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L’attachement à la vie

vendredi 8 mai 2020, par René Merle

Sans la terreur devant la mort possible, inopinée, immédiate, injuste, un peuple entier (et je m’y inclus bien sûr) n’aurait pas accepté d’être confiné et traité en enfant.

Nous avons beau savoir que nous devons mourir, mais nous vivons comme si cela ne pouvait advenir. Il faut souvent quelque grand et terrible événement sur nous abattu pour nous le signifier. Aussi n’est-ce pas par hasard que Le mythe de Sisyphe, dont je vais citer quelques lignes, fut écrit par Camus en 1942, en pleine guerre mondiale.
J’ai depuis mon adolescence un certain recul devant les écrits de Camus, tellement nous en fûmes abreuvés en philosophie quasi officielle par nos maîtres pourvoyeurs de dissertations et d’explications de textes. Mais laissons cela, et revenons à la pureté originelle de ce propos, qui m’est revenue avec évidence en ces temps où chacun, en possibilité de disparition immédiate, s’est quand même posé quelques questions sur ce qu’est la vie, et quels sont les sens que nous y trouvons.

« Dans l’attachement d’un homme à sa vie, il y a quelque chose de plus fort que toutes les misères du monde. Le jugement du corps vaut bien celui de l’esprit et le corps recule devant l’anéantissement. Nous prenons l’habitude de vivre avant d’acquérir celle de penser. Dans cette course qui nous précipite tous les jours un peu plus vers la mort, le corps garde cette avance irréparable. Enfin, l’essentiel de cette contradiction réside dans l’esquive parce qu’elle est à la fois moins et plus que le divertissement pascalien. L’esquive qui fait le troisième thème de cet essai, c’est l’espoir. Espoir d’une « autre vie » qu’il faut mériter, ou tricherie de ceux qui vivent non pour la vie elle-même, mais pour quelque grande idée qui la dépasse, la sublime, lui donne un sens et la trahit. »

1 Message

  • L’attachement à la vie Le 8 mai à 06:38, par Cherrier

    Cher René, tu connais, évidemment, le texte d’Epicure.
    Extrait de la Lettre à Ménécée, par Epicure :
    « Prends l’habitude de penser que la mort n’est rien pour nous. Car tout bien et tout mal résident dans la sensation : or la mort est privation de toute sensibilité. Par conséquent, la connaissance de cette vérité que la mort n’est rien pour nous, nous rend capables de jouir de cette vie mortelle, non pas en y ajoutant la perspective d’une durée infinie, mais en nous enlevant le désir de l’immortalité. Car il ne reste plus rien à redouter dans la vie, pour qui a vraiment compris que hors de la vie il n’y a rien de redoutable. On prononce donc de vaines paroles quand on soutient que la mort est à craindre non pas parce qu’elle sera douloureuse étant réalisée, mais parce qu’à est douloureux de l’attendre. Ce serait en effet une crainte vaine et sans objet que celle qui serait produite par l’attente d’une chose qui ne cause aucun trouble par sa présence.

    Ainsi celui de tous les maux qui nous donne le plus d’horreur, la mort, n’est rien pour nous, puisque, tant que nous existons nous-mêmes, la mort n’est pas, et que, quand la mort existe, nous ne sommes plus. Donc la mort n’existe ni pour les vivants ni pour les morts, puisqu’elle n’a rien à faire avec les premiers, et que les seconds ne sont plus.

    Mais la multitude tantôt fuit la mort comme le pire des maux, tantôt l’appelle comme le terme des maux de la vie. Le sage, au contraire, ne fait pas fi de la vie et il n’a pas peur non plus de ne plus vivre : car la vie ne lui est pas à charge, et il n’estime pas non plus qu’il y ait le moindre mal à ne plus vivre »

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