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"Bella Ciao" aujourd’hui, "Bella Ciao" et l’Union nationale

lundi 6 septembre 2021, par René Merle

J’ai découvert l’an dernier sur le site http://viedelabrochure.canalblog.com cette magnifique et toute récente interprétation de Bella Ciao, et je l’avais aussitôt répercutée :
Tosca, una delle più belle voci della musica italiana, canta Bella Ciao in una versione emozionante. Tratto da "Di Martedì" dell’11 febbraio 2020, su La7.

Una mattina mi sono svegliato
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
Una mattina mi sono svegliato
E ho trovato l’invasor
O partigiano portami via
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
O partigiano portami via
Ché mi sento di morir
E se io muoio da partigiano
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
E se io muoio da partigiano
Tu mi devi seppellir
E seppellire lassù in montagna
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
E seppellire lassù in montagna
Sotto l’ombra di un bel fior
Tutte le genti che passeranno
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
E le genti che passeranno
Mi diranno : che bel fior
E quest’ è il fiore del partigiano
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
Quest’è il fiore del partigiano
Morto per la libertà.

Traduction
Je me suis réveillé un matin,
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
Je me suis réveillé un matin,
Et j’ai trouvé l’envahisseur.
Hé ! partisan emmène-moi
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
Hé ! partisan emmène-moi,
Car je me sens mourir
Et si je meurs en partisan
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
Et si je meurs en partisan,
Il faudra que tu m’enterres.
Que tu m’enterres sur la montagne
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
Que tu m’enterres sur la montagne,
À l’ombre d’une belle fleur
Et les gens qui passeront
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
Et les gens qui passeront
Me diront « Quelle belle fleur »
C’est la fleur du partisan
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
C’est la fleur du partisan
Mort pour la liberté

Pourquoi reprendre aujourd’hui cette chanson ?
Bella Ciao, ce chant de « mondines » de la vallée du Pô devenu un chant de la résistance partisane italienne de 1943-45… Chant internationalement connu… Innombrables sont les interprétations, innombrables sont les circonstances de ses surgissements, en Italie et bien loin de l’Italie. Chant de Résistance à l’oppression et à l’injustice… Qui ne l’a pas fredonné, qui ne l’a pas chanté, toujours avec une vraie émotion profonde, la chair de poule et le cœur qui bat, dans la fraternité de meetings et de manifs, ou tout simplement, pour le plaisir de se donner courage, entre amis rassemblés pour un moment de convivialité. D’où le sentiment de sacrilège que l’on peut avoir en entendant Bella Ciao repris par des politiques qui ne le méritent pas [1]. Au contraire, la relance de la chanson par le succès extraordinaire de la série La Casa de papel s’inscrit excellemment dans la tradition protestataire et combative.

Mais pourquoi donc aujourd’hui ?
Parce que Bella Ciao est aujourd’hui entonné en Italie par des foules révulsées d’être dorénavant dirigées, sous la houlette du banquier Draghi, par un gouvernement d’union nationale allant des anciens communistes du PD à la Lega d’extrême droite de Salvini. Les fascistes de Fratelli d’Italia avaient été invités, mais ils ont refusé !
Grande première européenne de la négation absolue de la politique, et de la délégation de la fameuse "gouvernance" à un gouvernement de "techniciens".
On comprend que, dans ces conditions, bien des ministres et leaders politiques, et notamment récemment Salvini, se soient fait secouer au son de Bella Ciao !
Nous touchons là à une question fondamentale, qu’il faudra bien aussi examiner à la lumière des expériences françaises ?
Union nationale contre quoi ? Il est significatif que ce soit un chant d’Union nationale, celle de la Résistance partisane contre les hitléro-fascistes qui s’oppose à ce gouvernement de technocrates proclamé d’Union nationale. À la différence que l’union anti nazi-fasciste [2] avait bien un ennemi, le fascisme de la république de Salò qui prétendait représenter l’unité nationale italienne contre l’envahisseur anglo-saxon, et que l’union nationale d’aujourd’hui pose comme ennemie la Crise sans vouloir mettre en œuvre les moyens de la juguler, puisqu’elle ne s’attaque pas le moins du monde à ses racines capitalistes et européennes. Cette Union nationale n’est que le prétexte et le moyen d’un enfoncement encore plus grand dans le néo-libéralisme, alors que l’union nationale dans la résistance anti nazi-fasciste luttait, et dans quelle guerre civile !, contre une union nationale totalitaire.
La France aussi a connu des périodes d’Union nationale, des bonnes et des moins bonnes, sur lesquelles je reviendrai sans doute, en pointant les adversaires contre lesquels s’était cristallisée cette union, ou devrait se cristalliser cette union aujourd’hui. Mais je veux déjà souligner une donne fondamentale : "Union" signifie que l’on se met ensemble sans perdre sa spécificité. Union de partis, par exemple, de gauche et de droite. Alors que sous Pétain, et dans un autre registre sous de Gaulle, Union signifiait effacement des partis au profit qui de "la Révolution nationale" de 1940, qui le "Rassemblement du Peuple Français" de 1947.
Affaire à suivre.

Notes

[1C’est par exemple ce que j’avais ressenti en regardant à la télé les images du meeting électoral "Eh Ho la Gauche !" (sic) (25 avril 2017) du Ministre de l’Intérieur socialiste Cazeneuve, et, à la fin, autour de lui, un alignement d’éléphants et éléphantes socialistes tapant des mains au son de Bella Ciao… Bien évidemment, chacun a le droit de se couvrir de la mémoire partisane, et de se réclamer de cette Résistance devant le péril du vote FN. Mais, bien évidemment aussi, chacun a le droit de penser : "Mesdames et Messieurs, vous ne manquez pas d’air de plaquer un certificat festif de Résistance sur une politique qui nous a mené à cette poussée du FN"…

[2Si les communistes et les membres du Parti d’action constituaient le gros des cadres et des troupes des partisans, on trouvait aussi parmi eux des militaires monarchistes, des démocrates de toute obédience, et nombre de sans parti

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