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Cambiare tutto per non cambiare nulla (le Guépard)

lundi 18 mai 2020, par René Merle

"Il n’est pas de sauveurs suprêmes,
Ni Dieu, ni César, ni tribun,
Producteurs sauvons-nous nous-mêmes !
Décrétons le salut commun !"
(l’Internationale
Ainsi chantait le communard Pottier au lendemain de la Semaine sanglante...

J’évoquais hier [1] un appel de plus lancé à titre personnel par nos trois mousquetaires. Chacun reconnaîtra les siens…

Cet appel arrive comme en point d’orgue avec le défoulement informatique qu’a suscité le confinement : appels, vidéoconférences, espaces de rencontre, etc., tous l’œil fixé sur la ligne rose de l’Après (confinement).
Nonobstant Houellebecq qui augure que l’Après sera pire que l’Avant, et les économistes sérieux qui nous annoncent une terrible crise économique et sociale, les bons docteurs miracle nous délivrent l’ordonnance : voilà ce qu’il convient de faire pour que le monde dans lequel nous nous réveillons sera un monde meilleur.
Et tous de poser le Rassemblement comme outil pour y arriver.
Car à l’évidence, il y a dans l’air comme une énième reprise du refrain bien (trop) connu, « Union de la Gauche ». Sous l’œil désabusé de LO et du NPA, la valse des électrons groupusculaires a repris : néo PC, néo PS, Générations-s, Place publique, sans compter le lot habituel d’intellectuels, proclamés ou autoproclamés majeurs, de syndicalistes à titre perso, d’associatifs humanitaires et de cultureux au grand cœur. Et comme l’on voit dans l’appel évoqué initialement, on retrouve quelques phalènes ex ministérielles hollandiennes fascinées ces lumières nouvellement allumées. Bis repetita placent [2]
Depuis des années, nos groupes politiques de gauche étaient comme ces atomes de la philosophie antique, tombant en droite ligne sans jamais se rencontrer, jusqu’à ce qu’un inexplicable clinamen les dévie de leur course, les fasse s’unir et du coup, construire le monde.
Mais cette fois, nous dit-on, le fameux clinamen a joué, et il arrive que nos atomes se rejoignent, et malgré sa bouderie hautaine, le leader maxímo des Verts, désormais possédé par son destin présidentiel, s’est dit qu’il ne fallait pas rater le coche.
Bien évidemment, le grand sage de la France insoumise, hésitant entre préserver sa solitude d’Homme d’État responsable, ou prendre la tête du mouvement, garde pour l’heure le silence.
Je sais que mon ironie est facile, et que, quand le pire est là, il faut s’unir pour le combattre. Je sais qu’on ne peut réaliser l’Union qu’avec des gens différents de soi. Je sais qu’il ne faut pas faire la fine bouche. De Gaulle [3] et les Communistes s’étaient bien (provisoirement) retrouvés en 1944 pour reconstruire le pays et construire un pays nouveau. Mais, au sortir d’une plage d’asservissement d’un peuple français anesthésié, leur union dans la reconstruction et la construction avait pour garants deux mouvements qui, tout minoritaires qu’ils étaient au regard de la masse du peuple, avaient sauvé l ‘honneur de la Nation dans la Résistance intérieure et dans la Résistance extérieure.
Mais quid de nos actuels salvateurs ? Admettons leur efficience, mais à une condition. Quelle est la visée véritable de ces thuriféraires [4] de l’UnionAu-delà de leurs objectifs immédiats, quelle est leur visée ultime ? Désignant-ils clairement l’adversaire, le capitalisme, dont la logique vient par exemple e se manifester à propos du vaccin, et se donnent-ils les moyens de la combattre, bref, sortiront-ils l’incantation hollandienne du « je suis contre la finance » qui a eu les lendemains que l’on sait [5]
C’est pourquoi, en l’état, ce chant de ces sirènes médiatiques ne m’attire guère.
Je parlais récemment de la Caste des possédants [1]. Et je vois ici comme une autre caste en modèle réduit, tout aussi parisienne que l’autre, avec cet entrelacement de gens appartenant à d’innombrables sectes et sous-sectes, mais qui se connaissent, se rencontrent, manifestent en pétitionnant ensemble, qui occupent ensemble certains maigres espaces médiatiques… Pourquoi pas, mais quel ancrage avec la Nation « profonde » ?
J’aimerais mieux que cette union parte de la Base, des bases, plus que de ces sommets. Une base pour l’heure encore grandement anesthésiée par les grands médias, et dont il faut prendre la mesure de l’asservissement.
Qui vivra verra.
En tout cas, ce bourgeonnement unioniste pose implicitement la question du rapport entre le mouvement de masse œcuménique et le ferment d’un groupe déterminé, que d’aucuns appelaient jadis le parti de classe.
Mes travaux, et mes engagements à propos de cette matrice originelle de la Seconde République m’ont amené à réfléchir souvent sur ce qui est advenu entre 1848 et 1951 : un mouvement d’avant-garde, portant les intérêts du prolétariat naissant, et un nouveau Parti, porteur de l’avenir de la République démocratique et sociale avec un programme minimum rassembleur du plus grand nombre. Le coup d’État de 1851 a envoyé provisoirement l’un et l’autre aux « oubliettes de l’Histoire »
Il n’en reste pas moins qu’aujourd’hui la même problématique est à l’œuvre. Affirmation d’un parti de classe, ou, naissance sur les ruines de la gauche actuelle et en dehors d’elle, d’un parti interclassiste (des entreprises comme La Sociale [2] s’en voudraient le ferment).
L’avenir nous dira si pareilles entreprises rencontreront un véritable support social.
Formule pour autant à ne pas prendre pour de l’attentisme !

Notes

[2Se dit d’une chose qui, plus elle est répétée, plus elle plaît.

[3Amusant de voir notre président utiliser de Gaulle, en vidant le personnage historique du contenu du rassemblent politique et social de 1944

[4Ministre servant, clerc ou laïque, qui porte l’encens et l’encensoir dans la liturgie romaine

[5C’est d’ailleurs cette qustion qui est au cœur des secousses militantes que connaîssent particulièrement le PS, le Parti communiste (ancienne direction toujours prégnante – nouvelle direction, et bien d’autres formations)

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