cependant tout à vous et ne demandait pas mieux de reprendre avec vous l’œuvre de notre commune émancipation ; mais le peu de nouvelles que j’avais du mouvement italien actuel, les tristes situations de bien de nos amis et un peu aussi mon état de santé, m’empêchèrent de vous écrire. […] Mes chers amis ! Nous nous trouvons, me semble-t-il, à la veille d’un renouveau. Nous sentons tous ou presque tous que ce que nous avons fait jusqu’à présent ne peut satisfaire ni notre activité, ni notre besoin de mouvement sans lequel un parti n’existe pas ; nous sentons en somme que nous devons nous renouveler sans quoi les fruits du travail que nous avons effectué jusqu’à présent seront recueillis par d’autres. Je suis bien loin de renier le passé. Ce que nous fîmes eut sa raison d’être ; mais si nous ne nous développions pas, si nous n’offrions pas un plus vaste espace à notre activité, si nous ne nous ne tenions compte des leçons que l’expérience de sept ou huit années nous a données, nous nous fossiliserions ; nous pourrions nous adresser les mêmes accusations que nous faisions aux Mazziniens en 71 et 72 [5]. Quand on ne va pas de l’avant, on va nécessairement en arrière : je crois que nous voulons tous aller de l’avant.
Nous avons fait ce que nous devions faire. Nous trouvant d’un côté entre un idéalisme dépassé (le Mazzinisme) qui sans tenir compte des postulats de la science mettait la raison d’être des droits et de la noblesse de l’homme non dans l’homme lui-même, mais en dehors de lui, - en Dieu [6] - ; nous trouvant de l’autre entre un parti d’action généreuse, mais aveugle et sans idées déterminées, flottant des conceptions élevées de la démocratie à la dictature militaire, (des partis de gouvernement et du parti clérical je ne parle pas car ils sont hors discussion) nous révélions énergiquement et affirmions la force vive du siècle, - la classe ouvrière ; mais sans vous renfermer dans un étroit cercle de caste, vous acceptez le concours fraternel de cette petite partie de la bourgeoisie, de ces jeunes surtout, qui, les privilèges de leur classe leur étant odieux, se mêlèrent à vous, et vous soutinrent avec les moyens même que la bourgeoisie leur avait donnés, en leur ouvrant l’accès à la science [7]. Dans le même temps que nous soutenions l’émancipateur des travailleurs (c’est-à-dire ceux qui produisent des choses utiles), nous soulevions et agitions toutes les questions qui s’y rapportent : propriété, famille, état, religion, leur donnant une solution en harmonie avec la science et avec la révolution. Outre cela, nous ne reniions pas les traditions révolutionnaires du peuple italien et surtout ce principe qui inspirait dès 57 nos héroïques précurseurs de l’expédition de Sapri [8], la propagation des idées par le moyen des faits. D’où le travail que nous fîmes en même temps ; travail de développement intellectuel et moral par le moyen des conférences, des journaux, des congrès et tentatives révolutionnaires, pour habituer le peuple à la résistance et propager avec l’évidence des faits les idées, et, quand cela était possible, de les réaliser.
Mais les tentatives avortées de révolution nous ayant privés de liberté pour des années entières, ou nous ayant condamnés à l’exil, nous nous sommes malheureusement déshabitués des luttes quotidiennes et des pratiques de la vie réelle ; nous nous sommes trop renfermés sur nous mêmes et nous nous sommes beaucoup plus préoccupés de la logique de nos idées et de la composition d’un programme révolutionnaire que nous nous sommes efforcés de mettre en œuvre sans délai, au lieu d’étudier les conditions économiques et morales du peuple et de ses besoins ressentis et immédiats. Nous avons ainsi fatalement négligé beaucoup de manifestations de la vie, nous ne nous sommes pas assez mêlés au peuple et quand, poussés par une impulsion généreuse, nous avons tenté de dresser le drapeau de la révolte, le peuple ne nous a pas compris, et nous a laissés seuls.
