La Seyne sur Mer

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France éternelle et Esprit de Résistance

jeudi 21 mai 2020, par René Merle

Je parlais d’identité dans quelques articles précédents. Eh bien justement, toujours en quête de statut d’homme d’État salvateur, le président Macron vient de nous faire le coup de l’âme française et de l’esprit français de résistance, en évoquant les mânes du colonel de Gaulle, qui n’en demandait pas tant…
Bref, la francitude, comme aurait dit une célèbre candidate à l’élection présidentielle…
Nous ne sommes pas ici seulement dans le registre cette inquiétante phylogénie de certains meetings où l’on clame « On n’est plus chez nous ! »
Non, à cette synchronie facile, « Nous et les Autres », notre Président ajoute une diachronie pseudo historique qui fait douter de sa connaissance de l’histoire. Mais sa vision quasiment métaphysique d’une donne française immuable et éternelle est quand même usée, à force d’avoir tellement servi… Tiens, je me souviens du discours d’adieu à la Mutualité de l’ex-président Sarkozy à ses groupies et à ses électeurs : « Je vous aime, vous êtes la France éternelle », ce qui excluait de l’identité et de l’éternité françaises pas mal de monde, dont moi...
Allez, enfonçons une porte ouverte (mais pas pour tous) : je ne crois pas à l’identité maintenue à travers les siècles par je ne sais quelles puretés chromosomiques et linguistiques, je ne crois pas à la France éternelle, que nous auraient léguée "nos" ancêtres, et que seule une partie des habitants actuels de la France, ceux dits « de souche », seraient en mesure et en droit d’endosser et de défendre...
La France existe effectivement depuis des siècles, et n’a cessé de se transformer, territorialement, socialement, culturellement, politiquement [1]. Depuis l’an Mil, bien des Français sont "morts pour elle", dans des guerres justes et des guerres injustes, des guerres défensives et des guerres de conquête... La France est une réalité constituée étatiquement, cristallisée et avalisée dans les métamorphoses successives de la sujétion aux souverains, puis de la citoyenneté à partir de 1789. Nul doute qu’elle ne continue à évoluer, mais comment ? Les nouvelles donnes européennes rendent la question passionnante, tant pour les populations frontalières que pour nos constitutionnalistes : fédération européenne ou confédération ?
D’aucuns aujourd’hui fondent leur "francitude" d’une seule référence majeure au passé, en occultant les autres ; mais privilégier la tradition chrétienne ou la tradition révolutionnaire n’empêche pas l’une et l’autre d’exister. La France du présent s’appuie sur celles d’hier et d’antan, dans leur diversité...
À l’inverse, d’autres, et ils sont légion, peuvent parfaitement vivre en France au présent, sans connaître les données anciennes ou sans vouloir en tenir compte. La France avant tout terre nourricière... Si elle me permet de vivre, je la reconnais... Et il en serait de même pour toute nation. C’est ce que pensent tant de migrants : étrangers venant en France, Français partant vivre à l’étranger…
On peut même, à la limite, ne vivre en France que pour soi, et rien que pour soi, sans tenir compte de la communauté nationale et du bien commun : « commun » qui, étymologiquement, est à la racine du mot « communauté ». « La France ? Pour moi, c’est comme un parking... » avait déclaré un footballeur de renommée internationale, fils d’une de ces cités populaires si souvent médiatisées... Mais cette prise de distance n’est-elle pas également le fait des « élites dirigeantes » qui manifestent leur indifférence, pour ne pas dire plus, à l’égard de la culture et de la langue nationales, en se jetant à corps perdu dans la Langue de l’Empire.
Voilà donc pour « l’Âme française » chère à notre Président. On aura compris que je ne m’y retrouve pas vraiment.
Par contre, me semble-t-il, notre Président a eu raison d’exalter l’esprit de Résistance à propos de ce combat de 1940. Mais il dévalorise son propos en transformant une fois de plus cet esprit de Résistance en une donne éternelle. Faut-il lui rappeler que de 1940 à 1944, à part quelques courageuses exceptions, l’appareil d’État, l’administration, la magistrature, la police se sont mis au service de l’Ordre nouveau et de l’occupant ? Que les Résistants n’étaient au départ d’une poignée traquée par les brigades spéciales de la police française ? Que cette Résistance s’est enracinée au plus profond de notre peuple quand elle a uni le rejet du pétainisme et du nazisme à la perspective d’un avenir nouveau, que le programme que le Conseil national de la Résistance avait appelé « les jours heureux » ? Que ce programme a été mis en œuvre dès la Libération par l’ensemble des mouvements patriotiques, des gaullistes aux communistes ? Et que depuis trente ans, dans leur logique néo-libérale, nos gouvernements successifs, et particulièrement celui de notre Président, se sont attaqués à ces conquêtes sociales ?
Manifestations contre la Loi Travail, Gilets jaunes, mouvement des personnels hospitaliers, mouvements contre la réforme des retraites... À chaque fois le pouvoir actuel a cru l’emporter en unissant la force et la ruse, et il s’en croyait invulnérable. Il semble que la période récente et le rôle qu’y ont joué ces personnels hospitaliers aient quelque peu changé la donne. Et qu’un Esprit de Résistance se cristallise aujourd’hui.
Je fais mien le message reçu hier d’Olivier Girolami :
" Une fois encore le passé est terriblement "présent" !!!
Pour le futur, il me semble, qu’une idée fondamentale (une solution ?) se trouve dans ton article.
« Tant qu’il n’aura pas été éclairé, le peuple ignorant ne saura que servir ses maîtres. »
J’ai la faiblesse de penser que le peuple (du moins une partie non négligéable) commence à vouloir chercher par lui même, "la lumière"…
"

Notes

[1Faut-il rappeler à notre Président que la France n’a pas toujours existé, que Charlemagne et Clovis parlaient un dialecte germanique, que le petit domaine de l’île de France, doublement bien nommée, s’est agrandi par le fer et par le feu (la croisade des Albigeois…), par des annexions matrimoniales, par des guerres avec le Saint Empire, la Savoie, l’Espagne et l’Angleterre, voire par un achat, comme la Corse ! Faut-il lui rappeler que des populations qui n’avaient rien de « français » se sont retrouvées sous le sceptre d’un souverain qu’ils ne connaissaient pas, que des communautés naturelles ont été coupées en deux par les traités de paix, etc. ? Et qu’il a fallu des siècles de pouvoir royal, puis enfin la grande secousse de la Révolution, pour que « cette agrégation inconstituée de peuples désunies », comme disait Mirabeau, se transforme en État-Nation ?

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