La Seyne sur Mer

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Le Figaro et les funérailles de Blanqui

jeudi 20 février 2020, par René Merle


Le très conservateur et passablement monarchiste le Figaro (6 janvier 1881) présenta et commenta, en page une, les obsèques de Blanqui par un éditorial et un long reportage, débordants de haine de classe [1], mais qui ne manque pas de lucidité politique. Le temps est révolu des insurrections qui tramèrent la vie de Blanqui.

Voici d’abord l’éditorial :
« La Politique.
Les funérailles de Blanqui se sont passées sans incident notable : on y a revu ce qu’on appelle l’armée de la Révolution, c’est-à-dire beaucoup de badauds conduits par quelques énergumènes. Cela ne prouve pas, à vrai dire, que nous devions être absolument rassurés, car la composition du personnel révolutionnaire a toujours été la même, mais il a paru évident, à tous ceux qui ont vu rouler cette tourbe de jobards du boulevard d’Italie au Père-Lachaise, que l’intransigeance n’a pas en main de quoi mener un grand pays comme la France. Elle peut surprendre, ainsi que cela est arrivé en 1871 ; le garder, non ! Dans l’état de diffusion des capitaux et des valeurs, l’intérêt général empêche la durée d’un état violent comme celui de la Commune ; on a sans doute à redouter des journées, des tentatives qui réussiront assez longtemps peut-être, pour faire beaucoup de ruines et de victimes, mais il est permis de supposer que ces états violents ne dureront pas. Les bandes qui exploitent le cercueil de Blanqui n’ont pas plus de programmes ni d’idées qu’il n’en avait lui-même ; c’est en quoi elles sont fort inférieures aux opportunistes : ceux-ci n’ont pas d’idée non plus, mais ils ont pour eux un mot magique qui couvre tout, excuse tout, sauve tout : ils sont la République, et la France croit encore à ce mot-là. – Grande puissance de l’orviétan. F.M. »
On reconnaîtra Francis Magnard (1837-1894), rédacteur en chef depuis 1876, qui contribua grandement à l’essor du journal par une politique de grands reportages et d’ouverture littéraire, à laquelle participa notamment Zola.

Suit un très long compte-rendu assez infâme dans la description des participants.
En voici le chapeau :
« Obsèques de Blanqui.
Est-ce bien à une manifestation radicale que nous venons d’assister ? Est-ce bien le convoi respecté d’un martyr qui vient de traverser Paris entre cent mille badauds échelonnés sur son parcours ? Piteuse manifestation et triste enterrement ! On disait volontiers ces jours derniers dans les centres radicaux que les obsèques de Blanqui seraient une seconde édition des obsèques de Victor Noir [2] : l’édition alors a été considérablement diminuée et expurgée. Si la foule était aussi grande, elle était autre, et il y a cette différence entre l’enterrement de Victor Noir et l’enterrement de Blanqui, que tandis que l’on sentait gronder la colère et la haine dans la masse compacte qui suivait le premier, on ne lisait guère que la curiosité ou l’indifférence sur les visages de ceux qui accompagnaient le second. Il eut suffi d’un fou – et Flourens a failli être ce fou, il y a dix ans [3], - pour mettre les armes à la main des manifestants de Victor Noir ; le même fou, faisant hier la même proposition, eût certainement fait prendre la fuite aux manifestants de Blanqui. […] »

Notes

[1Le 16 avril 1879, alors que Blanqui était un possible député, le Figaro avait déjà consacré à Blanqui toute la Une, sur le même registre haineux

[2Le 12 janvier 1870, une foule parisienne immense et indignée avait participé aux obsèques du jeune journaliste républicain Victor Noir, abattu d’un coup de revolver par le prince Pierre-Napoléon Bonaparte, cousin de Napoléon III

[3Le professeur Flourens, leader républicain « rouge » de la Commune, sera fait prisonnier et abattu par les Versaillais lors d’une offensive des Communards

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