Que les leçons de l’expérience nous profitent ! Accomplissons maintenant ce qui resta interrompu. Replongeons-nous dans le peuple et retrouvons en lui nos propres forces.
Nous devons faire beaucoup plus que ce que nous avons fait jusqu’à présent ; mais en substance nous devons rester ce que nous fûmes : un parti d’action. […] Mais être un parti d’action ne signifie pas vouloir l’action à tout prix et à tout moment. La révolution est une chose sérieuse.[…] Un parti doit se composer d’éléments divers qui se réalisent dans cette entreprise. Et un parti comme le nôtre qui se propose de hâter la transformation inévitable des conditions sociales et de l’homme – qui s’inspire de la science – qui ne voit pas de limites à son développement – qui ne s’occupe pas seulement des intérêts économiques du peuple, mais veut voir satisfaites toutes ses facultés intellectuelles et morales, au-delà du prolétariat – hommes et femmes – doit nécessairement se composer de la jeunesse, des penseurs et des femmes de la bourgeoisie pour lesquels l’actuel état de choses est odieux et qui désirent une meilleure justice dans les rapports sociaux : il doit fonder dans l’homme un esprit nouveau et – pour autant que le permettent les tristes conditions sociales dans lesquelles nous vivons et la mauvaise éducation que nous avons tous reçue – apporter à ses membres cette force et cette vie morale qui lui donnera un exemple vivant de la nouvelle vie.
Nous pensions qu’il suffisait de jeter au peuple le cri de « du Pain ! » pour le soulever. Le peuple est de par sa nature idéaliste (Lazzaretti nous l’a prouvé [9]) et il ne se soulèvera que quand les idées socialistes auront pour lui le prestige et la force d’attraction qu’eut un temps la foi religieuse.
Mais viendra le temps de nous occuper comme il convient aussi des questions morales. Maintenant nous avons autre chose qui nous tient de plus près.
La révolution est inévitable ; mais l’expérience nous a - je crois – démontré que ce n’est pas l’affaire d’un jour ni d’une année. Pour cela, attendant et provoquant son avènement fatal, nous cherchons quel programme général autour duquel se rassembleront toutes les forces vives et progressistes de notre génération. Ce programme est, selon moi : le Collectivisme comme moyen, l’Anarchie comme fin – programme d’aujourd’hui, qui fut notre programme d’hier. Autour du Collectivisme se rassemblent aujourd’hui non seulement les ouvriers italiens qui s’occupent de leur propre émancipation, mais la majorité des ouvriers français, belges, espagnols, allemands, danois, et une grande partie des nihilistes russes. Non seulement cela, mais son avènement inévitable est si évident, que des penseurs issus de la bourgeoisie, des économistes, des professeurs d’université de toutes nations l’acceptent comme fondement inévitable de la réorganisation sociale.
La mise en commun de la terre et des instruments de travail aura pour conséquence nécessaire la mise en commun des produits du travail ; et quand cette mise en commun a lieu, toute loi qui règle les rapports entre les hommes doit nécessairement disparaître du moment que, tant l’abondance de la production et l’éducation nouvelle, que les nouvelles conditions sociales et la pratique de la solidarité humaine donneront à l’homme, la rendront inutile. Alors pourra se réaliser ce communisme anarchique qui apparaît aujourd’hui comme le plus parfait système social. Mais pour nous il ne s’agit pas seulement de proposer un idéal lointain qui dans quelques années peut-être pourra disparaître estompé par un idéal encore plus lumineux. Pour nous, il s’agit de nous doter d’un programme immédiatement réalisable, et celui-ci nous pensons le trouver dans le collectivisme considéré comme fondement économique de la société et dans la fédération des communes autonomes considérées comme organisation politique. Puisque la révolution s’accomplira et ne pourra s’accomplir que dans des conditions économiques et morales très tristes relativement à l’avenir et ne