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Quand Emmanuel Todd découvre Marx...

dimanche 26 janvier 2020, par René Merle

Le retour de la lutte des classes ?

Dans le dernier numéro de l’Obs, Emmanuel Todd, comme le dit le titre de son article, « annonce le retour de la lutte des classes ».
Bigre, je croyais que cette lutte n’avait jamais cessé.
Mais passons, mieux vaut tard que jamais, et revenons à l’entame de son bien intéressant article :
« L’OBS. - Dans « les Luttes de classes en France au XXIe siècle » (Seuil), vous annoncez que notre pays entre dans un nouveau cycle de son histoire et faites le tableau d’une société qui se prépare à un choc frontal entre ceux d’en haut et les autres. Pourquoi en revenir à Karl Marx, à qui vous empruntez votre titre ?
Emmanuel Todd. - J’ai trouvé dans « les Luttes de classes en France » (1850) et surtout dans « le 18 Brumaire » (1852) des éléments indispensables pour comprendre la France d’aujourd’hui. D’abord, Marx explique comment l’affrontement des classes a permis à un « médiocre et grotesque personnage de jouer le rôle de héros », Louis Bonaparte : c’est Macron, qui est pour moi l’homme sans idées. Marx aussi, contrairement à Bourdieu, a une vision dynamique des catégories sociales, qui permet de penser notre basculement dans une nouvelle période historique. Je ne suis pas en train de me suicider intellectuellement : les structures familiales, le travail de ma vie, restent pertinentes pour comprendre la divergence entre Anglo-Américains et Allemands, par exemple, ou les différences entre provinces françaises de 1968 à 2010. Mais depuis les « gilets jaunes », évident phénomène de lutte de classes, et pour les cinquante ans qui viennent, le bon instrument, pour la France, c’est Marx. »
Pour des jeunes gens auxquels cette évocation risque d’être lettre morte, rappelons que, dans son exil londonien, Marx, chassé de France par l’Ordre bourgeois de la Seconde République, n’en avait pas moins suivi avec passion les péripéties politiques.
En témoignent ses deux ouvrages :
Les luttes de classes en France (1848-1850), publié à chaud au plus fort de l’offensive du Parti de l’Ordre.
Le 18 brumaire de Louis Bonaparte, publié en 1852 au lendemain du coup d’État.
Ouvrages qui, confidentiellement publiés en allemand, avaient complètement échappé au public français du temps.
Mais quand même, le XXe siècle a vu une floraison d’éditions de ces deux études, et n’importe quel curieux aurait pu y accéder…
En voyant une sommité de la sociologie contemporaine découvrir ces textes, j’ai pleinement conscience d’appartenir, sinon à une espèce disparue, à tout le moins à une espèce en voie plus que rapide de disparition.
Car quand j’étais ado, fin des années 40, début des années 50 du siècle disparu, les deux brochures étaient dans la bibliothèque de mon père, comme dans celle de dizaines de milliers de militants communistes. Je les avais lues alors, et n’ai jamais cessé de les relire, et je conserve ces reliques (voir l’image).
Un épisode majeur dans cette relecture : l’action que j’avais initiée avec un groupe d’amis pour remettre en mémoire citoyenne, comme on dit, le souvenir de l’insurrection républicaine de décembre 1851. La lecture de Marx nous posait alors une sacrée question car, manifestement, il n’avait pas prévu, ou plutôt ne pouvait pas prévoir, la réaction d’une bonne partie de la population rurale, paysanne et artisane. Ce qui ne nous éloignant pas de Marx, mais nous le rendait encore plus contemporain, car il était, comme nous dans notre actualité, le nez sur la vitre de ce qui advenait. J’en ai souvent parlé sur ce site : Bonnets rouges, Gilets jaunes, etc.
Car, dans ses deux brochures, Marx n’assénait pas à ses lecteurs un pesant essai idéologique, mais il dégageait de l’actualité française, suivie avec passion au jour le jour, les ressorts de classes qui sous-tendaient l’engagement et l’action des différents intervenants politiques. Il ne se posait pas en oracle, encore moins en gourou, mais se comportait comme le ferait aujourd’hui un vrai journaliste d’investigation.

Ceci dit, je ne bouderai pas mon plaisir de voir Todd essayer de faire de même dans ses récentes interventions sur notre présent.
Je reviendrai peut-être sur la comparaison qu’il fait entre Louis-Napoléon et Emmanuel Macron.

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