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Allemagne, si loin, si près...

lundi 24 février 2020, par René Merle

Cf. : Néo Nazis en Thuringe

La télé nous montre Berlin envahi de grues. La modernité. La force portuaire de Hambourg. Les prospères cités de la Hanse…
Mais on commence aussi à dire autre chose : les emplois précaires, la pauvreté, le délabrement des services publics…
Et la RDA : le trauma, toujours présent, séparation et retrouvailles, nostalgies souvent…
Tout ceci me donnerait envie d’aller y voir, si j’en avais la forme physique. Car il y a un bon moment que je ne suis pas allé en Allemagne.
La dernière fois, c’était un bien sympathique saut de puce depuis l’Alsace vers la belle ville de Freibourg, vivante de toute sa jeunesse universitaire.
Mais il est vrai que nous n’avons guère ici, sur la côte varoise, de tropisme envers l’Allemagne. Je dis "nous" au plan général. Familialement, c’est différent. Mon épouse, est germanophone. Sa sœur est professeur d’allemand. Mais elles sont toutes deux originaire de Reims où elles ont fait leurs études, et où l’allemand était première langue lycéenne. Et je ne crois pas que mes parents varois aient jamais été effleurés par l’idée de me faire apprendre l’allemand...
À la différence des Français du Nord et de l’Est, ceux de ma région ne semblent pas ressentir un sentiment de proximité à l’égard de l’Allemagne. Proximité géographique bien sûr, mais pas seulement. Pour les plus jeunes, indifférence. Pour les gens de ma génération persiste plus ou moins la méfiance ethnotypée.
Et pour tous, l’Allemagne est loin.
Et en fait, existe-t-elle vraiment pour les habitants de nos rivages méditerranéens ?
Certes, les Allemands existent. Toute l’année durant, nous voyons sur nos plages, quand le vent et la vague sont propices, des centaines de jeunes Allemands aligner leurs camping-cars, témoigner de leur belle santé de véliplanchistes, et de leur parfaite indifférence à l’indigène : leurs guides ultra-détaillés suffisent à trouver les bons emplacements… Mais des Allemands "normaux", presque pas. Rien à voir avec le flot de Belges, de Néerlandais, de Suisses, de Britanniques, de plus en plus résidents secondaires, voire permanents dans nos villages... Rien à voir avec le flot italien de proximité, dominical ou estival... Ou peut-être ne sais-je pas voir les Allemands, autrement qu’à travers la rareté relative du "D" les signalant à l’arrière des voitures, ou celle de leurs journaux dans les présentoirs accueillant majoritairement la presse anglo-saxonne ou hollandaise...
Mais l’Allemagne, la langue allemande, la culture allemande, les auteurs allemands [1] ? Un film de temps en temps dans notre ciné "intello", à l’écart des géants à pop-corn... Plus que rarement l’apparition d’un romancier ou d’un philosophe dans une librairie à dédicaces... Quelques profs. qui maintiennent difficilement le feu sacré, et de plus en plus difficilement les échanges, dans les sections où jadis l’allemand était considéré comme matière noble pour matheux... À Marseille, qui fut paraît-il capitale de la Culture 2013, il n’y a plus de Gœthe Institut...
Et de toute façon dans notre jeunesse méridionale, l’engouement persistant pour la musique anglo-saxonne l’a fermée à toute autre modernité, sinon celle du Maghreb...
Toulon, où j’habite, est pourtant depuis 1958 jumelée avec Mannheim (à l’initiative des édiles allemands et du maire socialiste de l’époque, Édouard le Bellegou), mais ce jumelage semble quelque peu s’étioler...
Je suis frappé de constater que les articles de ce site consacrés à des auteurs allemands, Heine par exemple, sont loin d’être les plus fréquentés. Et je ne suis pas certain (c’est un euphémisme) que la fréquentation des articles consacrés à Marx l’apatride soit liée au fait qu’il soit d’origine allemande... (J’ai punaisé sur mon bureau la rouge carte postale que m’avait envoyée de Trèves l’amie Pascale, « Das Karl-Marx Haus in Trier. In diesem Hause wurde am 5 mai 1818 Karl Marx geboren… »)...
Dommage.
D’autant que l’Allemagne revient régulièrement dans les souvenirs de ceux de ma génération, à travers les commémorations de la Résistance à laquelle participèrent nos parents. Et l’on sait bien de quelle usurpation de l’Allemagne par une coterie forcenée il s’agit...
D’autant encore que l’Allemagne revient aussi souvent dans les conversations désabusées sur le "changement" SPD-CDU. Et l’on sait bien alors de quelle Allemagne il s’agit, celle du verrouillage européen et de l’égoïsme économique, devant laquelle tous s’inclinent...
Dommage...
Je reviendrai peut-être sur ces deux derniers points, dont il serait catastrophique que leur poids de douleur passée et d’énervement présent fasse obstacle à une vraie appréhension de la réalité allemande et à la meilleure compréhension de deux peuples.

1 Message

  • Allemagne, si loin, si près... Le 25 février à 12:14, par Cherrier

    Cher René,

    pour moi, l’Allemagne, c’est tout d’abord l’Allemagne de l’Est car j’y suis allée dans les années 70 : Berlin, puis l’hommage à ma grand tante et à mon arrière grand tante déportées quand on est allés à Ravensbrück. Puis les bords de la Baltique. Mais on était passés par Berlin Ouest et juste avant de prendre le métro pour nous rendre à Berlin Est, j’ai vu juste devant moi le bâtiment en fonction de l’usine Siemens dont on sait le passé pro-nazi. Il y avait également les affiches de mise à prix de la Bande à Baader aux caisses du métro côté Ouest.
    Quelques années plus tard, Augsbourg, en Allemagne de l’Ouest, car c’est la ville jumelée avec Bourges, ma ville. Souvenirs de jolis coins de verdure et de petits déjeuners avec saucisses !!! Ca va pas loin...
    Et puis, voilà cinq ou six ans, comme tu me le rappelles, René, avec la carte de Trèves : Berlin. Je confirme : beaucoup de travaux, de beaux musées, de larges avenues. Je n’ai pas rencontré "les gens", je n’y ai passé que quelques jours. Par contre, une drôle d’impression quand j’ai revu l’Alexanderplatz, que j’avais traversée donc bien des années auparavant, envahie, et pas de la plus belle manière, par des stands en tous genres qui la rapetissaient. Je ne peux prononcer ce mot, Alexanderplatz, sans me souvenir de ce très beau roman de Döblin, "Berlin Alexanderplatz".
    Voilà, souvenirs donc...

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