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Pasolini, le Parti communiste italien... et nous ?

jeudi 16 avril 2020, par René Merle

Je viens de revoir en italien Quand il y avait Berlinguer [1], un documentaire déjà ancien, peut-être réducteur mais oh combien émouvant, signé Walter Veltroni, ex-dirigeant communiste et aujourd’hui dirigeant du Parti démocrate italien.
Devant cet hommage à la haute, droite et intègre figure du leader communiste Berlinger, mort en 1984, me revient en écho ce propos de Pier Paolo Pasolini (extrait du fameux article du Corriere della sera, 14 novembre 74, « Cos’è questo golpe ? Io so »

« Il est certain qu’aujourd’hui la présence dans l’opposition d’un grand parti comme ce Parti communiste italien représente le salut de l’Italie et de ses pauvres institutions démocratiques. Le parti communiste italien est un pays propre à l’intérieur d’un pays sale, un pays honnête à l’intérieur d’un pays malhonnête, un pays intelligent à l’intérieur d’un pays idiot, un pays cultivé à l’intérieur d’un pays ignorant, un pays humaniste à l’intérieur d’un pays consommateur »
(traduction Philippe Guilhon, Écrits corsaires, Flammarion, 1976) [2].
Pasolini sera assassiné en 1975.
Aux élections générales de juin 1976, le Parti communiste italien obtenait 34, 37 % des suffrages
Le 8 mai 1978 le président de la Démocratie chrétienne Aldo Moro était assassiné, et avec lui le compromis historique qu’il prônait avec Berlinguer.
Ainsi commençait la lente descente aux enfers du PCI. Après la mort de Berlinguer, en 1984, et la chute du Mur de Berlin en 1989, ses dirigeants, (dont Veltroni qui prit une part notable à l’opération), le suicidèrent, au profit d’une coalition de centre gauche (Parti démocrate) dont le néo-libéral Renzi fut le triste héritier, dans un pays qui, sans communistes, correspond désormais presque totalement à la seconde définition avancée par Pasolini.

On connaît les raisons spécifiques à l’Italie que la direction communiste donna à ce suicide.
Je vous renvoie à ce que j’en disais dans mon article consacré à Andreotti.
Andreotti il Divo. Quand l’Italie "démocratique" était border line (et elle l’est toujours)
Mais au-delà de ces raisons spécifiques, comment ne pas voir avec quelle brutalité caricaturale le Parti communiste italien[, mais ]] a assumé l’évolution[À leur honneur, les grands partis communistes de France et d’Espagne refusèrent cette évolution, mais ne s’en trouvèrent pas moins réduits à l’état de groupuscules roues de secours des gouvernements socialistes]] « en douceur » de la quasi totalité des partis se réclamant de la social-démocratie vers l’apologie du néo-libéralisme et la mise en œuvre résolue de son application par la politique européenne.
Sans les partager, je comprends les raisons données, qui se veulent fondées sur une analyse objective de la situation. Toujours le fameux "Il n’y a pas d’alternative" !
Mais demeure quand même pour moi un mystère. Comment, dans leur âme et conscience des dirigeants socialistes, et communistes, ont-ils pu assumer, au plus intime, pareil reniement ? J’en excepte les jeunes loups, et les moins jeunes, dont à l’évidence l’engagement politique n’était que fascination pour le pouvoir (Blair, Renzi, Valls...). Mais les vieux lutteurs ? Mais ceux qui avaient consacré leur vie militante à l’espérance de changement radical, parfois au péril de leur vie ?
Je reviendrai dans de prochains articles sur ce suicide de la Gauche, initié par le Parti social-démocrate allemand, et bientôt général dans toute l’Europe. Et naturellement je focaliserai sur la situation française où nous avons vu un dirigeant social-démocrate, l’homme du « le changement c’est maintenant" se faire élire sur un solennel “Mon véritable adversaire, c’est le monde de la finance” [3], et mener ensuite la politique que l’on sait avec son jeune protégé Emmenuel Macron.

Notes

[1Quando c’era Berlinguer, 2014, diffusé par Arte en 2015

[2« È certo che in questo momento la presenza di un grande partito all’opposizione come è il Partito comunista italiano è la salvezza dell’Italia e delle sue povere istituzioni democratiche.
Il Partito comunista italiano è un Paese pulito in un Paese sporco, un Paese onesto in un Paese disonesto, un Paese intelligente in un Paese idiota, un Paese colto in un Paese ignorante, un Paese umanistico in un Paese consumistico. »

[3Discours du Bourget, 22 janvier 2012

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