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Renan, la légende de la ville d’Ys

samedi 18 avril 2020, par René Merle


La ville d’Ys. René Quillivic [1]

Lectures de confinement…
J’ai toujours eu un vif intérêt pour les complexes réalités bretonnes, au passé et au présent, intérêt doublé d’une ascendance bretonne de mon épouse et de ses souvenirs. Cet intérêt a été celui de l’affamé d’Histoire, et de celui de l’occitaniste confronté à d’autres réalités linguistiques minoritaires. Le rêve a bien peu de part dans ces questions qui demandent avant tout, et ce devrait être bien évident, de la lucidité et du réalisme.
Ce qui, sur un autre plan, n’empêche pas de rêver. Ainsi des légendes bretonnes.
J’ai traité sur ce site du centenaire de la naissance d’Ernest Renan (1923) [2], et de mon intérêt pour ses Souvenirs d’enfance et de jeunesse (1883). Voici le début de sa préface, dont les vibrations ne me semblent pas seulement concerner ceux qui se réclament d’une appartenance :
« Une des légendes les plus répandues en Bretagne est celle d’une prétendue ville d’Is, qui, à une époque inconnue, aurait été engloutie par la mer. On montre, à divers endroits de la côte, l’emplacement de cette cité fabuleuse, et les pêcheurs vous en font d’étranges récits. Les jours de tempête, assurent-ils, on voit, dans le creux des vagues, le sommet des flèches de ses églises ; les jours de calme, on entend monter de l’abîme le son de ses cloches, modulant l’hymne du jour. Il me semble souvent que j’ai au fond du cœur une ville d’Is qui sonne encore des cloches obstinées à convoquer aux offices sacrés des fidèles qui n’entendent plus. Parfois je m’arrête pour prêter l’oreille à ces tremblantes vibrations, qui me paraissent venir de profondeurs infinies, comme des voix d’un autre monde. Aux approches de la vieillesse surtout, j’ai pris plaisir, pendant le repos de l’été, à recueillir ces bruits lointains d’une Atlantide disparue.
De là sont sortis les six morceaux qui composent ce volume. »

La légende de la cité engloutie par les flots au large de la baie de Douarnenez dit qu’Ahès, fille débauchée du roi Gradlon, aurait été séduite par le diable déguisé en prince charmant. Elle lui remit les clés des écluses de la ville, qui fut alors submergée par les flots…
Cette légende est à l’origine d’une complainte très connue, qui semble venir du fond des âges, et que Renan, locuteur du breton, a sans doute connue.
Elle est pourtant l’œuvre du jeune Olivier Souvestre (ou Souêtre), né à Morlaix en 1831, qui l’aurait composée au grand séminaire de Quimper à l’âge de 19 ans… Mais qui figerait Souvestre en traditionnaliste fermé à son époque ignore sans doute que, devenu employé à Paris d’une compagnie ferroviaire, il participa à la Commune de Paris et fut grièvement blessé lors du combat d’Issy-les-Moulineaux...
Sur l’origine de la chanson, sa diffusion, et sur la biographie de Souvestre, je vous renvoie à
Gwerz Ker Is
Vous pouvez lire à la fin de cette très intéressante présentation (en français) le texte breton et la traduction de la chanson.
Vous pouvez en entendre de nombreuses versions sur youtube.
Ainsi par exemple :

Notes

[1René Quillivic, artiste breton, 1879-1969, Bois gravé publié dans Souvenirs d’enfance et de jeunesse, ed. le Nouvel Ymagier, 1924

[2Cf. le mot-clé : Renan.

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