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En mai, fais ce qu’il te plaît ?

mardi 12 mai 2020, par René Merle

Le Déconfinement commence, mais pour autant, chacun le comprend, l’épreuve est loin d’être derrière nous et nous réserve encore bien des mauvaises surprises.

En tout cas, elle n’a été révélatrice que pour ceux qui étaient aveugles
d’une évidence : la société ne peut fonctionner que grâce à ces innombrables « qui ne sont rien », pour reprendre la célèbre formule de notre président [1], ceux et surtout celles dont les légitimes revendications avaient été pendant des années, et particulièrement ces dernières, ignorées voire réprimées.
Et dans l’état actuel des choses, aussi pertinent que soit le télétravail,
ce n’est pas le télétravail qui fait vraiment tourner la machine sociale,
ce n’est pas avec du télé travail que l’on soigne, que l’on assure la production et la distribution des biens, que l’on nettoie et que l’on répare, etc. etc. Il n’est pas nécessaire d’en dire plus tellement la chose est évidente.
On peut de ce fait peut augurer d’un avenir immédiat : le plaisir de vivre revenu, ceux et celles qui ont fait et font tourner la machine ne se contenteront pas d’applaudissements à 20 heures, et de « Nous ne vous oublierons pas » vite envolés.
Mais encore ?
Je lis et j’entends comme vous les mille spéculations sur l’Après, sur le « Rien ne sera plus comme avant », les possibilités de fructueuses leçons tirées de la crise, sur tous les plans. Ce n’est pas le lieu ici de les détailler.
Je m’en tiens à une question. Est-il possible que du déconfinement naisse ce que les Grecs antiques appelaient « Catharsis », telle que nous pouvons la ressentir au tomber de rideau d’une tragédie, théâtrale ou réelle : cette purification, cette séparation indicible du bon d’avec le mauvais, qui fait du spectateur un être nouveau, lié aux autres dans cette re-naissance ?
J’en doute fortement.
« Panem et Circenses ». La manipulation des peuples que dénonçait Juvénal est vieille comme les pouvoirs. « Du pain et des jeux », jeux de cirques en l’occurrence… « Circences » ? Nul doute que la machine à produire des jeux, la machine à décerveler avec ses histrions médiatiques, ses chauvinismes sportifs, ses espérances de grattage et de tirage, ses défoulements pornos, ses miroirs touristiques, ses gourous et ses stars, n’est pas près de s’arrêter, et de fabriquer des individus infantilisés et déresponsabilisés. Elle n’est pas près de faire oublier la nature de classe du Pouvoir et la nécessaire conscience de classe de « ceux qui ne sont rien »…À cet égard, rien de nouveau sous le soleil.
Mais quid de « Panem » ? Alors que le Président semble d’ores et déjà très affaibli par son amateurisme initial dans la gestion de la pandémie, la crise économique et sociale qui nous pend au nez risque bien de mettre à mal le relatif bien-être qui permettait l’anesthésie politique et le défoulement ludique… L’Histoire nous a appris quels monstres pouvaient naître de ces protestations et convulsions (Hitler par exemple) qui détournent et utilisent la colère des peuples au profit des possédants… Raison de plus pour nous inciter à la vigilance et nous préparer à une relève qui ne soit pas celle du pire, ni celle du replâtrage aux recettes éculées. Ce ne sera pas facile. Mais, comme on dit, l’Histoire ne repasse pas les plats et il ne faudra pas perdre la partie.

Notes

[1Le 2 juillet 2017, lors de l’inauguration de la Station F à Paris, cet ancien dépôt ferroviaire devenu le campus géant dédié aux start-up dont notre Président est friand, de sa bouche étaient sortis ces mots incroyables : « Ne pensez pas une seule seconde que si demain vous réussissez vos investissements ou votre start-up, la chose est faite. Non, parce que vous aurez appris dans une gare, et une gare, c’est un lieu où on croise des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien, parce que c’est un lieu où on passe, parce que c’est un lieu qu’on partage »

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