se réalisera pas immédiatement, tant qu’elle n’aura pas la majorité. D’où la nécessité d’une mise en ordre interne. Combien de temps cela aura-t-il à durer, je ne sais ; mais cette mise en ordre se transformera chaque fois que le besoin s’en fera sentir et elles iront ainsi main dans la main découvrant les lois des rapports sociaux, puisque les phénomènes sociaux comme les phénomènes naturels se produisent selon des lois déterminées, qui ne s’inventent pas et ne se décrètent pas, mais se découvrent ; et l’homme naturellement - sans violence aucune – s’y conformera comme il se conforme aux lois de la gravitation.
Le programme large et humain que je m’efforçais de vous tracer est aujourd’hui soutenu par la majeure partie des socialistes ; et j’espère qu’il sera accepté par tous ceux qui ne veulent pas se fermer la voie vers une action efficace sur leur siècle et sur leur pays. Maintenant il me resterait à vous dire à quel moyens pratiques, je pense, qui doivent être mis en œuvre pour nous rendre toujours plus présents parmi le peuple, quelle conduite nous devons tenir, soit envers le gouvernement, soit envers les autres partis politiques et quelle importance nous donnerons aux réformes politiques, dans l’espérance desquelles se berce aujourd’hui une grande partie du peuple italien ; mais ma lettre est déjà trop longue ; et j’espère que nous résoudront ensemble ces questions dans un congrès qui se tiendra le moment venu. Pour l’heure, selon moi, la chose la plus importante à faire est celle de reconstruire le Parti socialiste révolutionnaire italien, qui continuera l’œuvre commencée par l’Internationale et qui, se fédérant tôt ou tard avec les partis similaires existant dans les autres pays, rétablira sur une base solide l’Internationale, aujourd’hui en désagrégation. L’Internationale – comme elle a existé jusqu’à maintenant – a représenté un moment historique de la vie des plèbes ; mais elle ne pourrait représenter toutes leur vie : nous n’abandonnerons pas pour autant le nom de l’Internationale ; mais nous voulons qu’elle ne soit pas un simple épouvantail, mais bien qu’elle se fonde sur l’organisation solide des partis solides existant dans divers pays.
Ceci, mes amis, est ce qu’il me fallait dire. Comme vous le voyez, il ne s’agit pas de rejeter notre passé, duquel, nonobstant les malheurs et les nombreuses déceptions endurés, nous pouvons pour toujours être fiers : ni de cesser d’être ce que nous fûmes ; il s’agit seulement de faire plus et de faire mieux. L’Internationale a beaucoup fait en Italie. Pensez à ce que nous étions il y a sept ou huit ans et à quel point nous en sommes maintenant, et vous verrez. […] Courage donc ! Pensez à tant de tentatives qui ont échoué avant que l’indépendance de l’Italie s’accomplisse ; et nous ne nous découragerons pas si jusqu’à présent nous n’avons pas obtenu tout ce que nous aurions voulu. Préparons nous à obtenir plus encore. Grand est notre devoir, oh amis ; et le moment de vous y appliquer est propice. Le mouvement de pacification entre les diverses factions de socialistes, commencé au Congrès de Gand, est à l’œuvre, grâce surtout aux persécutions internationales des gouvernements. Les différents partis socialistes se désistent de leurs prétentions absolues et, au lieu de chercher la division, on cherche partout le contact fraternel parce que l’on sent que s’approche un moment où nous devrons disposer de toutes nos forces. Les hommes, se connaissant mieux, commencent à s’estimer ; et, s’ils ne sont pas encore complètement d’accord, ils ne recommenceront jamais les polémiques douloureuses des années passées. Les idées et le sentiment humain qui si développe chaque jour anime plus encore en nous le désir de lutter.
À l’œuvre donc ! À l’œuvre !
[…]
Votre Andrea Costa. »
La lettre de Costa suscitera de vives polémiques dans l’Internationale libertaire, et en précipita la fin. Costa œuvrera alors à la formation du Parti socialiste révolutionnaire de Romagne en 1881.

