La Seyne sur Mer

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Marxiste ?

mercredi 26 février 2020, par René Merle

Mon commentaire sur un point de l’entretien Denis Collin – Yvon Quiniou sur la Sociale [1] : le marxisme

Dans cet entretien qui porte essentiellement sur la position à prendre par rapport à la religion, Denis Collin pose aussi la question de la constitution d’une sorte de pôle intellectuel disons « marxiste », pour aller vite.
En ce qui me concerne, point ne m’est besoin de recourir au marxisme pour dénoncer l’emprise religieuse qui entend bien se placer au-dessus des lois de la République. Ma qualité de citoyen y suffira.
Mais quid d’une rencontre entre intellectuels « marxistes » ? Je ne demanderai pas mieux que d’y participer, mais avant tout je tiens à dire que, et ce n’est pas original, à 83 ans et après de longues années de militantisme, je me demande toujours si je suis un intellectuel marxiste, en définitive.
Marxiste ? Je me perds toujours un peu entre marxistes, marxiens, et autres marxologues. Mais tenons-nous en au plan de l’engagement, et pas seulement à celui de la connaissance de l’œuvre.
S’agit-il de suivre le Marx de la maturité dans son analyse du mode de production capitaliste, et d’en prolonger les acquis aujourd’hui ? Je me rangerai volontiers dans les rangs de ceux qui suivent ce chemin, et profitent des travaux des économistes.
S’agit-il de se retrouver dans les textes de sa jeunesse [2], et notamment ceux concernant la religion, textes qui, rappelons-le, n’ont été connus que dans les années 1930 grâce notamment au travail acharné de Riazanov[Riazanov, explorateur et révélateur des inédits de Marx] (obligement fusillé en 1938 sur ordre de Staline) ? Pourquoi pas, mais en considérant bien que ni la social-démocratie organisée dès les années 1870, ni le jeune communisme, n’en avaient fait leur profit, tout en se proclamant marxistes. Faut-il alors les renvoyer à leur ignorance ou à leur trahison d’un « marxisme » que le Marx de la maturité n’avait pas jugé nécessaire de faire connaître ? Faut-il alors, pour oublier ces errements, se se régénérer dans la source pure des années 1842-1846 ? En ce qui me concerne, je ne vois pas comment je pourrais me proclamer marxiste si je n’endossais pas aussi l’héritage de ceux qui, à raison et souvent à tort, se sont proclamés marxistes sans connaître ces textes. Socialistes et communistes d’antan, d’hier et d’avant-hier… Et ce n’est pas toujours facile.
S’agit-il, et c’est ce qui me semble le plus important, de lutter contre l’exploitation de l’homme par l’homme et pour la destruction du capitalisme ? Bref, si être marxiste c’est d’une façon ou d’une autre se ranger contre le clan des exploiteurs dans la lutte des classes, alors naturellement je suis marxiste. Mais je retombe sur les questions du paragraphe précédent, car cette lutte ne peut être solitaire, elle a été et demeure le fait de groupes organisés, et essentiellement de Partis. Alors, quels groupes ? Tombé il y a bien longtemps dans le chaudron de l’histoire, je ne peux oublier qu’initialement Marx avait tenté d’organiser un mouvement politique communiste, international, disons de la veille du Manifeste, en 1847, à la dissolution de la Ligue des communistes en 1852. Puis, que de 1864 à 1872, il avait fondé ses espoirs sur l’Association Internationale des Travailleurs, qui devait coordonner le mouvement ouvrier naissant, tant dans ses aspects que nous appellerions aujourd’hui syndicaux, que dans ses aspects politiques. On sait qu’enfin il pensera plus efficace la constitution de partis ouvriers collectivistes nationaux, à l’image de celui qui commençait à s’affirmer en Allemagne à partir de 1875. C’est bien dans cela que, tant par héritage familial que par choix personnel de militance, je me suis inscrit. Mais en n’ignorant pas que ces partis ont fini soit par abandonner la référence au marxisme comme le parti socialiste, soit, passée la phase marxiste-léniniste, en ne l’évoquant que fugitivement dans ses statuts, comme le parti communiste [3].
Bon, enfoncées ces banalités de la porte, je serai partant pour participer à un pôle de réflexion marxiste.

Notes

[2Vous en trouverez en abondance sur ce site, voir la rubrique Marx-Engels avant 1852.

[3Derniers statuts de 2013 : « Les motivations de l’adhésion au Parti communiste français sont diverses. Elles sont enracinées dans les valeurs, les apports et la créativité des combats révolutionnaires et internationalistes - nourris par les découvertes théoriques, les anticipations de Marx - pour se libérer du capitalisme, le dépasser, dans l’histoire de toutes les luttes émancipatrices, féministes, humanistes, antiracistes, écologistes, pacifistes, anticolonialistes et anti-impérialistes, pour la laïcité, contre toutes les discriminations et exclusions, contre le sort fait à la jeunesse, etc. »

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