La Seyne sur Mer

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Croquants

dimanche 21 juin 2020, par René Merle

Confinement aidant toujours, bien qu’allant sur sa fin, j’ai poursuivi mes lectures sur le XVIe siècle, en abordant sa terrible seconde moitié, celle des guerres de religion.
Deux France qui s’affrontent, d’un côté la tradition catholique enracinée et le pouvoir royal peu disposé à laisser se développer un contre pouvoir politique, de l’autre, née des aspirations humanistes du début du siècle à la réforme des abus de l’Église et à l’appel au libre arbitre individuel, une « religion prétendue réformée », comme l’appellent ses adversaires, qui touche principalement la bourgeoisie urbaine éclairée et les artisans, mais aussi, bientôt, une noblesse, grande ou petite, en quête de pouvoirs et de profits. Terrible épreuve pour le monde paysan, qui, enrôlé plus ou moins de force d’un côté ou de l’autre, subit en fait la violences des armés, et particulièrement celle des mercenaires étrangers que les deux camps ont sollicités.
On sait comment, dans la grande lassitude du pays, le chef des protestants, Henri de Navarre, héritier légitime du trône, finira par accéder au pouvoir après une conversion bien opportuniste au catholicisme, et par régner sur un royaume enfin apaisé.
Las, la vérité de la lutte des classes va fracasser cette opposition religieuse apparemment résolue par l’avènement d’Henri et sa politique de tolérance.
Henri, Henri IV donc, est sacré roi en 1594. Cette même année, démarche inouïe, les rustres du Limousin, et bientôt du Périgord, rassemblés par dizaines de milliers et en armes, héritées du conflit fratricide, tiennent le pays et, à l’initiative de quelques modestes notables locaux, adressent au Roi, « notre Bon Roi », un manifeste protestant contre la charge intolérable de la taille, impôt d’état s’il en était », et demandant la fin des abus des riches et des exactions des nobles des deux camps… Le manifeste des « Tard avisés », le manifeste des « Croquants »… Le Roi tergiverse, promet, demande que l’on rende les armes et que l’ordre revienne. Mais les Croquants s’obstinent, et sont finalement écrasés en août 1595 par une armée levée dans la noblesse périgourdine, où devant le péril de classe se sont sans états d’âme retrouvés nobles catholiques et nobles protestants…
Ainsi en va-t-il des idéologies et de leur non rapport à la réalité sociale.
Une réalité qui se révèlera deux siècles durant dans la résistance populaire, en Périgord, et bien au-delà, où l’appellation de Croquants sera fièrement reprise par ceux qui n’acceptaient pas l’injustice d’État et la domination aristocratique.

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