Voici le texte original :
"Ai miei amici di Romagna
Miei cari amici, fin da che uscii dal carcere di Parigi e potei ritornare a me stesso e parlare e scrivere liberamente, pensai di rivolgervi alcune parole, che vi dimostrassero come io, nonostante la lunga separazione e le pratiche diverse della vita e gli avvenimenti, era pur sempre vostro e non domandava di meglio che di riprendere con voi l’opera della nostra comune emancipazione ; ma le poche notizie che aveva del movimento attuale italiano, le tristi condizioni di buona parte dei nostri amici e un po’ anche il mio stato di salute, mi trattennero dallo scrivervi. [...] Miei cari amici ! Noi ci troviamo, parmi, alla vigilia di un rinnovamento. Noi sentiamo tutti o quasi tutti che ciò che abbiam fatto fino ad ora non basta più a soddisfare né la nostra attività, né quel bisogno di movimento senza cui un partito non esiste : noi sentiamo insomma che dobbiamo rinnovarci o che i frutti del lavoro che abbiam fatto fin qui saran raccolti da altri. Io sono ben lungi dal negare il passato. Ciò che facemmo ebbe la sua ragion d’essere ; ma se noi non ci svolgessimo, se non offrissimo maggior spazio alla nostra attività, se non tenessimo conto delle lezioni che l’esperienza di sette od otto anni ci ha date, noi ci fossilizzeremmo : noi potremmo fare oggi a noi stessi le medesime accuse che facevamo ai Mazziniani nel ‘71 e nel ‘72. Quando non si va avanti, si va necessariamente indietro : io credo che noi vogliamo tutti andare avanti.
Noi facemmo quello che dovevamo fare. Trovandoci da un lato tra un idealismo stantìo (il Mazzinianesimo) che senza tener conto dei postulati della scienza metteva la ragion d’essere dei diritti e della nobiltà dell’uomo non nell’uomo stesso, ma al di fuori di lui -in Dio- ; trovandoci dall’altro tra un partito d’azione generoso, ma cieco e senza idee determinate, vagante dalle elevate concezioni della democrazia alla dittatura militare, (dei partiti governativi e del clericale non parlo perché sono fuori di discussione), noi rivelammo energicamente ed affermammo la forza viva del secolo -la classe operaia ; ma senza racchiudervi in uno stretto cerchio di casta, voi accettaste il concorso fraterno di quella piccola parte della borghesia, di quei giovani soprattutto, che, i privilegi della loro classe, essendo loro odiosi, si mescolarono fra di voi, e vi sostennero coi mezzi medesimi che la borghesia loro aveva dati, aprendo ad essi l’adito alla scienza. Nel tempo stesso che noi affermavamo l’emancipazione dei lavoratori (cioè coloro che producono cose utili), noi sollevammo ed agitammo tutte le questioni che vi si riferiscono : proprietà, famiglia, stato, religione, dando ad esse una soluzione in armonia con la scienza e con la rivoluzione. Oltre a ciò noi non negammo le tradizioni rivoluzionarie del popolo italiano e soprattutto quel principio che inspirava fin dal ‘57 i nostri eroici precursori della spedizione di Sapri, la propagazione delle idee per mezzo dei fatti. Donde, il lavoro che facemmo contemporaneamente : lavoro di svolgimento intellettuale e morale per mezzo delle conferenze, dei giornali, dei congressi e tentativi rivoluzionarii per abituare il popolo alla resistenza e propagare colla evidenza dei fatti le idee ed ove fosse possibile attuarle.
Ma i tentativi di rivoluzione falliti avendoci privati per anni interi della libertà, o avendoci condannati all’esilio, noi ci disavvezzammo disgraziatamente dalle lotte quotidiane e dalla pratica della vita reale : noi ci racchiudemmo troppo in noi stessi e ci preoccupammo assai più della logica delle nostre idee e della composizione di un programma rivoluzionario che ci sforzammo di attuare senza indugio, anziché dello studio delle condizioni economiche e morali del popolo e de’ suoi bisogni sentiti ed immediati. Noi trascurammo così fatalmente molte manifestazioni della vita, noi non ci mescolammo abbastanza al popolo e quando, spinti da un impulso generoso, noi abbiamo tentato d’innalzare la bandiera della rivolta, il popolo non ci ha capiti, e ci ha lasciati soli.
Che le lezioni dell’esperienza ci approfittino. Compiamo ora ciò che rimase interrotto. Rituffiamoci nel popolo e ritempriamo in esso le forze nostre...
Noi dobbiamo fare assai più di quel che facemmo sino ad ora ; ma in sostanza dobbiamo restare quel che fummo : un partito di azione. [...] Ma essere un partito d’azione non significa voler l’azione ad ogni costo e ad ogni momento. La rivoluzione è una cosa seria. [...] Un partito deve comporsi di elementi diversi che si compiano a vicenda. Ed un partito come il nostro che si propone di affrettare la trasformazione inevitabile delle condizioni sociali e dell’uomo -che s’inspira alla scienza- che non vede limiti al suo svolgimento - che non si occupa solo degli interessi economici del popolo, ma vuole soddisfatte tutte le sue facoltà intellettuali e morali, oltre al proletariato -uomini e donne- deve necessariamente comporsi della gioventù, dei pensatori e delle donne della borghesia a cui l’attuale stato di cose riesce odioso e che desiderano maggiore giustizia nei rapporti sociali : esso deve infondere nell’uomo uno spirito nuovo e -per quanto lo permettono le tristi condizioni sociali in cui viviamo e la cattiva educazione che abbiamo tutti ricevuta- dare a’ suoi membri quella forza e quella vita morale che li renderà un esempio vivente di vita nuova.
Non pensiamo che basti gettare al popolo il grido del « Pane ! » per sollevarlo. Il popolo è di natura sua idealista (il Lazzaretti ce l’ha provato) e non si solleverà se non quando le idee socialistiche abbiano per lui il prestigio e la forza di attrazione che ebbe un tempo la fede religiosa.
