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De la pulsion d’agression...

vendredi 10 avril 2020, par René Merle

J’écrivais récemmment à propos de la supposition par Marx d’une possible bonté naturelle de l’homme : « Il est vrai qu’il ne pouvait avoir lu Freud »…
Justement, je viens de regarder sur Arte le documentaire consacré à la vie de Freud, et de sa fille Anna.
Quelques lignes étaient citées de son capital ouvrage de 1930, Le malaise dans la culture [1].
Ce qui m’a renvoyé au texte :

« La part de réalité qui se cache derrière tout cela, et qu’on dénie volontiers, est que l’homme n’est pas un être doux, avide d’amour, qui tout au plus serait capable de se défendre s’il est attaqué ; mais que parmi les pulsions qui lui ont été données, il peut compter aussi une part puissante de penchant à l’agression ? En conséquence de quoi, le prochain ne représente pas seulement pour lui un auxiliaire ou un objet sexuel, mais aussi une tentation de satisfaire sur lui son agression, d’exploiter sans dédommagement sa force de travail, de l’utiliser sexuellement sans son consentement, de s’emparer de son bien, de l’humilier, de le faire souffrir, de le martyriser et de le tuer. Homo homini lupus ; qui aura le courage, après toutes les expériences de la vie et de l’Histoire, de contester cette phrase ? En règle générale, cette agression cruelle attend une provocation, ou se met au service d’une autre intention dont le but pourrait aussi être atteint par des moyens plus doux. Dans des circonstances qui lui sont favorables, lorsque tombent les forces psychiques qui s’opposaient à elle et la réfrénaient, elle se manifeste spontanément aussi, l’homme se révèle une bête sauvage, étrangère à l’idée d’épargner sa propre espèce. Quiconque rappelle à sa mémoire l’atrocité des grandes migrations, l’invasion des Huns, des fameux Mongols sous Gengis Khan et Tamerlan, la prise de Jérusalem par les pieux croisés, et même les horreurs de la dernière Guerre mondiale, celui-là ne pourra que s’incliner humblement devant la réalité de fait de cette conception. »
Et qu’ajouterait-il aujourd’hui, au regard des atrocités qui suivirent, et notamment de celles où furent entraînés les peuples d’Allemagne et d’Autriche [2] !

Notes

[1Je cite d’après l’édition le Monde-Flammarion, traduction Dorian Astor, 2010

[2Les quatre sœurs que Freud s’était résolu à ne pas emmener avec lui en Angleterre périrent dans les camps de concentration nazis ? Cf. de Goce Smilevski, La liste de Freud, Belmond, 2013

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