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Il Traditore (le Traître), film de Marco Bellocchio.

jeudi 12 mars 2020, par René Merle

Cannes 2019 a boudé Il Traditore, et Cannes a bien eu tort.
Si vous ne l’avez pas encore vu, vous pouvez depuis peu le retrouver sur Vidéo à la demande.
Un grand film.
Palerme, années 1980. Après l’entame magnifique d’un bal qui nous évoque plus celui du Guépard que celui du Parrain, tout y est : rituels mafieux, luxe de parvenus, religiosité formelle, attachements de parenté, musique traditionnelle et dialecte sicilien, fêtes de réconciliation sans lendemain et violence meurtrière systématique.
Mais ce n’est pas un énième film sur la mafia, c’est du Bellocchio, un des plus grands, sinon le plus grand réalisateur italien actuel.
Comme toujours chez Bellocchio, la mise en perspective historique passe à travers la complexité et les contradictions d’un personnage principal [1].
Dans ces années 1980 (superbement reconstituées), Tommaso Buscetta, un boss de la Cosa Nostra sicilienne fuit au Brésil pour échapper à l’extermination de sa « famille » mafieuse par le clan rival et dominant des Corleonesi. Arrêté, extradé, retourné, il brise l’omerta et livre au juge Falcone de quoi faire tomber une grande partie de l’organisation.
Traitre ? Dans son ambiguïté fondamentale, Buscetta s’en défend : ce n’est pas lui qui trahit, mais les chefs de l’organisation qui en ont trahi l’esprit originel, une organisation dans laquelle il dit ne plus se reconnaître. Il n’en demeure pas moins un traitre, d’autant qu’il ne renie en rien son passé de délinquant et de tueur. Mais le défi du film est de donner à voir, sans condamner ni excuser, au risque ( ?) de créer chez le spectateur une empathie croissante avec Buscetta, qui devient pour lui Tommaso.
La condamnation des dizaines et dizaines de capi mafiosi que Buscetta a livrés portera un rude coup à l’organisation, mais la pieuvre n’est pas morte, loin de là, qui a gangrené les plus hauts niveaux de l’État. Apparaît ainsi au final le masque de cire d’Andréotti, Il Divo, l’éternel leader de la démocratie chrétienne et longtemps maître de l’Italie [2].
Le juge Falcone y laissera la vie,

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