Ma verrà tempo di occuparci come conviene anche delle questioni morali. Ora ne abbiamo altre che ci stringono più da vicino.
La rivoluzione è inevitabile ; ma l’esperienza ci ha, credo, dimostrato che non è affare né di un giorno né di un anno. Perciò, aspettando e provocando il suo avvenimento fatale, cerchiamo quale è il programma generale intorno a cui si raccolgono tutte le forze vive e progressive della generazione nostra. Questo programma è, secondo me : il Collettivismo come mezzo, l’Anarchia come fine -programma d’oggi, che fu il nostro programma d’ieri. Intorno al Collettivismo si raccolgono oggi non solamente gli operai italiani che si occupano della loro emancipazione, ma la maggioranza degli operai francesi, belgi, spagnuoli, tedeschi, danesi e gran parte dei nichilisti russi. Non solo, ma il suo avvenimento inevitabile è così evidente, che dei pensatori usciti dalla borghesia, degli economisti, dei professori all’università di ogni nazione lo accettano a fondamento inevitabile del riordinamento sociale.
L’accomunamento della terra e degli strumenti da lavoro avrà per conseguenza necessaria l’accomunamento dei prodotti del lavoro ; e quando questo accomunamento abbia luogo, ogni legge che regoli i rapporti fra gli uomini deve necessariamente sparire giacché e l’abbondanza della produzione e la nuova educazione, che le nuove condizioni sociali e la pratica della solidarietà umana daranno all’uomo, le renderanno inutili. Allora potrà attuarsi quel comunismo anarchico che oggi apparisce come il più perfetto ordinamento sociale. Ma per noi non si tratta solamente di proporre un ideale lontano che fra qualche anno forse potrà sparire offuscato da un ideale ancor più luminoso. Per noi si tratta di sceglierci un programma immediatamente attuabile, e questo crediamo di trovarlo nel collettivismo considerato come fondamento economico della società e nella federazione dei comuni autonomi considerata come organamento politico. Giacché la rivoluzione si compierà e non potrà compiersi che in condizioni economiche e morali relativamente all’avvenire assai tristi e non attuerà immediatamente, se non ciò che la maggioranza avrà dentro. Onde la necessità di un ordinamento interno. Quanto tempo questo abbia a durare, non so ; ma esso si trasformerà ogni qualvolta ne sarà sentito il bisogno e si andranno man mano scoprendo le leggi dei rapporti sociali, giacché i fenomeni sociali come i naturali avvengono secondo leggi determinate, che non s’inventano né si decretano ma si scoprono ; e l’uomo naturalmente -senza violenza alcuna- vi si uniformerà come si uniforma oggi alle leggi della gravitazione.
Il programma largo ed umano che mi sforzai di tracciarvi è oggi sostenuto dalla maggior parte de’ socialisti ; ed io spero che sarà accettato da tutti coloro che non vogliono chiudersi la via ad un’azione efficace sul loro secolo e sul loro paese. Or mi resterebbe a dirvi quali mezzi pratici io penso che si debbano mettere in opera per farci sempre più largo tra il popolo, quale condotta dobbiamo tenere, sia verso il governo, sia verso gli altri partiti politici e quale importanza daremo alle riforme politiche, nella speranza delle quali si culla oggi gran parte del popolo italiano ; ma la mia lettera è già troppo lunga ; ed io spero che tali questioni le risolveremo insieme in un Congresso che si terrà quando che sia. Per ora, secondo me, la cosa più importante da farsi è quella di ricostituire il Partito socialista rivoluzionario italiano, che continuerà l’opera incominciata dall’Internazionale e che, federandosi o prima o poi coi partiti simili esistenti negli altri paesi, ristabilirà su basi solide la Internazionale, ora dappertutto in isfacelo. L’Internazionale -come esistè fino ad ora- rappresentò un momento storico della vita delle plebi ; ma non potrebbe rappresentare tutta la loro vita : noi non abbandoneremo per altro il nome dell’Internazionale ; ma vogliamo che non sia un semplice spauracchio, si bene che si fondi sull’organamento solido de’ partiti socialistici esistenti ne’ paesi diversi.
Questo, amici miei, è quanto doveva dirvi. Come vedete, non si tratta di rigettare il nostro passato, di cui, nonostante le sventure e i molti disinganni sofferti, possiamo per sempre andar fieri : né di cessar di essere quel che fummo ; si tratta solamente di far di più e di far meglio. L’Internazionale ha fatto molto in Italia. Pensate a quel che eravamo sette od otto anni fa e a qual punto siamo ora, e vedrete. [...] Coraggio adunque ! Pensate quanti tentativi falliti prima che l’indipendenza d’Italia si compisse ; e non isgomentiamoci se fino ad ora non ottenemmo tutto quello che avremmo voluto. Prepariamoci ad ottenere maggiormente. Grande compito è il nostro, o amici ; e il momento di attendervi è propizio. Il movimento di pacificazione fra le diverse fazioni di socialisti, incominciato al Congresso di Gand, si va operando, grazie sopratutto alle persecuzioni internazionali dei governi. I vari partiti socialistici desistono dalle loro pretensioni assolute e, in luogo di cercare la divisione, si cerca dappertutto il contatto fraterno perchè si sente che s’avvicina un tempo in cui dovremo disporre di tutte le forze nostre. Gli uomini, conosciutisi meglio, cominciano a stimarsi ; e, se non vanno compiutamente d’accordo, non ricomincieranno giammai le polemiche dolorose degli anni passati. Le idee e il sentimento umano che si svolge ogni giorno più in noi ci animano alla lotta.
All’opera dunque ! All’opera !
[...] Il vostro Andrea Costa"

