Accueil > Histoire, de la Préhistoire à aujourd’hui > Lumières, Révolution française, Premier Empire > Res publica, 14 Juillet... Loustalot. "Les grands ne nous paraissent grands (…)
Res publica, 14 Juillet... Loustalot. "Les grands ne nous paraissent grands que parce que nous sommes à genoux"
samedi 18 novembre 2023, par
Suite de Res publica. Sieyès et le Tiers-État
Dans l’agitation qui précéda le 14 juillet, le jeune publiciste Loustalot s’était signalé par ses harangues enflammées dans la promenade du Palais Royal, où il "criait" son journal, Révolutions de Paris
Dès son premier numéro, 12 juillet 1789 [1], le journal portait en en-tête, comme en écho à « De la servitude volontaire » de La Boétie [2] :
Deux jours après, la Bastille était prise. Par "Nous".
Mais qui est ce "Nous" ? Est-ce vraiment celui de Sieyès ?
Res publica. Sieyès et le Tiers-État
Évidemment non. Il s’agit des petit peuple des ouvriers et des artisans de Paris, rejoints par les fils du peuple des Gardes françaises...
Il faut absolument à ce sujet lire le passionnant ouvrage de Éric Vuillard, 14 Juillet, Actes Sud, 2016.
Voici la présentation de l’éditeur :
"La prise de la Bastille est l’un des évènements les plus célèbres de tous les temps. On nous récite son histoire telle qu’elle fut écrite par les notables, depuis l’Hôtel de ville, du point de vue de ceux qui n’y étaient pas. « 14 Juillet » raconte l’histoire de ceux qui y étaient. Un livre ardent et épiphanique, où notre fête nationale retrouve sa grandeur tumultueuse."
Extrait du livre
"De la Bastille, il ne reste rien. La démolition du bâtiment commença dès la nuit du 14 juillet 1789. De l’événement, nous avons les récits du temps. Les députations de notables qui se rendirent à la citadelle et les délibérations de l’Hôtel de Ville y prennent une importance démesurée. On nous raconte la prise de la Bastille du point de vue de ceux qui n’y étaient pas ; et qui vont devenir nos représentants. Ils n’y étaient pas et ne souhaitaient d’ailleurs pas que la Bastille tombe. Ils firent même tout pour l’empêcher. Mais ils ont laissé des témoignages. Car ces gens-là savaient écrire.
Il fallait donc retrouver les relations des gens ordinaires, s’appuyer sur le récit personnel de leur participation à l’émeute du 14 Juillet. Il fallait éviter tout surplomb, afin de ne pas écrire un 14 Juillet vu du ciel. En m’en tenant aux récits méprisés, écartés, j’ai voulu me fondre dans la foule. Et puisque c’est bien le grand nombre anonyme qui fut victorieux ce jour-là, il fallait également fouiller les archives, celles de la police, où se trouve la mémoire des pauvres gens.
L’Histoire nous a laissé un compte et une liste : le compte est de 98 morts parmi les assaillants ; et la liste officielle des vainqueurs de la Bastille comporte 954 noms. Il m’a semblé que la littérature devait redonner vie à l’action, rendre l’événement à la foule et à ces hommes un visage.
À une époque où un peuple se cherche, où il apparaît sur certaines places de temps à autre, il n’est peut-être pas inutile de raconter comment le peuple a surgi brusquement, et pour la première fois, sur la scène du monde.”
[1] Cf. l’insistance de l’imprimeur à montrer que le journal avait précédé le basculement décisif du 14 juillet :

