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Paul Mathis. Que veut l’homme ? Que veut la femme

mercredi 19 août 2020, par René Merle

Un texte du psychanalyste Paul Mathis, que vous avez déjà rencontré sur ce site :
Cf. : Mathis

Que veut l’homme ? Que veut la femme ? Que veulent-ils l’un par rapport à l’autre ? Que disent-ils dans le compromis du symptôme qui est toujours commun à eux deux ? Car le symptôme de l’un ne fait que renvoyer au symptôme de l’autre.
La biologie introduit l’humour noir du testicule féminisant. Habituellement, il n’est pas nécessaire d’avoir recours à de telles caricatures pour pointer l’ambiguïté du désir, dans les conditions les plus banales. Que veut la femme, que veut l’homme ?
Qu’est-ce que la femme énonce quand elle désire que l’homme parle ? Que signifie son désir de parole, face à l’homme qui ne parle pas ?
Elle veut que l’homme dans son désir reconnaisse l’enjeu de leur rencontre, et que la parole en témoigne, afin qu’il cesse d’être « infans », sans parole. Elle ne peut reconnaître un homme qui ne demande de reconnaissance que de la mère ou des ses substituts, car, de ce fait, elle ne peut être reconnue de lui en tant que femme. D’où sa colère.
Tout ceci l’enfant le perçoit, et implicitement il interroge, il s’interroge sur le désir qu’on a, à son propos.
Henri James, dans une de ses nouvelles, L’image du tapis, fait du couple l’« article authentique » ; le couple seul, et non pas ses éléments séparés, risquant de s’approcher du secret de la vérité.
Une variante de la double mort des amants, ou son complément, est celle du suicide de la femme enceinte. Dans l’un et dans l’autre cas il s’agit d’une mort redoublée, la deuxième étant une confirmation de la première.
Le vœu de mort le plus aigu est certainement celui de la mère à l’égard de l’enfant quand il se propose dans le suicide de la femme enceinte.
Il y a dans ce scénario une triple programmation.
Mort de la mère, mort de l’enfant, mort du géniteur. Mais la mort du géniteur ne se produit que dans le fantasme de la mort réelle de son représentant, le fœtus.
Il semblerait que si l’homme se récuse, la femme s’adresse à la mort.
Médée, radicale, tue ses enfants et se tue elle-même.
De qui vient le vœu de mort ?
De l’homme ? Essentiellement dicté par la castration qui le hante ?
Rivé à sa castration fantasmatique, et pressentant cependant que l’axe du réel et du désir est l’acte sexuel, celui-ci étant interdit par un surmoi féroce, l’homme ne retrouve le réel qu’en détruisant, à l’aide d’un quelconque attribut phallique né de sa vaste panoplie guerrière. Sa jouissance phallique isolée, fantasmatique, le privant d’un rapport au réel du corps de l’autre, de sexe différent, le condamne à une jouissance de la mort de l’autre, indéfiniment répétée, en tant que cet autre n’est qu’un vulgaire objet phallique. On ne tue jamais qu’un objet phallique avec un substitut phallique indéfiniment réajusté. D’où le spectacle de la mort donné par la folie. D’où le corps à corps. D’où la mort misérable de Dorian Gray, la destruction de son portrait, et de son corps. Le seul indice de reconnaissance du cadavre sera sa bague

Paul Mathis, Le Retour des Rois Mages ou la promesse retrouvée, Marseille, Via Valeriano, 2002

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