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L’estaca

vendredi 22 mai 2020, par René Merle

Encore sur l’identité.
Voici L’estaca (Le Pieu), inoubliable hymne de liberté que le jeune chanteur compositeur catalan Lluís Llach lança courageusement en 1968, en plein franquisme, quand la lutte contre le fascisme et celle pour la dignité catalane bafouée allaient de pair. Double proclamation identitaire qui a pris d’autres sens avec la chute du franquisme. D’un côté, innombrables traductions d’une chanson emblématique de la résistance à toutes les oppressions, de l’autre polarisation sur l’identité catalane, jusqu’à la fermeture narionalitaire parfois [1], ou à la récupération sportive (chant emblématique de l’USAP, célèbre club de rugby de Perpignan)...
L´estaca - Lluis Llach. 1976, Palau dels esports de Barcelona, à son retour d’exil après la mort de Franco.

L’avi Siset em parlava
de bon matí al portal
mentre el sol esperàvem
i els carros vèiem passar.
Siset, que no veus l’estaca
on estem tots lligats ?
Si no podem desfer-nos-en
mai no podrem caminar !

Si estirem tots, ella caurà
i molt de temps no pot durar,
segur que tomba, tomba, tomba
ben corcada deu ser ja.
Si jo l’estiro fort per aquí
i tu l’estires fort per allà,
segur que tomba, tomba, tomba,
i ens podrem alliberar.

Però, Siset, fa molt temps ja,
les mans se’m van escorxant,
i quan la força se me’n va
ella és més ampla i més gran.
Ben cert sé que està podrida
però és que, Siset, pesa tant,
que a cops la força m’oblida.
Torna’m a dir el teu cant.

L’avi Siset ja no diu res,
mal vent que se l’emportà,
ell qui sap cap a quin indret
i jo a sota el portal.
I mentre passen els nous vailets
estiro el coll per cantar
el darrer cant d’en Siset,
el darrer que em va ensenyar.

Le Pieu

Grand-père Siset me parlait ainsi
De bon matin sous le porche
Tandis qu’en attendant le soleil
Nous regardions passer les charrettes

Siset, ne vois-tu pas le pieu
Où nous sommes tous attachés ?
Si nous ne pouvons nous en défaire
Jamais nous ne pourrons cheminer (nous échapper) !

[Refrain]
Si nous tirons tous, il tombera
Cela ne peut durer plus longtemps
C’est sûr qu’il tombe, tomb,e tombe
Bien vermoulu il doit être déjà.
Si tu le tires fort par ici
Et que je le tire fort par là
C’est sûr qu’il tombe, tombe, tombe
Et nous pourrons nous en libérer.

Mais Siset, ça fait déjà bien longtemps
Que nos mains s’en écorchent
Et alors que les forces me quittent
Il est plus large et plus haut.
Bien sûr, je sais qu’il est pourri,
Mais, aussi, Siset, il pèse tant
Que parfois les forcent me manquent
Reprenons donc ton chant :

[Refrain]

Grand-père Siset ne me dit plus rien
Un mauvais vent l’a emporté
Lui seul sait vers quel lieu
Et moi, je reste sous le porche
Et quand passent d’autres « valets » (travailleurs, persones allant au travail, ou enfants)
Je lève la tête pour chanter
Le dernier chant de Siset,
Le dernier qu’il m’a appris…

Notes

[1Ce qui n’est pas le cas de Llach, engagé politiquement aux côtés de la gauche républicains catalane, mais attentif à la totale réalité espagnole devant laquelle il sait aussi s’exprimer en castillan

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