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Toulon 1562, les enfants bourreaux

mercredi 18 mars 2020, par René Merle

Dans un article récent de l’Obs [1], on a pu lire une présentation du tout récent ouvrage de Daniel Crouzet, l’éminent historien des guerres de religion : Les enfants bourreaux au temps des guerres de religion [2].
L’entame évoque un événement toulonnais monstrueux, qui me laisse d’autant moins indifférent que j’habite la ville du crime, et que je réalise à quel point l’absence de monument, plaque commémorative, nom de rue, etc., a enfoncé dans l’oubli ce fait qui mérite toute notre attention en ces temps d’exaspération religieuse et d’intolérance.
Situons rapidement le contexte. Le 1er mars 1562, le très catholique Henri de Lorraine, duc de Guise, fait massacrer une centaine de protestants célébrant leur culte dans une grange de Wassy [3]. Le massacre déclenche la guerre, Louis de Bourbon, prince de Condé, lève une armée protestante et les forces catholiques et protestantes s’affrontent sauvagement dans un conflit civil qui ensanglante tout le royaume. Dans le même temps, la chasse aux protestants se propage spontanément dans toutes les villes où ils sont largement minoritaires. Ainsi à Toulon trois mois après le déclenchement du conflit, où les quelques rares bourgeois « réformés » sont mis à mort.
Le grand humaniste et théologien protestant Théodore de Bèze (1519-1605) a évoqué ainsi l’événement, dans l’interminable énumération des crimes commis par les catholiques exaltés contre leurs compatriotes protestants [4], crimes dont il fut le contemporain et le dénonciateur :
« Toulon. Jean Lordon, médecin, pris en sa maison, jeté par les degrés, traîné par la ville, battu et frappé à coups de pierres et bâtons, puis brûlé. François Volant, mené hors la ville, traîné, tué et brûlé. François du Mas, traîné et lapidé vif et brûlé par les enfants, ayant contraint son propre fils, le 15 de mai 1652, à ce faire. Henry de la mer, prêtre, tiré des prisons, traîné par la ville, blessé d’un coup de pistole, fut achevé de tuer à coups d’épée et de dague, puis brûlé ».
Crime inouï, disais-je, mais qui n’est pas sans précédent [5], crime inouï que les Consuls de la Cité délèguent enfants, symboles de la pureté exterminatrice, crime auquel, sadisme suprême, le fils de la victime est obligé de participer.

Une affaire qu’il n’est pas interdit de rappeler quand on songe à ce qu’est la nature humaine, et ce à quoi peut mener l’intolérance et l’exclusion de l’Autre.

Notes

[1L’Obs 2887, du 5 mars 2020

[2Denis Crouzet, Les enfants bourreaux au temps des guerres de religion, Albin Michel, février 2020

[3aujourd’hui département de la Haute Marne

[4Je cite d’après Histoire ecclésiastique des Églises réformées au Royaume de France, Tome troisième, Lille, Marzial, 1842. L’ouvrage fut publié initialement en 1580

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