La Seyne sur Mer

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Retour à Marx ?

dimanche 26 avril 2020, par René Merle

Je l’ai déjà dit à mes anciens lecteurs. Je le redis à mes nouveaux...
Amis marxistes, marxiens, marxisants, marxologues, je suis des vôtres (ce site en témoigne), et c’est toujours avec intérêt que je reçois vos analyses, annonces de publications, transferts d’articles plus ou moins fondamentaux (comme d’ailleurs je reçois ceux d’amis libertaires, écologistes… ou d’amis sans engagements). Mais c’est de Marx qu’il s’agit ici.
Comme nombre d’entre vous, j’ai baigné dans le chaudron magique du marxisme à une époque où le logo associait indissolublement les profils de Karl, Friedrich, Vladimir et Joseph (Je n’ai jamais poussé jusqu’à Mao…). J’ai participé de cette mentalité quasi religieuse dont Marx était l’Autorité fondatrice, dans l’attente de l’inéluctable chute du capitalisme... Et ce, (enseignant que pas mal de mes camarades ouvriers désignaient comme "intellectuel", non sans une certaine distance, voire une distance certaine) et ce donc, sans le moins du monde faire partie de la foule des exploités, des humiliés, bref de ceux qui, au premier chef, étaient ou auraient du constituer la phalange de ces combats.
Il semble que ces temps soient révolus ; en tout cas, l’indissoluble du logo s’est bel et bien dissout. Staline, nonobstant Domenico Losurdo, est renvoyé aux oubliettes de l’Histoire (amusant d’ailleurs aujourd’hui de lire certains qui le prennent avec des pincettes et font comme s’ils ne l’avaient jamais encensé). Lénine est injustement traité quand on oublie son analyse novatrice de l’impérialisme, quand on oublie que sa « virtù » révolutionnaire (« virtù » au noble sens de Machiavel) mit fin au massacre impérialiste et entreprit de prolonger la Commune. Et, pour remonter encore, le pauvre Engels, qui ne méritait pas tant d’opprobre, n’est plus guère considéré que comme un tâcheron, mettant en catéchisme (quand il ne les trahissait pas) les travaux de Marx.

Reste donc le vieux Karl, dont vous, mes amis marxistes, marxiens, marxisants, marxologues, me parlez révérencieusement, en me rappelant les formules magiques, (dialectique, aliénation 89, modes de production, forces productives, rapports de production, A-M-A’), et j’en passe. Ce qui m’incite à relire, et bien souvent à découvrir, ce qu’écrivit vraiment cet homme dont la crise actuelle a remis en lumière l’apport majeur, au point que Messieurs Attali et Piketty ne dédaignent pas d’en signaler l’importance.
Le problème est, que de Costanzo Preve à Denis Collin, de Lucien Sève à Yvon Quiniou, de André Tosel à Domenico Losurdo, et j’en passe encore, vous n’en avez pas vraiment toujours la même lecture. Quand elles ne sont pas révérentielles, quand elles évitent la cuistrerie, quand elles veulent bien relier concrètement le vieux Karl au présent, ces lectures n’en sont que plus stimulantes.
Comme vous, je partage votre intérêt et votre admiration pour ce jeune homme, initialement philosophe de la Liberté, qui n’hésita pas à rompre avec sa classe sociale et avec ses amis hégéliens, comme vous je mesure l’apport irremplaçable de ce penseur pour comprendre le fonctionnement de la société de son temps, qui a bien des égards est toujours le nôtre.
Au risque d’indifférer, voire de mécontenter pas mal de lecteurs qui se soucient de Marx comme d’une guigne, je pense qu’il m’arrivera à l’occasion de revenir sur tout cela…
Pour autant, ne comptez pas sur moi pour citer et réciter les textes sacrés. Qui veut les lire en a toute possibilité désormais. Mais, si j’écarte le ghetto de ceux qui s’en tiennent à une répétition scolastique, il me paraît évident que l’important, l’essentiel peut-être, est de comprendre en quoi, AUJOURD’HUI, un retour à Marx peut être pertinent pour agir sur la situation de crise, sur la spirale plus qu’inquiétante dans laquelle nous sommes pris, sans toujours en prendre la vraie mesure.

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