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Après l’allocution présidentielle

mercredi 15 avril 2020, par René Merle

Je n’ai pas l’heur de connaître Emmanuel Macron. Lui me connaît, car, comme 36 millions de Français, lundi soir dans l’étrange lucane, il m’a fixé de ces yeux pers énigmatiques qui furent l’apanage d’Athéna.

Ces yeux semblent me signifier combien leur possesseur est désigné par le doigt d’un Dieu pour assumer notre Destin. Bien sûr, pas le doigt des jésuites d’Amiens, qui n’en demandaient pas tant à l’adolescent prometteur, mais à coup sûr celui du maître de notre mythologie contemporaine : non pas un Zeus cavaleur et lanceur d’éclairs, mais un Ganesh mis à la sauce néo libérale. Ganesh, vous le savez, unit pour nos amis indouistes, et ils sont légion, la sûreté de soi et la connaissance qui mène à la réussite, et déjà à la réussite financière. D’ailleurs les étymologies nous apprennent que le nom vient du mot « Gana », qui signifie « petits génies »…
Pain bénit pour les commentateurs, cette allocution de lundi leur a permis de s’exercer longuement, en passant de la phase « Ce qu’il va dire » à la phase « Ce qu’il a dit ». Mais dans leur flot de termes approbateurs, un mot a semblé manquer : « autocritique ». Car de fait l’humilité surjouée du Président a écarté toute analyse des responsabilités dans le constat de l’impréparation, des manques de matériel, de la situation hospitalière.
Certes, je ne m’attendais pas à un mea culpa larmoyant qui de toute façon n’aurait servi à rien. J’aurais aimé que ce pur produit du Système ait le courage de nous dire que c’est le système qui est responsable, un système qui n’a cessé de mettre en œuvre la gestion entrepreneuriale, la mise à mal des services publics, le démantèlement programmé des conquêtes sociales de la Libération, tant sous la présidence Sarkozy que sous la présidence Hollande (dont Emmanuel Macron fut le ministre majeur de l’économie, de l’Industrie et du Numérique). Serait-ce lui demander l’impossible ? Car mettre en cause le système implique évidemment qu’il faut en changer. Or nous n’avons rien entendu de concret qui aille dans ce sens, sinon l’éternel refrain qu’ « après ce ne sera plus comme avant »… Notre apôtre du néo-libéralisme a sans doute senti le sol se dérober sous lui, mais, pour l’heure, rien n’indique que cette cruelle leçon de choses fasse de lui un véritable homme d’État engageant la France dans une voie radicalement nouvelle. Cependant, je le dis sans grande conviction, ne désespérons pas de l’avenir.
En tout cas, nous l’avons tous remarqué mais il est si agréable de la redire, notre Président a dû rendre hommage à « ces gens qui ne sont rien », ceux dont on ignorait les manifestations intempestives, quand on ne les faisait pas réprimer. L’heure n’était plus à l’éloge des « premiers de cordée » dont il fallait assurer la fortune en la justifiant de la théorie du ruissellement…
L’empathie avec ces femmes et ces hommes, qui font tourner la machine et sans lesquels la France ne serait plus, est peut-être elle aussi une empathie surjouée. Elle s’est cependant accompagnée de quelques promesses dont l’avenir nous dira si elles seront concrétisées, ou pas. En tout cas, si elles ne sont pas rapidement mises en œuvre et tenues, on imagine que « ceux qui ne sont rien » sauront le rappeler à notre Chef de Guerre…

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