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De la nature du Pouvoir et de l’après confinement...

jeudi 23 avril 2020, par René Merle

De toute Antiquité, les Anciens s’étaient bâtis des cosmogonies, censées rendre compte de l’origine et de la réalité des Pouvoirs.
Quid de notre cosmogonie ? Comment rendre compte de l’origine du pouvoir, comment le justifier, comment continuer à y adhérer ?
Notre Président nous le rappelle sans cesse : le pouvoir naît de la Démocratie, définie comme l’exercice par le peuple du droit de vote.
Ce qui permet à notre président de dire : « J’ai été élu, je fais donc ce que je veux. A la fin de mon mandat, si vous n’êtes pas contents, ça me ferait une grosse peine, mais vous ne voterez plus pour moi. En attendant, c’est moi qui règne. »
En fait, chacun l’a compris désormais, en 2017 l’origine du nouveau pouvoir a moins tenu à une incantation démocratique qu’à une sorte d’Incarnation : un Messie sorti du néant venait chasser, non pas les marchands du Temple (qui l’avaient promu), mais les politiques rassis et le populiste FN. Mais populiste lui aussi : « Moi et le Peuple, et foin des corps intermédiaires »…
Notre Messie était entouré d’une brigade de jeunes Disciples, ex du sérail DSK, désormais attachés corps et âmes à celui qui allait donner sens à leur terne vie… et à leurs ambitions.
Mais les Apôtres étaient eux de vrais chevaux de retour de cette politique décriée : label socialiste garanti, centre ou droite classique.
Ajoutons-y, mais c’était essentiel, quelques froids technocrates délégués par de grands intérêts économiques. Objectif : faire tourner à plein régime la machine à démolir notre système social hérité de la Libération.
Le Bon Peuple fut vite décillé de son admiration hypnotique et colla aussitôt à notre Messie l’étiquette dont il ne s’est pas encore relevé : « Président des riches »…
Je devrais dire « dont il ne s’était pas encore relevé ». Car la donne est changée.
L’inattendue crise sanitaire a plongé l’opinion dans un état de sidération dont le Pouvoir, même pris à contre pied, entend bien profiter.
Pour des millions de Français dont la vie quotidienne et les modestes revenus sont gravement impactés, et sur lesquels plane la loterie mortifère de la contagion, il est évident que les soucis immédiats ne vont pas vers une mise en cause des responsabilités du Pouvoir. Impréparation médicale ? mauvaise gestion initiale de la crise ? tout ceci pèse sans doute (voir les sondages), mais quand le navire risque de couler, aussi discutable qu’il soit, c’est bien au capitaine qu’il faut faire confiance, vaille que vaille.
Le Pouvoir compte là-dessus pour faire oublier le passé. Page blanche sur laquelle il inscrit les promesses de l’Après qui ne sera plus comme Avant.
Histoire de mieux faire passer les pilules amères que nous devrons bientôt avaler.
Il serait bien vain de prédire l’avenir. D’aucuns pensent qu’une explosion sociale va venir et qu’elle gronde déjà dans les quartiers populaires. D’autres pensent au contraire qu’un défoulement festif de l’après confinement fera oublier l’épreuve passée…
L’hypothèse la plus vraisemblable, pour le moment, est que la sidération actuelle se transforme (une fois de plus) en « Servitude volontaire », pour reprendre la fameuse expression de la Boétie. L’état d’urgence après les attentats, puis la lourde présence policière (Gilets jaunes, manifestations contre la réforme des retraites), puis l’actuelle privation acceptée de libertés nous ont accoutumés à obéir et à subir. Ajoutons la peur d’un retour du virus…
Il faudrait que la politique de régression sociale soit bien violente pour qu’advienne un sursaut d’autodéfense. Mais qui serait aussi plongée dans l’inconnu car on voit mal, aujourd’hui, quelles forces politiques pourraient positivement prendre le relais d’un pouvoir discrédité. Par contre, l’on ne voit que trop bien l’ombre menaçante d’un acoquinage du RN et d’une partie de la Droite, qui se voit déjà majoritaire.

1 Message

  • De la nature du Pouvoir et de l’après confinement... Le 23 avril à 07:04, par Olivier GIROLAMI

    Bonjour René.
    Pour rebondir sur la fin de ton article, j’ai l’impression que les financiers qui ont mis au pouvoir Macron pour sa servilité et sa capacité de nuisance, savent que le fusible est déjà grillé ; mais en bon soldat, perdu pour perdu et Covid-19 aidant, il va accélérer son programme de privatisation !
    « Par contre, l’on ne voit que trop bien l’ombre menaçante d’un acoquinage du RN et d’une partie de la Droite, qui se voit déjà majoritaire. »
    Pour l’oligarchie rien de grave, le suivant ou le suivante est déjà dans les starting blocks… Jacques Attali disait déjà en 2015 que Macron serait le prochain président et que pour 2022 ça serait une femme (jeune). Quand on voit comme la jeune Maréchal manœuvre depuis qu’elle a (soi disant) pris ses distances avec les responsabilités politiques… l’ombre menaçante que tu décris devient réalité !!!
    Amicalement

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