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Unde malum ?

dimanche 23 août 2020, par René Merle

Après m’être replongé dans les Mystères de Paris, j’avais écrit ce billet dans un blog précédent, :

« Les polémiques récentes ont relancé l’intérêt sur les causes de la délinquance et sur les moyens de la traiter.
Ce n’est pas l’admirateur de Victor Hugo que je suis (plus en l’occurrence que d’Eugène Sue) qui niera les causes sociales de la délinquance. Jean Valjean, Fantine, et tant d’autres pauvres poussés à la délinquance par l’injustice sociale font partie de notre imaginaire. Mais ils demeurent sur le versant du Bien. Fleur de Marie en témoigne à sa façon [1].
Reste la prégnance du Mal, quasi métaphysique, qui semble précéder et défier toutes les explications. Ainsi des Thénardiers, ainsi de la Chouette des Mystères de Paris, ainsi des cruels enfants du forçat adoptés par Bouvard et Pécuchet...
Mais si nous n’oublions pas les Thénardier, nous savons aussi que Gavroche comme Éponine sont leurs enfants. Au plus noir l’espoir demeure… ».

Ce qui, j’en conviens, me renvoyait du côté d’Augustin, le vieux manichéen repenti, qui se demandait : « Unde malum ? », « D’où vient le mal ? ». Il y répondit longuement à sa façon après avoir abandonné le manichéisme un peu trop facile à son goût, puisqu’il posait face à face deux principes fondamentalement distincts, le bien et le mal, dont l’homme, pour son malheur, est pénétré….
Car le mal est en nous tous. Et le constat est vieux comme l’humanité. Platon déjà le signifiait [2]. Qui aspire à la sagesse peut espérer échapper aux rêves « impurs », rêves de violence, de cruauté, de bestialité, associés à nos plus bas désirs, par des exercices de purification de l’âme dans les heures qui précédent le sommeil.
J’ai repensé à tout cela hier après les révélations de l’ex épouse du monstre : son mari a enlevé, séquestré, violé, assassiné la petite Estelle, dont le visage hantait nos écrans de télé depuis des années…
Unde malum ? Je sais quelles explications psychologiques, psychanalytiques, sociologiques, génétiques et j’en passe, que l’on pourra m’avancer pour comprendre l’incarnation du mal dans ce couple, que la télé nous montre dans sa banalité ordinaire, humainement entretenue par le régime pénitentiaire qui les loge, les nourrit, les coiffe, les soigne s’il le faut, bref les traite humainement, nonobstant leur indifférence à la souffrance indicible de ceux dont ils ont massacré l’enfant…
On a beau avoir lu Hugo, on a beau avoir entendu Badinter, on a beau être un adversaire raisonné de la peine de mort, pareille révélation, après tant d’autres, nous renvoie dans le registre, non pas de la vengeance, puisque la loi a parlé, mais dans le registre d’exorciser le mal par le mal, de se faire monstre en soi pour écraser le monstre par la haine…
Je dis bien « en soi », car je sais, je sais, les pires tortures publiques dont le Moyen Âge et l’Ancien Régime accompagnaient les sanctions des criminels n’ont jamais empêché le crime de se perpétuer.

Notes

[1On lira avec intérêt ce qu’écrit Marx à propos de Fleur de Marie : Marx Fleur de Marie.

[2Platon, la République, livre IX

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