La Seyne sur Mer

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La foi socialiste ? Andrea Costa et nous

vendredi 14 février 2020, par René Merle

On me demande d’où vient la phrase d’Andrea Costa que j’ai donnée en éditorial : « Nous pensions qu’il suffisait de jeter au peuple le cri de « du Pain ! » pour le soulever. Le peuple est de par sa nature idéaliste et il ne se soulèvera que quand les idées socialistes auront pour lui le prestige et la force d’attraction qu’eut un temps la foi religieuse. »

Vous trouverez le texte dans l’article :
Andrea Costa, "À mes amis de Romagne"

L’intervention de Costa se situe certes dans un basculement historique important du mouvement ouvrier. Mais il n’est pas question ici de faire l’histoire de l’Association Internationale des Travailleurs [1], de la scission de 1872 et du courant libertaire [2], des premiers congrès ouvriers en France [3] et de l’apparition de partis ouvriers nationaux se réclamant du collectivisme [4].
J’ai choisi de donner ces quelques lignes d’Andrea Costa non seulement parce que, comme Guesde et Malon en France en cette fin des années 1870, il décide de quitter le courant libertaire pour rallier le camp du Parti ouvrier [5], mais parce qu’elles expriment fortement cette conviction que l’homme ne vit pas seulement de pain, et que la lutte fondamentale pour le pain n’aboutira pas si elle n’est pas portée par un idéal révolutionnaire, ou plutôt si elle ne le porte pas.
Quand, laissant le champ politique au Parti travailliste, auquel il sera plus tard organiquement lié, le puissant trade unionisme britannique, par exemple, s’en tenait à la défense des revendications immédiates, les différents courants révolutionnaires, politiques et syndicaux, considérèrent la lutte pour les revendications immédiates comme le support d’une conscientisation ouvrant sur un autre avenir que celui de la société capitaliste
 [6]. C’est déjà ce qu’écrivait Marx à propos des premières grèves en Angleterre, au début des années 1850 : Marx et les grèves (1852-1853)
Mystique alors ? Des générations de militants ont pleinement assumé le mot, y compris au risque de la prison et de la mort.

Aujourd’hui, dans des conditions historiques et sociales bien différentes de celles de 1879, le propos de Costa sur la foi dans l’avenir socialiste interroge toujours
Avenir socialiste ? Sans doute, la question ne se pose guère pour les misérables qui ont toutes les peines du monde à mettre la tête hors de l’eau, et pour qui l’action revendicative est une exigence de salut immédiat.
Mais la question peut se poser à ceux qui, bénéficiant des acquis de deux siècles de luttes sociales, ont aujourd’hui, tant bien que mal, la tête hors de l’eau et qui, ma foi, font avec ce qu’ils ont, en essayant de profiter des nouvelles opportunités de bien-être, de contacts, de détente et de loisirs. Opportunités qui d’une certaine façon apparaissent comme le fruit de « l’épanouissement » capitaliste (généralisation de l’informatique ludique, de Facebook à Twinder, croisières et vols low cost, etc. etc.)
Dans ces conditions, la lutte incessante pour le mieux vivre est-elle aussi porteuse d’une intégration plus poussée encore à la société capitaliste, ou se prolonge-t-elle d’une subversion de cette société ?
C’est bien la question que posait Pasolini, il y a longtemps déjà :
Pasolini – Sur l’écartèlement des choix politiques et des choix de vie.

Notes

[4Cf. : [-1036].

[5Je reviendrai bientôt sur les raisons de cette mutation

[6Charte d’Amiens, 1906. « La CGT groupe, en dehors de toute école politique, tous les travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du salariat et du patronat.
Le Congrès considère que cette déclaration est une reconnaissance de la lutte de classe, qui oppose sur le terrain économique les travailleurs en révolte contre toutes les formes d’exploitation et d’oppression, tant matérielles que morales, mises en œuvre par la classe capitaliste contre la classe ouvrière. Le Congrès précise, par les points suivants, cette affirmation théorique : dans l’œuvre revendicatrice quotidienne, le syndicalisme poursuit la coordination des efforts ouvriers, l’accroissement du mieux-être des travailleurs par la réalisation d’améliorations immédiates, telles que la diminution des heures de travail, l’augmentation des salaires, etc. Mais cette besogne n’est qu’un côté de l’œuvre du syndicalisme : d’une part il prépare l’émancipation intégrale, qui ne peut se réaliser que par l’expropriation capitaliste, et d’autre part, il préconise comme moyen d’action la grève générale et il considère que le syndicat, aujourd’hui groupement de résistance, sera, dans l’avenir, le groupe de production et de répartition, base de réorganisation sociale.

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