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"Les Héros du quotidien" et les palinodies du Pouvoir

lundi 28 septembre 2020, par René Merle


(caricature publiée par Polupo)

Le 4 mars 2020, la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye éclatait de rire à la télévision quand on lui demandait si elle comptait acheter des masques.
Vous connaissez la suite, qui n’est pas glorieuse…
Alors que grandit la possibilité d’une nouvelle saturation des hôpitaux, je reviens sur le billet que j’avais publié il y a six mois (24 mars 2020) :

« Les Héros du quotidien et les palinodies du Pouvoir
J’ai évoqué avec émotion la première soirée applaudissements en soutien aux personnels de santé :
Fenêtres et balcons de la solidarité
Le pouvoir et les médias ont cru bon de transformer cela en défouloir compassionnel quotidien plus qu’en manifestation de solidarité active à ceux que notre Président appelle avec emphase les héros du quotidien.
Les médecins et personnels de santé qui se succèdent sur nos écrans ne réclament pas de la compassion, mais une vraie reconnaissance, - c’est-à-dire des moyens, du personnel, des masques, des lits -, à un pouvoir qui décidément a fait preuve de son impéritie aggravant l’irresponsabilité des présidences précédentes : l’hôpital géré comme une entreprise, dans « l’efficience » de la réduction des coûts, les stocks de masques non renouvelés, etc.
Dans son programme électoral, le candidat Macron avait annoncé « investissement massif et réorganisation de l’hôpital ». L’investissement massif n’est pas venu, mais la réorganisation s’est faite encore et toujours dans le respect du plafond des 3% de déficit public imposé par la Commission européenne et par l’Allemagne.
On pourrait rire, si la situation n’était pas tragique, de voir enfin, ce jour, les vingt-sept ministres des Finances de l’Union européenne décider de permettre aux Etats de ne plus respecter ce plafond, pour une durée indéterminée.
Il est bien tard…
Mais espérons que les peuples en tireront la leçon…
 »

Je ne sais si « les peuples » en ont tiré les leçons. Je constate seulement, au vu des conversations de la vie quotidienne, chez les commerçants, avec les amis et les voisins, que ceux qui applaudirent le soir à 20 heures puis ont quelque peu oublié, réalisent qu’ils vont peut-être devoir avoir recours aux soins de celles et ceux que la ministre Élisabeth Borne appela "les héros du quotidien"

Dans sa longue allocution du 12 mars, le Président avait adressé la « reconnaissance de la Nation à ces héros en blouses blanches », « ces milliers de femmes et d’hommes admirables qui n’ont d’autre boussole que le soin » et qui ont « tous répondu présents ». Il avait promis d’augmenter immédiatement et « massivement les capacités d’accueil à l’hôpital ».
Et de clore le propos par une de ces formules vides dont notre orateur permanent a le secret :
« La santé n’a pas de prix, la France utilisera tous les moyens nécessaires pour la santé, quoi qu’il en coûte ».

Au vu de la suite, notre Président avait esquissé le 15 mai un début d’autocritique lors d’une visite à l’hôpital de la Salpétrière. Il admettait que
la réforme du système de santé engagée en 2018 manquait à la fois « d’ampleur et de sens », et que les Infirmières et les médecins qui manifestaient depuis deux ans, sans avoir été écoutés, devaient enfin avoir leur dû. Il évoqua « ces hommes et ces femmes que nos économies rémunèrent si mal et qui ont tenu le pays tout entier ». Et il s’engagea solennellement à mettre fin à « la paupérisation de l’hôpital ».

Comme le Président et le gouvernement, tout en lâchant du lest, ont affirmé maintenir le cap des réformes néo-libérales déjà initiées, qui bloquent tout vrai progrès social, on doute que les promesses bienvenues soient enfin un jour mises en œuvre. L’arrivée imminente de la crise économique et sociale sera l’excuse de ces palinodies qui discréditent la politique aux yeux de beaucoup.
Si la situation n’était pas aussi grave, il serait presque comique de faire le bilan de ces promesses non tenues. Mais l’urgence de la situation, les décisions à prendre au jour le jour, l’angoisse devant ce qui peut advenir, font que l’examen de ces promesses n’est pas, semble-t-il, à l’ordre du jour pour nos concitoyens.
Il est cependant évident que ce bilan a déjà été fait par des personnels de la santé auxquels l’on avait promis justice et qui, avec la grande vacuité du « Ségur de la Santé 2020 », se sont surtout vu proposer des médailles et le survol par la patrouille de France…
Les conséquences pourront en être graves.
En tout cas, le moment est venu de leur marquer notre solidarité agissante, et pas seulement par des applaudissements vespéraux.

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