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De la légitimité de la protestation quand le Pouvoir devient illégitime

dimanche 8 mars 2020, par René Merle

Vous avez peut-être lu cet article récent, passé quelque peu inaperçu si j’en crois les statistiques :
Postérité de Blanqui : Blanqui et les Radicaux.
Cet appel du bien tranquille Parti radical et radical-socialiste en faveur de l’érection d’un monument Blanqui justifiait ainsi en 1905 l’hommage à l’« Enfermé » :
« Il y aurait mauvaise grâce de la part du Parti Radical et Radical-socialiste à ne pas honorer la mémoire de cet homme dont toute la vie fut dévouée à la Démocratie. Aussi bien, Blanqui fut un révolté à une époque et sous des gouvernements où la révolte était la seule arme dont pussent se servir les républicains. »
Soit : vous avez maintenant le bulletin de vote et il doit vous suffire… Depuis Juin 1848 et depuis la Commune de 1871, le temps des insurrections est révolu. Le bulletin et non plus le fusil…
Effectivement, le temps des insurrections était bien passé, en France à tout le moins.
N’en demeurait pas moins le problème essentiel : le rapport entre un pouvoir légitimement élu et la protestation contre les mauvaises décisions qu’il peut prendre.
Sans énumérer tous les précédents historiques [1], tenons-nous en à la situation présente.
Notre Monarque nous dit : j’ai été légitimement élu [2], et donc vos protestations contre mes mauvaises décisions sont illégitimes.
Il répondait abruptement il y a eu à une visiteuse du salon de l’agriculture « Cessez vos manifestations, et parlez »… Sous-entendu, parlez toujours, je ne vous écouterai pas mais l’Ordre sera sauvegardé, fut-ce à coups de LBD.

La déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1793 énonce en son article 35 : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs ».

Notes

[1Deux sont particulièrement majeurs. En Juin 1848 le pouvoir républicain légitimement élu décide de fermer les Ateliers nationaux et pousse à la révolte les prolétaires parisiens. Insurrection écrasée dans le sang au nom de la légalité républicaine. En mars 1871, le pouvoir républicain légitimement élu d’Adolphe Thiers dénie aux Parisiens de défendre leur Commune légitimement élue. S’ensuivra le plus grand massacre de masse de ces Parisiens qui ne respectaient pas la légalité conservatrice de Thiers et Cie

[2Certes, mais il ne dit jamais qu’il ne l’a été que parce que le choix était « démocratiquement » entre lui et Mme Le Pen

1 Message

  • Monsieur Merle, bonjour,

    La formulation classique de la résistance à l’oppression se trouve déjà dans John Locke et a inspiré les Insurgents américains (et avant Locke, on la trouve dans d’autres textes, y compris de théologiens) :

    « [...]chaque fois que les législateurs tentent de saisir et de détruire les biens du peuple, ou de le réduire à l’esclavage d’un pouvoir arbitraire, ils entrent en guerre contre lui ; dès lors, il est dispensé d’obéir et il n’a plus qu’à se fier au remède que Dieu a donné à tous les hommes contre la force et la violence. Aussi, dès que le pouvoir législatif transgresse cette règle fondamentale de la société, dès que l’ambition, la peur, la folie, ou la corruption l’incitent à essayer, soit de saisir lui-même une puissance qui le rende absolument maître de la vie des sujets, de leurs libertés et de leurs patrimoines, soit de placer une telle puissance entre les mains d’un tiers, cet abus de confiance le fait déchoir des fonctions d’autorité dont le peuple l’avait chargé à des fins absolument opposées ; le pouvoir fait retour au peuple, qui a le droit de reprendre sa liberté originelle et d’établir telle législature nouvelle que bon lui semble pour assurer sa sûreté et sa sécurité, qui sont la fin qu’il poursuit dans l’état social. »

    Mais Locke considère que le droit de résistance n’est possible que dans des cas suffisamment graves :

    "Le peuple supportera, sans mutinerie, ni murmure, certaines erreurs graves de ses gouvernants, de nombreuses lois injustes (…) et tous les écarts de la faiblesse humaine. Par contre, si une longue suite d’abus, de prévarications et de fraudes révèle une unité de dessein qui ne saurait échapper au peuple, celui-ci prend conscience du poids qui l’opprime et il voit ce qui l’attend ; on ne doit pas s’étonner, alors, qu’il se soulève et qu’il s’efforce de porter au pouvoir des hommes qui soient capables de garantir les avantages qui constituent la fin même du gouvernement. »
    https://clio-texte.clionautes.org/textes-de-john-locke.html

    Le problème est d’être d’accord sur l’état d’oppression. Il se trouvera toujours une partie du peuple (ou plutôt de l’opinion) pour estimer que le gouvernement (surtout lorsqu’il a pour base l’élection) est légitime. Ce fut d’ailleurs le cas justement en 93, où les adversaires des Jacobins estimaient que le pouvoir était devenu oppressif et illégitime, une autre partie estimant que c’était la rébellion qui était illégitime (probablement les plus nombreux ne choisissaient pas).

    En fait le discours de Locke trouve à s’appliquer quand il y a un véritable consensus, donc rarement.
    Bien entendu, la protestation est toujours légitime - c’est le propre de la démocratie. Locke vise les cas où il est légitime, en quelque sorte, de prendre les armes. Mais il le dit noblement (et prudemment) : le peuple "n’a plus qu’à se fier au remède que Dieu a donné à tous les hommes contre la force et la violence".

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