La Seyne sur Mer

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Mémoire italienne, à propos de Buti (Toscane)... et des guerres italiennes

jeudi 20 février 2020, par René Merle




Il y a peu, j’ai placé sur ma page facebook le billet suivant :
« Ma grand mère paternelle Gabbriella Parenti, figlia di Arturo e di Giuncaioli Ester, est née à Buti (Toscane) en 1892.
Je n’ai plus de parents dans la localité, mais naturellement tout jeune j’y suis allé voir.
La première fois que je suis allé à Buti, je suis rentré dans la Chiesa di San Francesco, et je me suis trouvé devant les listes des Butesi morts dans les divers et contradictoires conflits où le peuple italien fut entraîné. J’ai égrené les noms… et je me suis cru revenu à La Seyne de mon enfance, tant Buti a peuplé la Seyne d’antan, autant, sinon plus que le Piémont.
Je dis bien Seyne de mon enfance, car l’annuaire du téléphone nous signifie que la composition de la population seynoise a grandement changé. »
J’y reviens.
Non pas pour philosopher sur les mouvements migratoires qui ont amené sur ce littoral tant de Français chassés d’Algérie ou venus des tous les coins de l’hexagone, et particulièrement de l’outre Loire, et tant de Maghrébins…
Mais d’abord pour m’interroger sur ce curieux sentiment d’appartenance pour un lieu dans lequel on n’a jamais vécu, que celle dont vous descendez a quitté sans espoir de retour, et qui, si je puis dire, fait sa vie sans soucier de nostalgie [1].
Mais j’y reviens surtout au sujet des noms des morts à la guerre, où plutôt, comme je l’écrivais, « dans les divers et contradictoires conflits où le peuple italien fut entraîné ».
Comment comprendre l’Italie sans regarder en face les catastrophes humaines dans lesquelles ses gouvernants successifs l’ont engagée ?
La guerre coloniale en Lybie à partir de 1911, puis la terrifiante saignée de la guerre de 1915-1918 [2], la guerre fasciste de conquête de l’Ethiopie à partir de 1936, l’engagement au côté des nazis, particulièrement sur le front russe, le revirement royaliste de 1943 et le passage du côté des Alliés, la guerre des partisans dans la partie toujours tenue par les fascistes… Tous ces morts, morts pour des causes si dissemblables, qui se retrouvent sur la même plaque et dans le même recueillement…
Nous avons eu en France notre lot de « Morts pour la France » pour des causes que l’Histoire jugea a posteriori quelque peu contradictoires. Mais nous n’atteignons pas, dans les profondeurs de la mémoire collective, (même si a priori les jeunes en ignorent), la complexité des deuils éclatés de la situation italienne.

GORIZIA
Sur la tuerie de 1915-1918, une terrible dénonciation de la guerre et des puissants qui l’ont voulue, O Gorizia tu sei maledetta, chanson anonyme venue des tranchées de la sanglante bataille de Gorizia (1916)
— Chant : Sandra Mantovani.
— Images : Uomini contro - Francesco Rosi (1970)
— paroles et traduction
— Présentation historique en italien

Notes

[1Les deux localités, Buti et la Seyne, sont unies par un jumelage fondé sur des échanges au présent et des projets concrets impliquant la jeunesse, qui laissent aux particuliers les éventuelles reconnaissances généalogiques

[2L’Italie, formellement alliée de l’Autriche et de l’Allemagne, était restée neutre en 1914 puis s’était engagée du côté des Alliés moyennant des promesses d’expansion territoriale

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