La Seyne sur Mer

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Lockdown parties ? Du statut de l’anglais dans la langue française

vendredi 20 mars 2020, par René Merle

Dans une autre vie, c’est-à-dire le 3 mars, avant le confinement, je terminais un bref billet sur l’invasion de termes anglosaxons [1] par le prometteur : « À bientôt donc pour un topo plus détaillé sur ce thème ».
J’y reviens donc. D’autant qu’hier la page Orange m’invitait à éviter les lockdown parties : l’analphabète que je suis ignorait qu’il faut désigner ainsi les soirées entre amis qui défieraient le confinement...
J’ai souvent signalé comment, à terme, cet usage immodéré risquait de nous placer dans une situation diglossique de langue haute et de langue basse :
Cf. L’anglais menace le français ? Des différents niveaux de menace. À terme, une situation diglossique ?.
Je l’ai souvent écrit sur mes blogs antérieurs, je n’ai rien contre la langue anglaise, que j’aime entendre, lire et parler, et que je regrette de ne pas mieux posséder ; je ne partage pas le point de vous de quelques unes de mes relations pour lesquelles les USA sont la Terre promise, mais je n’ai rien contre le peuple américain, que je n’ai jamais confondu avec ses dirigeants.
Je ne fais pas partie des affolés de la défense de la langue française qui s’offusquent de toute imprégnation linguistique, au nom d’une supposée pureté. Je ne fais pas partie non plus de ceux qui attribuent à la langue française je ne sais quelle supériorité métaphysique dans l’expression de la Raison. Je suis très méfiant devant l’actuelle utilisation impérialiste de la francophonie. Je suis seulement usager de cette langue, convaincu qu’il faut que nos élèves, tous nos élèves, en possèdent les différents registres hérités de son histoire et de ses pratiques, et qu’ils puissent, à leur façon, la faire vivre et l’enrichir.
Je ne m’offusque pas outre mesure de l’introduction de l’anglais à l’université et dans la recherche, dans la mesure ou elle s’en tient à la reconnaissance réaliste, et positive, du statut de l’anglo-américain comme langue de la recherche (on ne peut pas tout dire en français, paraît-il, ce qui reste quand même à voir), et comme langue véhiculaire mondiale.
Par là même cette introduction nous met à l’abri de tout repli identitaire ringard et stérile. Et de toute façon, il nous faut être lucides : le français ne peut pas tout exprimer de la modernité scientifique et de la post-modernité comportementale. De même qu’à cet égard nos malheureux patois d’antan ont dû céder la place au français triomphant, il faut bien admettre qu’aujourd’hui notre belle langue, pour laquelle nos académicien/nes sont prêts à mourir l’épée à la main, va rejoindre tôt ou tard les patois maudits par l’abbé Grégoire. Ce qui ne nous empêchera pas de clamer que nous aimons et défendons la langue française ! Et nous le clamerons encore plus quand, définitivement noyés dans l’univers linguistique anglo-américain, nous animerons le Félibrige français...

Mais je ne classe pas cette invasion publicitaire et snobinarde de l’anglo américain, ce flux inconsidéré de mots anglais, comme un enrichissement, loin de là.
Clairement, avec ces formules censées nous apporter un "Plus" déterminant dans notre choix de consommateur et de citoyen informé, se cache, ou plutôt s’étale une triste opération idéologique. Par ces clins d’œil dans la langue de l’Empire, on nous signifie que nous sommes dans le coup de la Modernité… On nous élève au rang des initiés de la marche du Monde, on nous englue dans l’acceptation de la valeur marchande, on nous désigne notre place servile dans la Société du Spectacle.
La langue anglaise est respectable comme toutes les langues, et qui plus est, dans les conditions actuelles de la mondialisation capitaliste et de l’hégémonie U.S dans le domaine de la médiatisation informatique, qu’on le veuille ou non, elle est indispensable.
Ce qui m’énerve un peu, en matière d’anglicismes inutiles, est l’affirmation péremptoire sortant de jeunes bouches qui vous assènent : "mais enfin, il faut être de son temps"... C’est à dire participer de cet océan de médiocrité présomptueuse qui participe du reniement de soi.
Rien de nouveau sous le soleil. Il a fallu quelques siècles pour que les populations gauloises se pénètrent de la langue latine avant, sans que les parlers celtiques soient prohibés, de ne parler qu’un latin à leur sauce. D’où notre français. Il a fallu quelques générations pour que les populations occitanophones abandonnent leur langue ancestrale péjorée. Il a fallu encore moins pour que, du Nord au Midi, les jeunes générations de tous les parlers de France accordent en français leurs cordes vocales à la prononciaton dominante, et non plus à celle de "l’accent" des anciens... Ainsi va la vie.

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