La Seyne sur Mer

Accueil > France contemporaine > Pouvoir présidentiel - Constitution - Citoyenneté > Le mort saisit le vif

Le mort saisit le vif

lundi 6 juillet 2020, par René Merle

Le Peuple français est une entité que d’aucuns peuvent juger éternelle, mais il est aussi à l’évidence une réalité mouvante sans cesse renouvelée.
Or les choix antérieurs du Peuple français, démocratiquement consulté, pèsent lourdement, pour le meilleur ou pour le pire, sur les choix actuels de ce Peuple d’aujourd’hui qui n’est plus tout à fait, ou n’est plus du tout, celui d’hier, et dans des circonstances qui ne sont plus tout à fait, ou plus du tout celles d’hier.
Ainsi de l’élection de notre Président au suffrage universel.
Il ne faut pas être sorcier pour comprendre que les regards de l’actuel Président, comme ceux de tous ceux qui, au niveau national, ont fait de la politique leur métier, sont tournés vers l’élection présidentielle de 2022 (élection qui est le dernier des soucis pour le citoyen lambda, qui part en vacances déconfinées en ce début juillet).
Or, le choix constitutionnel du Peuple français d’il y a bien longtemps, en 1958 [1], puis en 1962 [2], oblige le Peuple français d’aujourd’hui à choisir au second tour de cette élection présidentielle entre les deux candidats les mieux placés au premier tour… Élection biaisée s’il en est, qui a vu par exemple nombre d’électeurs voter Emmanuel Macron, qui n’était vraiment pas leur tasse de thé, pour ne pas laisser la victoire à Mme Le Pen.
Les sondeurs nous disent et nous répètent que cette élection du Président au suffrage universel est des plus populaires, mais ils ne nous disent pas ce l’opinion pense de ce choix obligé au second tour. Le refus de vote nous le dit peut-être [3].
Il n’en reste pas moins qu’aujourd’hui les commentateurs et autres éditocrates frétillent pour savoir quelle combinaison permettrait à un candidat de se retrouver face à Mme Le Pen, estampillée à l’évidence second tour (ce qui reste à prouver). Ce candidat, ou cette candidate, aurait les plus grandes chances d’être lu, si le réflexe anti RN joue encore (ce qui reste aussi à prouver).
Je vous renvoie aux alchimistes de la politique, qui supputent une alliance Macron-Droite, une alliance Écolos-gauche, une alliance écolos-LaReM, une alliance Droite extrême-RN, (et j’en passe), et qui examinent les CV des possibles candidat/e/s, celui de notre actuel Président au premier chef.
Bref, il ne faut pas être grand clair pour comprendre que 2022 verra le triomphe d’un choix biaisé, à partir de combinaisons politiciennes qui dépassent le bon Peuple, relégué au rôle de faire valoir (rôle que dans sa majorité il a sans trop d’états d’âme endossé jusqu’à présent).

Notes

[1Après le coup de force militaire du 13 mai 1958, et la menace de guerre civile, le général de Gaulle arrive au pouvoir. Son projet constitutionnel, qui instituait la primauté du Président, est adopté le 28 septembre 1958 : les électeurs français participent à 80 %, et votent à 82,60 % en faveur du projet .
Comme cette date risque d’être préhistorique pour bien des lecteurs de ce site, je précise que la quasi totalité des partis politiques avaient appelé à voter OUI.
À savoir les mouvements gaullistes bien entendu, la droite du Centre national des Indépendants et Paysans (CNIP), les centristes démocrates chrétiens du Mouvement Républicain Populaire (MRP), mais aussi, et leur poids fut hélas décisif, le Parti Radical et les socialistes SFIO.
Du côté du NON, on trouvait, à côté des Communistes, qui fournirent le gros des troupes, les petites formations de l’Union des Forces Démocratiques, de l’Union de la Gauche Socialiste, de l’UDSR (Mitterrand), du Parti Socialiste Autonome, ainsi que quelques radicaux de gauche, notamment Pierre Mendès France.
Le Président est élu par un vaste collège de grands électeurs : parlementaires, conseillers généraux, représentants des conseils minicipaux.

[2Le 28octobre 1862, 61,8% des électeurs approuvent la proposition du président de Gaulle d’élire le président au suffrage universel, malgré l’opposition du Parti communiste, du Parti socialiste SFIO et des centristes démocrates chrétiens du MRP.

[3Au second tour de l’élection présidentielle de 2017 : Abstention : 25,44%, Blancs : 6,35%, Nuls : 2,24%

Répondre à cet article

| Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 | SPIP