Notes

[2Gnocchi Viani figure aussi parmi les amis de Benoît Malon et de sa Revue socialiste. Cf. : Presse socialiste italienne avant 1880.

[3« Organo della Federazion Alta Italia dell’Associazione internazionale dei lavoratori »

[4La Première Internationale avait explosé en 1872 : après l’éviction par les marxistes de Bakounine et ses amis libertaire, le courant marxiste proclamèrent la fin de l’Internationale et œuvrèrent pour la constitution de partis ouvriers nationaux, cependant que les amis de Bakounine se regroupaient dans une Internationale dite « anti autoritaire »

[5Mazzini, 1805-1872, infatigable conspirateur et insurgé républicain dans l’espoir d’une unité italienne qui n’advint qu’après 1860, s’était progressivement éloigné des socialistes et avait fermement condamné la Commune de Paris

[6Mazzini avait donné à son mouvement Giovine Italie le slogan « Dieu et Peuple »

[7Costa parlait en connaissance de cause, étant lui-même l’enfant d’une famille bourgeoise

[8En 1857, un groupe armé de militants mazziniens, embarqués à Gènes, tentèrent une expédition sur Sapri, ville littorale du Royaume des Bourbons aux confins de la Campanie et du Basilicate. Ils ne reçurent pas le soutien des paysans locaux, bien au contraire, et furent écrasés.

[9Le paysan David Lazzaretti, anarchiste chrétien et prédicateur, avait fondé en Toscane une commune agricole rebelle mettant en œuvre le communisme dans une lignée franciscaine. En 1878, les carabiniers abattirent celui que les paysans de la région considéraient comme un saint.

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