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USA et nous ; la servitude volontaire ?

jeudi 7 mai 2020, par René Merle

Je plaisantais (c’est la règle du genre) il y a peu sur ma page Facebook à propos de l’offensive médiatique contre la Chine, supposée responsable du coronavirus [1]

Mais je me dis que sans doute avais-je tort de plaisanter. Quand j’entends Trump et le secrétaire d’État Mike Pompeo, ancien directeur de la CIA, déclarer qu’ils ont des preuves indiscutables de la responsabilité de la Chine dans la création du virus, et donc qu’ils demandent que la Chine se soumette à leurs injonctions, je frémis un peu.
Ceux qui avaient l’âge de raison en 2003 en se souviennent de ce jour de février où le secrétaire d’État étatsunien Colin Powell, sur la foi de la CIA, affirma devant l’assemblée de l’ONU que l’Irak détenait des armes biologiques de destruction massive.
Ce n’est pas un hasard si ce main une multitude de pages internet affichent la célèbre photo de Powell brandissant l’éprouvette pièce à conviction !
Cet incroyable mensonge d’État « justifia » la catastrophe de l’agression anglo-américaine contre l’Irak, dont nous payons encore aujourd’hui les conséquences. Les deux criminels de guerre Bush et Blair ont cru bon alors faire la leçon à Chirac, qui condamna cette aventure épouvantable (que nombre de belles âmes droitsdel’hommistes françaises et de Belles Âmes de « notre » Gauche approuvaient fermement).

J’ignore totalement ce qui a pu se passer en Chine, et constate seulement que le monde scientifique sérieux estime que le virus a une origine naturelle. Mais quoi qu’il en soit, dans l’affrontement géopolitique majeur des deux grandes puissances, les Etats-Unis, toujours en quête d’une croisade, une fois de plus jouent avec le feu. Et il ne faudrait pas qu’ils nous entraînent dans une nouvelle catastrophe, économique et peut-être militaire.
Mais il faut bien constater que pour l’heure, quel que soit le discrédit de Trump, ce sont plus les arguments américains que les arguments chinois qui portent. Les États-Unis en effet disposent d’un atout majeur, qui explique notre dépendance presque totale à leur égard. Il ne s’agit plus, comme au temps de la guerre froide, d’une dépendance militaire dans l’affrontement des deux blocs. L’URSS a disparu, et la Chine communiste capitaliste n’est qu’une pièce (et quelle pièce !) dans les rivalités économiques entre puissances capitalistes.
Mais si nous ne nous sentons pas menacés aujourd’hui par une invasion militaire chinoise, nous participons totalement de la sphère américaine, nous nous baignons dans l’hégémonie culturelle des Étatsuniens. « Ils » nous sont familiers. Nous sommes tous américains par la musique, le cinéma, Netflix, la dominance US de Google et Facebook, etc. ; la langue angloaméricaine nous imprègne ; la fascination est générale pour ce rejeton de l’Europe malheureuse devenu un géant. Quand je vais chez mon médecin, c’est une immense photo de New York qui m’accueille, photo qui ne nous dit pas ce qu’il en est du système médical US où l’argent mène le jeu… Et à tous ces égards, malgré le tourisme vers la Chine, malgré quelques échos culturels chinois (où les arts martiaux tiennent plus de place que la littérature), nous ne participons pas du monde chinois, qui nous demeure étranger [2], de la même façon qu’au temps de la guerre froide, le monde soviétique demeurait linguistiquement et culturellement étranger dans la vérité vitale même des militants soviétophiles les plus convaincus.
Bref, l’on pourrait parfaitement appliquer à notre dépendance acceptée à l’égard des Etats-Unis la fameuse formule de la Boétie, sur « la servitude volontaire ».

Notes

[1« Johnny aidant, la mode a longtemps été d’aller en Chine adopter des petites filles… Moi, je voulais adopter un pangolin. Manque de pot, les méchants communistes capitalistes chinois viennent de se servir du pangolin pour nous envoyer une épidémie dont le but évident est d’affaiblir l’UE et d’empêcher l’élection de Trump. Et ceci sans même prévenir Mme Buzyn, qui n’aurait pas manqué alors de reconstituer notre stock de masques ! Sacrés Chinois ! Ils sont d’une impudence extrême !
Il ne manquerait plus maintenant qu’ils nous réclament les trésors emportés par nos vaillants soldats lors du sac du Palais d’été en 1860, et, cerise sur le gâteau, qu’ils nous demandent de reconstituer la merveille du jardin impérial détruit par notre armée… »

[2Par contre les enfants de la bourgeoisie d’affaires savent qu’il convient de prendre le chinois en langue d’excellence

1 Message

  • USA et nous ; la servitude volontaire ? Le 7 mai à 18:49, par jean yves salmeron

    En 2003, la fiole exhibée fut le prétexte à ronger la chair de l’os irakien, du moins ce qu’il en restait, et à cultiver, avec art ou inconscience, un chaos terrible dans cette région.
    L’arme de destruction massive n’était pas forcément là où on nous disait qu’elle était.
    C’est la même qui sévissait au Vietnam du temps des hippies.
    Au passage, la création de la Direction du Renseignement Militaire, quelques années avant, avait donné à Jacques Chirac, un avantage stratégique qui fit que la France resta éloignée de l’arnaque de 2003.
    On terrorisa le Monde entier avec un produit mystérieux , contenu dans une fiole, à l’ONU.
    Si Saddam n’avait eu que des armes classiques, l’indifférence générale se serait répandue.
    Et voilà qu’on ne rejoue le même scénario.
    Un virus destructeur, ravageur qui serait sorti des entrailles de la Chine.
    Sauf que là, aucun GI n’ira en Chine.
    La guerre sera différente, celle de l’économie.
    Ah la bonne occase de solder les dettes avec la Chine, sous prétexte d’un virus.
    L’empire du milieu va avoir la pression internationale, comme l’Irak en 2003, et le but inavoué reste bien de le terrasser .
    Pour quels intérêts ?

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