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XVIe Siècle français. L’État, c’est "Nous" ?

mercredi 13 mai 2020, par René Merle

Confinement aidant, je me suis replongé dans l’histoire de ce siècle couvert du mot magique de Renaissance et qui, pour beaucoup, n’évoque que le souvenir des Châteaux de la Loire, belle visite d’été. Le XVIe siècle est si loin que, hormis les spécialistes, beaucoup peuvent penser n’avoir que peu à tenir de lui. Le souvenir est froid, alors que la braise des siècles plus récents ne demande qu’à être réallumée.

Mais je m’en suis tenu à la France, pour laquelle ce siècle fut de fureur et de sang, guerres extérieures incessantes dans la première partie, guerres civiles religieuses dans la seconde.
Et j’ai notamment repris deux vieux livres de chevet que nous offrit l’éminente historienne Janine Garrisson [1].
Les aventures guerrières des rois de France, et notamment en Italie, se sont accompagnées dans la première moitié du siècle par une consolidation de l’appareil d’État déjà en « bonne » ( ?) voie à la fin du siècle précédent… Le besoin d’argent occasionné par ces folles aventures entraîna une augmentation impressionnante de la fiscalité, et, partant, de vives résistances populaires.
Significativement, ce premier demi siècle se clôt par l’immense sédition populaire des Pitauds, qui, succédant à l’insurrection du Périgord, embrasa en 1548 l’Angoumois, la Saintonge et la Guyenne contre l’extension de la gabelle.
La répression sera terrible [2].
Mais, comme l’écrit Janine Garrisson, « des bandes de paysans à l’armement dérisoire, des troupes d’artisans et de petits bourgeois signifient à l’appareil monarchique leur refus catégorique des ses nouvelles visées et de ses récentes ambitions. »
Il n’empêche, la machine étatique avait pris son essor et rien ne l’arrêtera dans sa pénétration totale de la société, balayant les antiques libertés au profit d’une Raison d’État implacable, celle d’un État qui commence à se vouloir État-Nation [3].
État-Nation dont progressivement une des fonctions principales fut de persuader ses sujets qu’ils devaient désormais mourir pour une Patrie dont ils ignoraient tout, en lieu et place des mercenaires suisses, allemands, corses ou écossais dont se nourrissait l’armée royale…

Notes

[1Janine Garrisson, Royauté Renaissance et Réforme, 1483-1559, Guerre civile et compromis, Nouvelle Histoire de la France contemporaine, Histoire, Seuil, 1991

[2Ce n’est peut-être pas, ce n’est sans doute pas un hasard si c’est en 1546-1549 que le Périgourdin La Boétie écrivit De la servitude volontaire, j’y reviendrai dans un prochain article.

[3Août 1539, l’ordonnance royale de Villers-Cotterêts, bénie des généalogistes, institue l’État-civil et exige que dorénavant tous les actes légaux et notariés soient rédigés en français, (langue alors inconnue de bien des habitants du royaume), en remplacement du latin

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